L'éco de Marc Tempelman

Le délit d’initié


Photo de Markus Winkler sur Unsplash Le délit d’initié

Photo de Markus Winkler sur Unsplash

Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.

Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de la plateforme d’investissement Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc.

Marc Tempelman, les annonces et les actes du Président Trump ont tendance à surprendre les marchés et de faire bouger les cours de bourse dans un sens ou un autre. Il y a de plus en plus de soupçons que certains proches du Président bénéficient d’informations confidentielles pour profiter de ces mouvements de marché pour s’enrichir. On parlerait de délits d’initiés. Commençons par le début : qu’est-ce que le délit d’initié ?



Le délit d’initié est l’acte par lequel un investisseur ou un trader utilise une information qui n’est pas encore publique et qui est de nature à faire bouger les cours à son avantage. En d’autres termes, il achète ou il vend avant que le marché n’ait accès à la même information. Quand on voit certains actifs grimper soudainement et pour des volumes inhabituels, comme des actions pétrolières ou de défense juste avant que la Président Trump autorise les premières frappes sur l’Iran, la question se pose immédiatement. Mais entre intuition et preuve, il y a un gouffre.

Et c’est précisément ce qui est arrivé à plusieurs reprises depuis que le Président Trump est au pouvoir n’est-ce pas ?

Oui. Dès qu’une déclaration politique peut faire bouger les marchés, et qu’on observe juste avant des positions très bien placées, les regards se tournent vers un possible accès anticipé à l’information. Donald Trump, qui est aujourd’hui le président des États-Unis, a souvent suscité ce type de débats, notamment parce que ce type de prise de positions particulièrement bien timées se sont multipliées sous sa Présidence. Et que par définition, il a accès à la totalité des informations particulièrement sensibles. On peut penser aux droits de douane imposés à telle ou telle industrie, ou tel ou tel pays, l’allègement de la réglementation sur les banques américaines ou l’exploration pétrolière et, naturellement, le déclenchement ou non d’une guerre.

Si les statistiques sont si parlantes, pourquoi est-ce si difficile à démontrer qu’un investisseur a triché et profité d’informations confidentielles pour prendre position avant les autres ?

Parce qu’il faut prouver beaucoup de choses à la fois : qui savait quoi, quand l’information a circulé, si elle était vraiment confidentielle, si elle était vraiment, à elle seule suffisante pour déclencher un mouvement de marché et si elle a servi à prendre une position de marché. Le simple fait qu’un trade soit très opportun n’est pas une preuve. En pratique, les enquêteurs cherchent des messages, des échanges, des appels, parfois des schémas de transactions, mais c’est rarement direct.

C’est pour cela que tant d’affaires font beaucoup de bruit sans aboutir ?

Exactement. L’opinion publique voit un enchaînement troublant, mais le droit demande une démonstration solide. C’est ce qui rend ces dossiers si frustrants. On a souvent une impression très forte d’injustice, mais une barre probatoire extrêmement élevée.

On pense évidemment à quelques affaires historiques.

Oui. La femme d’affaires Martha Stewart est devenue un nom emblématique dans le domaine des délits d’initiés puisqu’elle a été jugé coupable et emprisonnée pendant plusieurs années. Le financier, Raj Rajaratnam, lui, est l’un des cas les plus célèbres de délit d’initié pur, avec une condamnation lourde. Et avant lui, Ivan Boesky avait déjà symbolisé les dérives de Wall Street dans les années 1980. Ces affaires sont connues parce qu’elles restent l’exception, pas la règle.

Le débat devient encore plus sensible avec le Congrès américain.

Absolument. Aux États-Unis, les membres du Congrès peuvent acheter et vendre des actions, même s’ils doivent déclarer certaines opérations, alors qu’ils possèdent d’informations très confidentielles et très impactantes. Cela alimente depuis des années une énorme controverse éthique. Et le marché a même fini par créer des fonds qui suivent les transactions de ces parlementaires, notamment celles associées à Nancy Pelosi, ancienne figure majeure de la Chambre des représentants. C’est révélateur : quand la défiance devient un thème d’investissement, c’est que le sujet est profondément installé dans le débat public.

Au fond, le délit d’initié, c’est autant une question de droit que de confiance.

Et je rajouterai de morale. Et je pense que nous sommes en droit de se poser quelques questions au sujet de celle de l’actuel président des États-Unis et des membres de son entourage.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.