Aux portes de l'UE

La reprise des négociations de paix entre l’Ukraine et la Russie en vue ?

Un immeuble d'appartements détruit à Borodyanka, Ukraine, montrant les séquelles du conflit. Photo de ©Алесь Усцінаў via pexels La reprise des négociations de paix entre l’Ukraine et la Russie en vue ?
Un immeuble d'appartements détruit à Borodyanka, Ukraine, montrant les séquelles du conflit. Photo de ©Алесь Усцінаў via pexels

Chaque semaine, Lyudmyla Tautiyeva nous propose un aperçu de ce qu'il se passe aux frontières de l'Union européenne, traitant de sujets divers tels que la gouvernance, l’entreprenariat, ou encore l'innovation.

C’est la rentrée ! En France, elle est aussi marquée par le début de la campagne en vue de l’élection présidentielle d’avril 2027. Pour la première fois depuis 1958, la politique internationale occupe une place centrale dans les débats entre les candidats à la présidence. Et l’Ukraine est au cœur de ces discussions : alors que la guerre se poursuit, la Russie a franchi un nouveau cap cet été en intensifiant considérablement ses bombardements contre les infrastructures civiles ukrainiennes.

La rentrée en Ukraine est en effet marquée par la fatigue de l’été sous les bombardements les plus intenses et les plus dévastateurs depuis le début du conflit et l’anxiété face à l’hiver qui est juste derrière la porte.

Durant cet été, la Russie a bombardé plusieurs sites logistiques civiles, y compris les sites de distribution alimentaire, d’électroménagers, de poste, les trains et les stations-service - une chose qu’elle n’avait pas fait avec une telle fréquence avant. Le bilan est aussi lourd pour la population civile : 437 morts et 2 610 blessés en juillet seulement, le mois le plus meurtrier depuis le début de l’invasion selon l’ONU. Alors que l’Ukraine manque d’intercepteurs pour protéger son ciel contre les missiles balistiques, la Russie profite et frappe davantage avec de la balistique qu’elle continue à produire en grand nombre grâce à l’aide de la Chine et le contournement des sanctions.

Le but de Poutine est clair : rendre la vie de la population ukrainienne intenable ; pousser les Ukrainiens à céder les territoires dans le Donbass que la Russie réclame depuis 2022 et qu’elle n’arrive pas à conquérir militairement depuis 2014.

Le manque de systèmes de défense antiaérienne capables d’intercepter les missiles balistiques est régulièrement dénoncé par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, notamment lors de sa venue à Paris, à l’occasion de la réunion de la « coalition des volontaires » et des célébrations du 14-Juillet.

Le système américain Patriot est le plus efficace contre les attaques balistiques russes mais les Américains sont réticents d’en donner aux Ukrainiens alors qu’ils sont en pleine guerre avec l’Iran et qu’ils ont réduit l’aide militaire à l’Ukraine depuis l’arrivée de Trump à la Maison Blanche. Les livraisons de Patriot ont diminué de moitié entre 2023 et 2025, avec seulement 364 missiles reçus l'année dernière. Le système français SAMP/T est également utilisé par l’armée ukrainienne mais les européens n’ont pas assez des missiles au vue du besoin ukrainien.

La coalition des volontaires réunit à Paris en juillet dernier a exprimé la détermination à renforcer la capacité des Ukrainiens à défendre leur ciel. Cependant, ce n’est qu’en début septembre que l’Allemagne a annoncé l’envoie des missiles pour le Patriot en Ukraine et la Grande Bretagne a dédié 100 millions de livres en intercepteurs, munitions de gros calibre et drones pour Kyiv.

Les États-Unis ont toutefois récemment relancé leurs efforts diplomatiques pour tenter de trouver une issue à la guerre en Ukraine. Steve Witkoff, l’envoyé spécial de Donald Trump, et Jared Kushner, son gendre, se sont rendus à Moscou et à Kyiv début septembre pour s’entretenir avec les dirigeants russe et ukrainien. Peut-on aujourd’hui parler d’avancées concrètes dans la recherche d’une issue au conflit ?

Ce qui est du vrai progrès, c’est que Witkoff et Kushner se sont rendu à la capitale ukrainienne pour la première fois depuis le début de la guerre, alors que Witkoff est allé huit fois à Moscou depuis 2023. Pourtant, il semble y avoir peu de progrès sur le fond. Le Kremlin a répété la condition d’une paix potentielle : la cession du Donbass par l’Ukraine.

Poutine n’a pas hésité à revenir sur le besoin d’éliminer la cause profonde de ce conflit qu'est l’existence même de l’Ukraine indépendante. Un gouvernement fantoche pro-Kremlin à Kyiv, l'abandon de l’intégration dans l’UE par l’Ukraine et le retour dans le monde russe où l’identité ukrainienne est effacée sous la russification massive, c’est ce que veut Poutine et ce à quoi il ne renonce pas.

Côté ukrainien, l’abandon du Donbass où se trouvent les lignes de défense les plus solides et que la Russie n’arrive pas conquérir en entier depuis 2014, signifie la création d’une brèche critique dans la défense de l’Ukraine et la porte ouverte pour la poursuite de l’invasion russe des régions de Dnipro et Kharkiv.

C’est un non ferme de Kyiv à la solution proposée par les Russes et les Américains.

Et pourtant, le président Zelensky a affirmé il y a quelques jours être ouvert à des négociations directes avec Vladimir Poutine. Comment interpréter cette position ?

Oui, et il a d’ailleurs proposé à s’entretenir avec le président russe à Miami aux marges du sommet de G20 en décembre – une proposition que le Kremlin a tout de suite rejeté, avant d'inviter Zelenskyi une nouvelle fois, plutôt à Moscou.

Si la rencontre entre Poutine et Zelenskyi reste incertaine, l’Ukraine se prépare toutefois pour une nouvelle phase de négociations techniques trilatérales avec les russes en octobre, selon le chef de l’administration présidentielle Kyrylo Budanov.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.