AntiClash - La revue de presse européenne

Xi Jinping en Europe - Anticlash #7

© European Union Xi Jinping en Europe - Anticlash #7
© European Union

Bienvenue sur euradio ! Voici la revue de presse européenne d’AntiClash, le podcast qui explore les sujets polémiques par le dialogue. Dans cette chronique présentée par Laurent Lanfranchi et Rafael Tyszblat, nous vous proposons une revue partielle de la presse européenne, avec notre analyse.

Et aujourd’hui, notre choix s’est porté sur la visite du dirigeant chinois Xi Jinping en Europe, qui a fait couler beaucoup d’encre dans les presses européennes. Alors, tentons d'apporter un éclairage sur les enjeux qui agitent la presse européenne au sujet de ce pays si influent sur la scène mondiale. 

Nous sommes, en France, habitués à des médias relayant des inquiétudes concernant les Droits de l’Homme, notamment à propos du travail forcé ou de la minorité Ouïgoure, comme le Monde qui donne tribune à Dilnur Reyhan le 7 mai.

Habitués, aussi, à l’évocation d’un bras de fer économique pas équitable, tant à cause de la taille et de la puissance chinoises, qu’à cause d’une concurrence souvent jugée déloyale, avec le Figaro du 5 mai par exemple.

Enfin, Libération aborde le 4 mai un attentisme géostratégique, faisant redouter le positionnement chinois dans les conflits, et ses vues pour un contrôle croissant dans différentes parties du globe.

https://www.lemonde.fr/international/article/2024/05/06/accueillir-xi-jinping-est-une-politique-de-complicite-du-genocide-ouigour_6231899_3210.html

https://www.lefigaro.fr/vox/monde/chine-quand-l-europe-resistera-20240505

https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/xi-jinping-a-paris-ne-nous-meprenons-pas-la-chine-avance-masquee-20240504_SI4M2EEWFJAATN2DMSJ36TALKY/?redirected=1

Cependant, qu’en est-il des ressentis dans les autres pays Européens ?

Vu de Hongrie, l’hebdomadaire HVG estime que Xi Jinping exploite le manque d’homogénéité dans la politique européenne, pour asseoir l’emprise économique chinoise. Et il n’est d’ailleurs, on le verra, pas le seul.

Pour Hvg, la Hongrie et la Serbie, deux des trois étapes européennes de Xi Jinping, sont le socle de la deuxième grande offensive commerciale chinoise, avec notamment la ligne ferroviaire Belgrade-Budapest à venir. Financée par des prêts chinois, cette ligne permettra à la Chine d’avoir la main sur une infrastructure logistique allant du Pirée jusqu’à l’Europe centrale.

HVG, 10 mai 2024

https://hvg.hu/360/hetilap360/2024/19/20241908vilag1

Au delà de l’aspect économique, le quotidien croate Jutarnji List craint les effets du rapprochement de ses voisins hongrois et serbes avec la Chine, qui aurait un impact sur la guerre en Ukraine puisque ces deux pays soutiennent Vladimir Poutine à propos de la guerre. Il considère que faute d’une UE solide et unie, ainsi que d’une OTAN puissante, cette politique rendra les petits états européens “vassaux de la Russie et de la Chine”. 

Jutarnji List, 6 mai 2024

https://www.jutarnji.hr/

Botond Felely, dans Új Szó en Slovaquie, aborde le sujet par le prisme de la fragilité de l’économie chinoise. C'est en quête de solutions aux problèmes économiques de son pays que le président chinois aurait fait le déplacement en Europe, :

Selon lui, le miracle économique chinois est une page tournée. et il est donc primordial d'exporter, faute de quoi les difficultés économiques de la Chine risquent de se muer en tensions sociales.»

Uj Szó, 10 mai 2024

https://ujszo.com/velemeny/beszedes-kinai-korut

Der Standaard depuis la Belgique, pointe le fait qu’à Paris, Xi Jinping essaiera surtout de neutraliser les leviers de pression européenne en tirant parti de la division interne de l'UE. Notamment en se rendant, juste après Paris, en Hongrie et en Serbie, “vassaux de la Russie”. Recourant ainsi à la stratégie classique du 'Diviser pour régner' “

De Standaard, 5 mai 2024

https://www.standaard.be/cnt/dmf20240505_94921060

Aussi intéressé par les divisions européenes, le portail turc T24 explique que Scholz craint que les investissements allemands en Chine ne pâtissent de la défense des intérêts européens. Le chancelier a d’ailleurs évité la question des violations des droits humains lors de sa visite en Chine, le mois dernier et, en amont de cette visite, l'annonce de sanctions allemandes contre Huawei. L'absence de Scholz à Paris pour recevoir Xi Jinping, qui sera “perçue comme un signe de faiblesse de l'UE, constituera donc un motif certain de satisfaction pour le dirigeant chinois.»

T24, 6 mai 2024

https://t24.com.tr/yazarlar/hakan-okcal/cin-lideri-xi-bes-yil-aradan-sonra-avrupa-yi-ziyaret-ediyor,44683

Enfin, en Italie, La Stampa pointe qu’Emmanuel Macron, ayant déclaré qu’”être les alliés des Etats Unis ne signifiait pas en être les vassaux”, a attiré l’attention de Xi Jinping. Celui-ci compte, bien qu’en opposition avec Emmanuel Macron sur l’Ukraine et la Russie, travailler sur la recherche française d’autonomie stratégique par rapport à l’allié américain, avec dans sa manche la possible perspective d'un retour de Donald Trump à la Maison-Blanche comme atout.

La Stampa, 6 mai 2024

https://www.lastampa.it/esteri/2024/05/06/news/xi_jinping_francia_sfida_usa_ucraina-14278644/?ref=LSHA-SN-P1-S2-T1

Politiken, au Danemark, livre une analyse sur ce qu’il estime être “un problème majeur à un moment décisif de l'histoire”: l'Europe est en mal de leadership et l'axe Paris-Berlin bat de l'aile.

Politiken opine que les analyses et les idées du président français lorsqu’il évoque la Chine comme l’un des trois dangers qui menacent la survie de l’Europe, sont justes. Mais où est le pouvoir politique permettant leur mise en œuvre ?

Politiken, 5 mai 2024

https://politiken.dk/debat/ledere/art9889971/Macron-har-ret-Vi-st%C3%A5r-p%C3%A5-randen-af-afgrunden

Somme toute, convergences et divergences entre visions et intérêts des différents états européens apparaissent assez clairement en ce qui concerne les rapports à envisager avec la Chine. L’Europe semble disposer de leviers fonctionnels si une cohésion parvient à être trouvée et effective. Cohésion que ne souhaite pas la Chine, qui, de son côté, semble prête à utiliser son influence pour modifier, à son profit, les équilibres et allégeances occidentales traditionnelles, qu’elles soient intra-européennes ou américano-européennes.

Alors, comment unifier ces intérêts européens à finalités concordantes, mais à composantes divergentes ? Chaque état européen doit-il protéger ses investissements sur un marché aussi important que le marché chinois ? L'Europe doit-elle prendre le risque de faire face à une rigidification des rapports, si elle fait corps pour se mettre à la hauteur du géant chinois ?

Comme souvent avec la construction européenne, le consensus est difficile à trouver, chaque état membre rechignant à prendre des risques à propos des domaines dans lesquels il est en pointe, comme l’Allemagne et son industrie automobile, très souvent citée pour sa frilosité.

Un fait intéressant à noter est qu’au sujet de la Chine, la presse européenne prend position, de manière plus claire que les politiques qui ont, semble-t-il, du mal à ajuster valeurs et positionnements.

La Chine, superpuissance démographique, économique, stratégique semble faire, par son expansionnisme, face à ses propres limites. L’Empire du Milieu ne mérite-t-il pas un interlocuteur fort et serein, pour envisager de nombreux sujets possibles d'épanouissement plutôt que de crispations ?