Dans ces chroniques, euradio vous propose de creuser et d'observer tout ce que les sols ont à nous offrir. Avec Tiphaine Chevallier, chercheuse à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD).
Aujourd’hui, votre sujet porte sur la rhizogaine. Laissez-moi deviner, rhizo comme racine et gaine comme gaine. La rhizogaine est une sorte de gangue que l’on met autour des racines ?
Vous y êtes presque Laurence, la rhizogaine est bien quelque chose qui a trait aux racines et qui est autour des racines. Mais c’est quelque chose de complètement naturel. C’est simplement la terre qui reste accrochée aux racines quand on déterre une plante et qu’on la secoue un peu. Cette terre collée aux racines forme une sorte de gaine autour des racines, la rhizogaine.
Qu’est ce qui fait que la terre reste si accrochée aux racines ?
Les exsudats racinaires. Les exsudats racinaires ce sont des substances produites par les racines. Elles diffusent dans les sols et sont appétentes pour les microorganismes qui vivent autour des racines. Les microorganismes produisent à leur tour des composés organiques. Toutes ces molécules produites par les racines et les microorganismes sont chimiquement proches, et sont pour une large part des polysaccarides, des sucres.
Et le sucre, ça colle.
C’est ça, le sucre ça colle aux doigts et la terre aux racines. L’activité conjointe des racines et des microorganismes essentiellement des bactéries et champignons microscopiques agrège le sol autour des racines et permet à la rhizogaine d’être plus ou moins volumineuse et cohérente.
Toutes les plantes en ont une ?
Oui plus ou moins importante selon le type de sol, mais aussi selon le type de plante. Certaines plantes produisent plus d’exsudats que d’autres. Cette caractéristique est d’ailleurs étudiée notamment par Laurent Cournac avec qui j’ai écrit cette chronique. Chercheur à l’IRD dans la même unité de recherche que moi à Montpellier, il étudie la capacité du mil et du sorgho, des céréales sahéliennes à former des rhizogaines.
Honnêtement, comment a-t-on l’idée d’étudier la rhizogaine du mil ?
Le mil, comme le sorgho, sont des céréales essentielles dans l’alimentation et leurs cultures sont très répandues dans les pays sahéliens, comme par exemple le Sénégal ou le Mali. Les sols de ces pays sont souvent sableux et fragiles face à l’érosion mais aussi à la sécheresse. Dans ces conditions difficiles, les plantes dont les rhizogaines sont volumineuses et résistantes sont intéressantes parce qu’elles retiennent les sols, favorisent l’infiltration de l’eau et retiennent plus d’eau au niveau de leurs racines. En entretenant une vie microbiologique active au niveau de leurs racines, ces plantes ont aussi potentiellement une capacité améliorée à mobiliser des nutriments pour leur croissance.
Donc favoriser un manchon, une gaine de terre autour des racines protège la plante ?
Oui c’est l’idée, pour ensuite favoriser des variétés de plantes supposées, espérées plus résistantes aux aléas climatiques. En plus grâce à ces activités racinaires produisant des composés organiques, les plantes participent à la séquestration du carbone dans les sols. Pas forcément beaucoup à l’échelle de la plante, mais un peu plus à l’échelle de la parcelle et encore plus si on prend en compte l’ensemble des parcelles cultivées. Cela peut paraitre anecdotique, mais les sols cultivés perdent souvent du carbone, les rendre moins déficitaires voir excédentaires en carbone tout en conservant une production agricole reste un challenge.
Laurent et ses collègues chercheurs au Sénégal et au Burkina Faso travaillent donc avec des sélectionneurs, des agronomes et des agriculteurs pour sélectionner des variétés de mil qui ont de belles rhizogaines.
Mais est ce qu’une belle rhizogaine n’est possible qu’avec une sélection variétale ? Il ne faut pas déterrer les plantes au moment de la récolte si on veut stocker du carbone, que fait-on des résidus de récolte ? ça marche dans tous les sols ? En France on travaille aussi sur la rhizogaine de nos céréales ?
Beaucoup de questions d’un coup. Vous voyez qu’avoir des questions de recherche sur la rhizogaine ce n’est pas si difficile Laurence ! Laurent et ses collègues y travaillent et pour répondre à une question oui on y travaille aussi en France, ne serait ce que sur le sorgho, une céréale d’origine africaine de plus en plus cultivée en Europe et surtout en France pour sa résistance justement face à la sécheresse. Sur le site, j’ai mis un lien vers le projet dans lequel travaille Laurent pour que vous puissiez suivre ces recherches et éventuellement trouver des réponses à vos questions !
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.