Chaque semaine sur euradio, retrouvez la chronique de Bernard Guetta, député européen, qui effectue un retour sur les actualités et événements européens actuels.
C’est sa fin qu’il faut envisager. Sous trois jours, trois mois ou trois ans, c’en sera fini de Vladimir Poutine et pas seulement parce que les réseaux sociaux russes débordent de doléances sur les difficultés économiques rencontrées par une population qui voit maintenant se multiplier les frappes ukrainiennes sur son sol.
Pour Poutine cette guerre qu’il ne voulait pas même nommer tant elle devait être courte a bien mal tourné mais ce n’est pas un autre lui-même qui lui succédera. Lorsque cette si longue et sinistre page d’Histoire se sera tournée sur ce dictateur, c’est tout le poutinisme qui se défera car l’épuisement de ce système a maintenant effacé son triomphe initial.
Vladimir Poutine avait d’abord eu pour lui d’être l’absolu contraire de ce dont les Russes ne voulaient plus. Au vieil alcoolique embrumé dès le milieu de matinée succède au tournant du siècle un svelte jeune homme tout en muscle et droit sorti des services secrets. Boris Eltsine, le parrain des privatisations sauvages, est écarté au profit d’un James Bond qui promet à la fois une revanche contre la prédation des richesses nationales et la réaffirmation d’une grandeur russe.
Improbable promesse d’un Mani pulite russe et d’un Make Russia Great Again, Vladimir Poutine est ainsi accueilli comme un sauveur. Il est le vengeur d’une Russie humiliée et sa popularité est si écrasante qu’il faudra quelque dix ans aux Russes pour comprendre qu’ils ont troqué les oligarques de Boris Eltsine contre ceux de son successeur et un mafieux non-violent et gâteux contre un cruel chef de gang sous lequel l’opposition devient une maladie mortelle.