Élise Lalanne-Larieux, directrice de clientèle de l’agence Bona fidé, et Jacques Trentesaux, cofondateur de Mediacités, dressent le même constat : l’état de la presse locale est préoccupant.
Si l’on n’observe pas encore de désert médiatique complet, certaines zones en sont de plus en plus dépourvues. L’enquête de la Fondation Jean-Jaurès, menée auprès de 10 000 Français, établit un lien net : 84 % des gros consommateurs de médias locaux votent systématiquement, contre 61 % des autres. Dans l’Oise, où titres et radios se raréfient, on s’engage et on vote moins. En Bretagne, où Ouest-France est puissant, davantage. L’école forme des citoyens, résume Élise Lalanne-Larieux, la presse régionale forme des démocrates.
Pour Jacques Trentesaux, les temps sont plus durs qu’avant. La publicité a migré vers les Gafam, les algorithmes invisibilisent les petits médias et les aperçus IA de Google, arrivés en France en juillet, détournent les lecteurs des sites, avec des baisses d’audience pouvant atteindre 40 %. Les créations existent, mais souvent sous-capitalisées. Mediacités, à l’équilibre avec 14 salariés, mise sur l’abonnement à 69 € par an, alors que seuls 17 % des Français se disent prêts à payer pour s’informer en ligne.
Une interview menée par Florent Vautier pour l'émission "Médias : raviver, résister, ré-inventer", le 19 septembre 2026 à l'occasion des Journées européennes du patrimoine.