Fréquence Europe

Que peut faire l'Union européenne contre la déforestation ?

 Que peut faire l'Union européenne contre la déforestation ?

Toutes les deux semaines sur euradio, retrouvez la chronique Fréquence Europe de Radio Judaïca et l’Europe Direct Strasbourg, présentée par Olivier Singer.

Cette semaine vous avez souhaité revenir sur un vote le 13 septembre au Parlement européen sur un texte ambitieux contre la déforestation.

Oui, c’est un sujet important car les forêts jouent un rôle crucial dans la lutte contre le changement climatique, qui fait partie des priorités de l’Union européenne notamment à travers son grand pacte vert.

Les forêts sont indispensables à notre survie, elles nous donnent l’air que nous respirons en piégeant le dioxyde de carbone de l’atmosphère. Elles couvrent 30% de la surface terrestre et abritent 80% de la biodiversité de notre planète. Mais aujourd’hui, les forêts dans le monde sont gravement menacées par la déforestation. Entre 1990 et 2020 le monde a perdu 420 millions d’hectares de forêts, une superficie plus vaste que celle de l’Union européenne. On estime que 800 terrains de football de forêts disparaissent toutes les heures. Et bien sûr, les pays les plus touchés sont ceux qui hébergent à eux seuls 52% des forêts tropicales primaires, le Brésil, l’Indonésie et la République démocratique du Congo. Et le Brésil dépasse de loin tous les autres pays en matière de déforestation, puisqu’on on estime qu’en 2021, 1,5 millions d’hectares de forêts amazonienne ont été détruites.

Et quelles sont les causes principales de cette déforestation mondiale ?

La déforestation et la dégradation des forêts sont principalement la conséquence d'activités humaines.

Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, la FAO, l’agriculture est à l'origine d'au moins 50 % de la déforestation mondiale. Le développement urbain et des infrastructures, la construction et l'expansion des routes, est une autre cause de déforestation mondiale. D'autres activités humaines sont préjudiciables aux forêts telles que la surexploitation du bois, y compris pour le combustible, et l'exploitation forestière illégale ou non durable. Enfin, le changement climatique est à la fois une cause et une conséquence de la déforestation et de la dégradation des forêts. Les événements extrêmes qu'il déclenche, tels que les incendies, les sécheresses et les inondations, affectent aussi les forêts.

Et que peut faire l’Union européenne pour lutter contre la déforestation mondiale ? Peut-elle inverser cette tendance à elle seule ?

Il est certain que l’action de l’UE devra s’inscrire dans une politique mondiale, mais il est aussi possible d’agir à notre niveau surtout qu’une grande partie de la lutte contre la déforestation se joue au supermarché et dans les caddies des Européen·nes. Actuellement le déboisement de l’Amazonie ou du bassin du Congo est principalement dû aux importations de l’UE. Une grande partie des forêts tropicales converties à l'agriculture sert à produire des biens commercialisés à l'échelle mondiale. Selon WWF France, la consommation de l'UE représente environ 16 % de la déforestation mondiale. Elle se place ainsi après la Chine 24% mais devant l’Inde 9% et les États-Unis 7%. Selon l'analyse d'impact réalisée par la Commission européenne, les principaux produits importés par l'UE à partir de terres déboisées sont l’huile de palme 34%, le soja 32.8%, le bois 8.6%, le cacao 7.5%, le Café 7%, le Caoutchouc 3.4% ou le maïs 1.6%...

Et donc que propose l’UE pour lutter contre la déforestation mondiale ?

Le 13 septembre dernier, le Parlement européen a adopté une proposition de règlement sur les produits « zéro déforestation » visant à enrayer la dégradation des forêts imputables à l’UE en garantissant l’importation de produits sans lien avec la déforestation.

Les produits concernés sont d’abord les produits les plus associés à la déforestation : le soja, l’huile de palme, la viande de bœuf, le bois, le cacao, le café, le caoutchouc, ainsi que certains produits dérivés comme le cuir, le chocolat et les meubles...

Concrètement, cette nouvelle législation obligera les entreprises à s’assurer, documents et données à l’appui, que les biens vendus dans l’UE ne sont pas issus de terres déboisées ou dégradées depuis le 31 décembre 2019. Plus les produits seront issus de zones à risque, plus les exigences de vérification seront importantes. Et à contrario, les obligations et les contrôles seront moins contraignants pour les produits provenant d’une zone à faible risque.

L’efficacité de ce texte dépendra pour beaucoup des contrôles qui seront à la charge des États membres. Pour effectuer ces vérifications, ils pourront se baser sur un nouveau registre numérique qui centralisera les informations sur les produits mis sur le marché avec les coordonnées de géolocalisation et l’utilisation d‘images satellitaires.

Après ce vote, c’est désormais aux États membres d’approuver ce texte qui pourrait alors entrer en vigueur dès 2024.

Même si avec cette loi, nous consommateur·rices européens, ne devrions plus être indirectement complices de la déforestation, cela ne doit pas nous empêcher de continuer à réfléchir plus globalement aux conséquences environnementales de nos modes de consommation.

Entretien réalisé par Laurence Aubron.