L'éco de Marc Tempelman

Pourquoi le conflit iranien est-il inflationniste ?

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Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.

Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de la plateforme d’investissement Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc.

On entend dire que la guerre en Iran est “inflationniste”, c’est-à-dire qu’elle provoque la montée des prix. Selon vous est-ce le cas, et quelles en sont les conséquences concrètes sur notre vie quotidienne ?

L’Iran produit relativement peu de pétrole lui-même, mais par sa localisation géographique, le conflit perturbe toute la région du Golfe. En effet, le détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20% du pétrole mondial, se retrouve partiellement paralysé ou menacé par les tensions militaires. Il en résulte que les marchés craignent une forte baisse de l’approvisionnement en pétrole. Concrètement, le prix du Brent a bondi de 40% en quelques jours et presque doublé depuis le début de l’année, pour passer de 60 à environ 110 dollars le baril.

Et cette hausse du baril, on la voit déjà à la pompe ?

Oui, et assez rapidement. En Europe, et en France en particulier, le litre d’essence ou de diesel peut prendre plusieurs centimes en quelques jours, faisant repasser le plein de carburant au‑delà de seuils psychologiques, par exemple 2 euros le litre sur certaines autoroutes. Pour un ménage moyen qui fait un ou deux pleins par mois, cela représente facilement 15 à 30 euros de dépenses supplémentaires, ce qui commence à peser sur le budget.

Au‑delà de l’essence, quelles autres dépenses du quotidien sont touchées ?

D’abord, les factures de chauffage et d’électricité, parce que le gaz et le fioul sont étroitement liés aux prix internationaux de l’énergie. Ensuite l’alimentaire : les produits transportés sur de longues distances — fruits, légumes, produits importés — subissent la hausse du coût du transport, ce qui se traduit par des prix plus élevés en rayons. Enfin, les entreprises voient leurs coûts de production augmenter et répercutent une partie de cette hausse sur les consommateurs, ce qui érode le pouvoir d’achat.

Quand l’énergie devient plus chère, que l’inflation menace et que les investisseurs s’inquiètent, on sait que certains actifs profitent de ce contexte. L’or, par exemple, comment réagit‑il ?

L’or joue pleinement son rôle défensif. En période de tensions géopolitiques et d’inquiétudes inflationnistes, son cours a tendance à monter, avec des variations quotidiennes parfois proches de 1 à 2%. Sur un horizon de quelques mois, on peut observer une hausse de l’ordre de 15 à 20% de l’once d’or, portée à la fois par la peur du conflit, la recherche de sécurité et les craintes que l’inflation reste durablement élevée. En plus de l’or, on peut aussi souligner la hausse du Dollar et du Franc Suisse, qui jouent également leur rôle de valeur refuge.

Parlons maintenant de la bourse. C’est cynique, mais existe-t-il des valeurs qui profitent du conflit ?

Sans surprise, ce sont d’abord les valeurs pétrolières. On peut citer des groupes comme TotalEnergies en France, BP ou Shell au Royaume‑Uni : lorsque le baril s’envole, leurs marges et leurs perspectives de résultats s’améliorent, ce qui pousse leurs cours à la hausse. Dans leur sillage, certains acteurs des services pétroliers ou du transport maritime d’hydrocarbures cotés en Europe bénéficient également de l’augmentation des tarifs de fret et de la demande de logistique énergétique.

Et côté défense, il y a aussi des gagnants sur les marchés européens ?

Oui, le secteur de la défense est clairement recherché. Des groupes comme Thales, Safran ou Dassault Aviation en France, mais aussi Rheinmetall en Allemagne ou Leonardo en Italie, voient leur cours progresser lorsque le risque de conflit durable augmente et que les États européens parlent de renforcer leurs budgets militaires.

Et à l’inverse, quelles sont les actions ou secteurs qui souffrent le plus en Europe ?

Tout secteur qui dépend fortement du coût de l’énergie ou de la confiance des ménages. Les compagnies aériennes européennes, comme Air France‑KLM ou Lufthansa, voient leurs coûts de carburant augmenter, alors que certaines routes sont suspendues à cause des risques géopolitiques, ce qui pèse sur leurs marges et leurs cours de Bourse. On observe également une pression sur les valeurs de la distribution, le luxe et les loisirs — car les ménages arbitrent leurs dépenses face à la hausse des factures d’énergie.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.