Entre 100 et 150 milliards de vêtements produits chaque année dans le monde, une industrie responsable de 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et des stocks suffisants pour habiller l'humanité jusqu'en 2100 sans produire un seul vêtement supplémentaire. Le constat dressé par Pierre Condamine, chargé de campagne sur la surproduction aux Amis de la Terre, est sans appel.
Le moteur de ce système ? La fast fashion. Là où il n'existait autrefois que deux collections par an, certaines enseignes proposent aujourd'hui plusieurs milliers de nouveaux modèles chaque jour. Résultat : un vêtement est porté en moyenne cinq à sept fois avant d'être jeté.
Les conséquences sont à la fois humaines et environnementales. En amont, des travailleurs d'Asie du Sud-Est subissent des conditions précaires pour produire à bas coût. En aval, des montagnes de textiles sont déversées en Afrique ou en Asie, rejetant microplastiques et perturbateurs endocriniens dans l'environnement.
Pour Pierre Condamine, la responsabilité ne repose pas sur les consommateurs, manipulés par des algorithmes et des techniques marketing sophistiquées, mais sur les entreprises, qui doivent être régulées.
Une loi anti-fast fashion a été adoptée à l'Assemblée nationale française il y a deux ans. Elle est toujours bloquée au Sénat.
Une interview menée par Lolla Sauty-Hoyer.