Par les mots qui courent…

Twist again

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Une fois par mois, Alexandra Fresse-Eliazord décrypte les mots de l’actualité pour nous faire prendre un peu de recul sur le vocabulaire employé par les personnes publiques, les responsables politiques, les journalistes ou les entrepreneur.es.

Aujourd’hui, Alexandra, auriez-vous envie de nous faire danser ?

Je vous annonce en effet le retour du twist ! Vous connaissez sans doute cette musique et cette danse des années 1960 qui, sur un rythme binaire, faisait se trémousser, par d’amples mouvements de hanches, la jeunesse de l’époque.

Évidemment, je souhaite aussi vous parler des autres sens de ce mot, qui me sont venus à l’esprit face à des publicités, radio ou télé, qui avaient l’air de vanter un type de produit, alors qu’il s’agissait d’un autre complètement différent : vous vous attendez à une pub pour un parfum et il s’agit d’une voiture… Une autre grande tendance, sur les réseaux sociaux cette fois, est de commencer par un propos : « n’achetez pas tel produit », pour en fait en faire la promotion.

Cela nous fait twister, ou dit en autre termes, nous retourne le cerveau. Sortir des convenances et du convenu, c’est peut-être après tout une nouvelle manière de retenir l’attention ?

Le mot « twist », je l’emploie ici dans son acception littéraire, celui du twist narratif, en anglais le « plot twist », qui est le procédé par lequel une révélation arrive, le plus souvent à la fin de l’histoire, nous obligeant à reconsidérer tout ce que nous avons vu ou lu précédemment dans cette fiction.

Et y a-t-il un rapport avec l’actualité ?

Disons que j’ai repéré le mot récemment dans les médias, mais pas, ou pas encore, dans les médias d’actualité. On le retrouve fréquemment dans Marie Claire, où « 5 parfums donnent un twist moderne au mimosa » ou des ballerines qui donnent « un twist printanier au total look en jean ».

Mais on peut faire aussi twister des personnes, et c’est ce mot qu’emploie Mathilde Laurent, parfumeuse chez Cartier, entendue à Perfume Week à Paris, lorsqu’elle explique que son installation, à Rome, avec des diffuseurs de parfum autour d’une statue de Vénus, était destinée à faire « twister » le visiteur du Musée.

Mais ces « torsions du cerveau », n’est-ce pas aussi ce que nous ressentons lorsque nous sommes exposés aux outrances des publications venues du Président des Etats-Unis ? L’avènement de l’IA pour produire des visuels plus extrêmes les uns que les autres peut produire sur nous les effets du twist : provoquer un pic d’attention, et de surprise, comme quand arrive le twist dans votre film du soir, qui vous scotche à l’écran.

Une technique pour retenir le spectateur ?

Oui, et il est connu d’ailleurs que les scénaristes travaillant pour Netflix ont pour consigne de multiplier les rebondissements dès les 10 premières minutes de visionnage à cette fin. Pour faire le pont avec la façon de communiquer du président Trump, les rebondissements quotidiens nous obligent à garder le fil pour pouvoir comprendre ce qui se passe. À vrai dire, on aimerait passer du twist au switch…

C’est-à-dire ?

« Switch the light », on ou off, c’est allumer ou éteindre la lumière. Quand on « switch », on change. Dans ce sens, le mot « switch » apparaît couramment à oral ou sur les réseaux sociaux, avec le verbe « switcher ». On ne va pas forcément utiliser l’expression grandiloquente de « changement de paradigme », mais le « switch » a bien valeur de changement en mode binaire, d’où sa parenté avec le twist, mais la danse cette fois.

Et vous avez repéré d’autres expressions similaires ?

Ce qui m’amuse, en fait, c’est l’emploi de certaines sonorités, qui « sonnent » actuelles. Dans la lignée du twist, qui est aussi une émission culturelle sur Arte, citons la plateforme Twitch, qui diffuse des vidéos en direct ; quant au « switch », selon votre âge ou vos fréquentations, vous connaissez la console de jeu du même nom, ou, assez proche à l’oreille, le Swipe sur les applis de rencontres… (ce mouvement du doigt qui fait scroller une photo sur le côté).

Dans tous les cas : on passe à autre chose…

Oui, et c’était un peu l’esprit de cette chronique, parler des sonorités qui twistent ou qui swinguent, pour mettre un peu de gaité gazouillante dans un printemps où plus loin dansent encore les bombes.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.

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