L'Europe et le monde

Le retour du nucléaire : un tournant stratégique pour l’Europe

Le retour du nucléaire : un tournant stratégique pour l’Europe

L’Europe est composée de différents acteurs (États, entreprises privées, organisations internationales…) qui jouent un rôle majeur dans les relations internationales. La série « L’Europe et le Monde » sur euradio cherche à éclairer l’auditeur sur certains aspects de la place du Vieux continent sur la scène internationale.

On entend beaucoup reparler du nucléaire en Europe ces derniers mois. Pourquoi ce retour dans le débat maintenant ?

Le débat est très actuel en effet, ce mardi 10 mars un sommet international sur le nucléaire civil ayant été organisé près de Paris, réunissant des chefs d’État et des responsables européens. À cette occasion, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré que réduire la part du nucléaire en Europe avait été « une erreur stratégique ».

Ce retour du nucléaire est lié au contexte international actuel ?

Oui, clairement. L’Europe traverse plusieurs crises énergétiques. La guerre en Ukraine a bouleversé l’approvisionnement en gaz. Et les tensions au Moyen-Orient font grimper les prix du pétrole et du gaz. Résultat : l’Europe réalise à quel point elle dépend d’énergies importées. Et cette dépendance est devenue un enjeu stratégique.

Donc la question n’est plus seulement climatique, mais aussi géopolitique ?

Exactement. L’énergie est un outil de puissance. Quand un continent dépend d’importations pour faire tourner son économie, il devient vulnérable. L’Union européenne importe encore beaucoup de gaz et de pétrole. Et ces marchés sont très instables. Dans ce contexte, le nucléaire revient dans le débat parce qu’il permet de produire de l’électricité localement, sur le territoire européen.

Parler d’“erreur stratégique” concernant la réduction de la part du nucléaire européen c’est un vrai changement de discours.

Oui, c’est très symbolique. Dans les années 1990, environ un tiers de l’électricité européenne venait du nucléaire. Aujourd’hui on est autour de 15 %. Plusieurs pays ont décidé de sortir de cette énergie, notamment après la catastrophe de Fukushima. Mais aujourd’hui, beaucoup de responsables européens estiment que cette décision a affaibli l’autonomie énergétique du continent.

Dans ce cadre, la construction des petits réacteurs modulaires est devenue d’actualité. Qu’est-ce que c’est exactement ?

Ce sont des réacteurs nucléaires plus petits, plus flexibles et plus rapides à construire que les centrales traditionnelles. On les appelle SMR. L’idée est de produire de l’électricité de manière plus décentralisée et plus adaptable. Plusieurs entreprises européennes travaillent déjà sur ces technologies. Mais le problème, c’est que la Chine et les États-Unis ont pris de l’avance.

Donc l’Europe essaie de rattraper ce retard ?

Oui. La Commission européenne veut soutenir l’innovation et encourager les entreprises à coopérer. L’idée est de faire de l’Europe un pôle mondial du nucléaire de nouvelle génération, avec des réacteurs opérationnels dans les années 2030. Mais pour que ces projets soient rentables, il faut aussi un marché européen plus intégré.

Et c’est là que la question des règles européennes entre en jeu.

Exactement. Aujourd’hui, les investissements dans le nucléaire restent difficiles. Pendant longtemps, les financements européens privilégiaient surtout les énergies renouvelables. La France, notamment, plaide pour une neutralité technologique. C’est-à-dire que toutes les énergies bas carbones, y compris le nucléaire, puissent bénéficier des mêmes soutiens. Aujourd’hui, le nucléaire est au cœur de sa stratégie industrielle et énergétique. Le Président français a rappelé que cette énergie permet de concilier trois objectifs : l’indépendance énergétique, la décarbonation et la compétitivité économique.

Et puis le nucléaire reste un sujet très politique en Europe.

Oui, et il le restera. Parce que la transition énergétique européenne repose surtout sur les renouvelables, comme l’éolien et le solaire. Mais ces énergies sont intermittentes. Elles dépendent du vent et du soleil. Le nucléaire peut donc jouer un rôle complémentaire pour stabiliser la production d’électricité.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.