Une fois par mois, Alexandra Fresse-Eliazord décrypte les mots de l’actualité pour nous faire prendre un peu de recul sur le vocabulaire employé par les personnes publiques, les responsables politiques, les journalistes ou les entrepreneur.es.
Avec quel mot allons-nous commencer cette saison, Alexandra ?
Alors, je vais moi aussi commencer par une question : quel mot nous a léché les pieds par vagues tout l’été jusqu’à ce mois de septembre ?
Vous voulez parler des vagues de chaleur, sans doute ?
Oui, tout à fait, et même plus que « vagues de chaleur » ou « pic de chaleur » ou coup de chaud, le mot de l’été était sans conteste : canicule.
À celles et ceux qui aurait tendance à minorer l’événement, parce qu’après tout, un été, c’est normal qu’il fasse chaud, on pourra répliquer, pour paraphraser Cyrano : « c’est un pic, c’est un cap, c’est une canicule ! »
Et même plusieurs !
Oui, et c’est assez nouveau, jusqu’à présent, on faisait souvent référence à « la canicule historique de 2003 », en termes de records et de chaleur et de durée ; depuis, nous avons eu des « épisodes caniculaires » à plusieurs reprise l’été : en 2006, puis, ça s’intensifie : 2017, 2018, 2019, 2020, 2022, 2023, 2025… , et désormais « les » canicules, au pluriel de 2026, dont on a parlé jusqu’au début de ce mois de septembre dans le sud-ouest, définissant ce que l’on appelle désormais un « été caniculaire ».
Un « cap » donc, a été franchi ?
Nous avons vécu un été de tous les records, de sécheresse, celui des feux aussi, on a quand même vu apparaître dans l’actualité française le terme « mégafeu », et ce phénomène ne va pas sans l’autre. Mais savez-vous d’où vient le mot « canicule » ?
On pourrait penser à calor, pour la chaleur, mais il parait que non !
Effectivement, vous l’avez peut-être lu, ou entendu, les dictionnaires étymologiques nous apprennent que dans son sens premier, canicule, c’est l’étoile principale de la constellation du Grand Chien, que l’on appelle aussi plus couramment Sirius. Mais c’est son nom latin qui nous intéresse ici, il s’agit de la constellation du Grand Chien, et en latin, canicula, c’est le diminutif au féminin de canis, le chien, la canicule est donc étymologiquement une « petite chienne ».
C’est par métonymie que ce nom désigne, depuis l’antiquité, la période de grande chaleur pendant laquelle cette étoile se lève et se couche précisément avec le soleil. Cette période, c’est normalement sous nos latitudes du 22 juillet au 23 août. On voit bien que selon les années, ça dépend, mais ça dépasse, et largement !
Le mot s’est affranchi de son étymologie, la première canicule de 2026 ayant eu lieu dès la fin du mois de mai.
Une histoire qui ne manque pas de chien !
Oui et justement, une expression me vient quand on voit qui défile en ce mois de septembre ? Ce défilé, c’est autre chose que les canicules de cet été, ce sont… les candidats aux élections présidentielles.
La campagne a commencé… La campagne ! À la campagne, vous savez, on est habitué à entendre les chiens aboyer. On dit aussi « les chiens aboient, la caravane passe… »
Combien seront les candidats de cette longue caravane médiatique qui s’arrêteront vraiment après les aboiements des canicules de cet été, qui s’empareront prioritairement de ce sujet du réchauffement climatique et de ses conséquences ? Difficile, ça, de le prédire !
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.