L'édito européen de Quentin Dickinson

Fragile puissance

Photo de rob walsh sur Unsplash Fragile puissance
Photo de rob walsh sur Unsplash

Chaque semaine, Quentin Dickinson revient sur des thèmes de l'actualité européenne sur euradio.

Cette semaine, Quentin Dickinson, vous voulez revenir sur les méthodes du Président des États-Unis, qui se présente volontiers comme le Magicien-qui-gagne-à-tous-les-coups – mais l’on vous sent très sceptique à cet égard…

Si l’on part du principe que le comportement de Donald TRUMP correspond à une méthode réfléchie, structurée, cohérente, qui se traduit par un flot ininterrompu de messages brutalement hors de propos, destinés à dérouter l’adversaire et à le circonvenir, avant de lui imposer un accord financier largement favorable à la famille TRUMP et aux pièces rapportées de celle-ci, alors ce raisonnement ne vaut que si le but escompté est effectivement atteint et publiquement vérifiable.

Or, à l’analyse des quatorze premiers mois de son second mandat, l’on doit bien reconnaître que cet objectif honteux est largement atteint.

En revanche, s’il s’agit pour M. TRUMP de conforter la place prééminente des États-Unis dans le monde libre et de s’assurer la satisfaction du plus grand nombre de ses compatriotes, ce n’est vraiment pas la conclusion que l’on peut raisonnablement en tirer.

Que voulez-vous dire ?...

Le catalogue est longuet, alors accrochez-vous.

Une partie non-négligeable de l’électorat du Parti républicain est opposée à toute intervention militaire américaine à l’étranger – or, après avoir envisagé d’envahir le Groënland, M. TRUMP fait enlever par ses militaires le chef d’État vénézuélien, et déclenche ensuite une campagne à très grande échelle contre l’Iran, toujours en cours. Logique, Donald TRUMP fait savoir qu’il ne s’intéresse plus à remporter le Prix Nobel de la Paix. Bilan : malaise croissant chez ses électeurs.

Ayant fait campagne sur un accroissement supposé de l’insécurité, dû selon lui aux immigrés de toute origine et de tout statut qu’il s’engage à expulser systématiquement, il fait embaucher par l’administration des Douanes une armée de gros-bras - sans se montrer trop regardant sur leur éventuel passé judiciaire – en leur donnant carte blanche pour régler la question à leur façon. Bilan : plusieurs morts parmi des citoyens américains sans rapport avec l’immigration, des scènes de brutalité injustifiable dans des villes jusque-là paisibles, et aucun effet sur l’insécurité ni sur les flux migratoires ; incompréhension et agacement chez les électeurs républicains de la tendance chrétienne évangélique.

Et la liste ne s’arrête pas là, Quentin Dickinson…

Non, en effet. L’inflation sur les carburants comme sur les produits alimentaires est repartie à la hausse ; la sécurité sociale maladie-invalidité, mise en place sous le Président OBAMA, est menacée ; les touristes étrangers se détournent des États-Unis. Bilan : la composante MAGA se rebiffe chez les militants républicains.

Parallèlement, les Républicains modérés, élus au Congrès fédéral, s’inquiètent des velléités de M. TRUMP de retirer leur pays de l’OTAN ; de ses affronts répétés à l’encontre des alliés traditionnels de l’Amérique ; de son immixtion dans la vie politique de ceux-ci ; et de sa fascination pour ce qu’il perçoit comme les hommes forts de la planète : POUTINE, XI Jinping, et KIM Jong-Un, membres d’un club exclusif qu’il aspire à rejoindre - voire à diriger - dans un monde remodelé à son image.

Bilan : pour les élus républicains, voilà autant d’actions difficiles à expliquer à leurs électeurs et qui risquent d’obérer leurs chances de réélection lors des législatives, qui se tiendront dans un peu moins de sept mois.

Conclusions, Quentin Dickinson ?...

Nous avons déjà eu à ce même micro à rappeler que Donald TRUMP ne doit son image qu’à son passé d’animateur d’une émission de téléréalité.

Or, la notoriété ne garantit ni l’adhésion, ni le succès – sinon LANDRU et MESRINE auraient été présidents de la République, et Adolf HITLER aurait été maître de toute l’Europe.

De même, la popularité est une matière éminemment périssable : ainsi, le Général de GAULLE, libérateur de la France en 1945, quitte l’Élysée vingt-quatre ans après, désavoué lors d’un référendum constitutionnel. Autre exemple, encore plus cinglant : incontestable bâtisseur de la résistance britannique et de la victoire alliée sur le nazisme, Winston CHURCHILL assiste, impuissant, à la défaite de son Parti conservateur aux législatives, dès 1945.

Ainsi donc s’évapore la gloire des hommes.

Mais Donald TRUMP le sait-il déjà ?

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.

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