L’Europe est composée de différents acteurs (États, entreprises privées, organisations internationales…) qui jouent un rôle majeur dans les relations internationales. La série « L’Europe et le Monde » sur euradio cherche à éclairer l’auditeur sur certains aspects de la place du Vieux continent sur la scène internationale.
L’élargissement de l’Union européenne est-il encore vraiment d’actualité aujourd’hui ?
Oui, plus que jamais. L’Europe est entrée dans un moment de bascule. La guerre en Ukraine a rappelé que les frontières du continent restent un enjeu de sécurité. La Russie cherche à garder de l’influence à l’Est. Et, avec Donald Trump, les Européens doutent davantage de la solidité du soutien américain. Résultat : l’élargissement n’est plus seulement une procédure administrative. C’est devenu un outil de puissance, de protection et d’influence.
Donc, pour l’Union européenne, élargir ou se rapprocher de certains pays, c’est aussi une réponse géopolitique ?
Exactement. Plus l’Union structure son voisinage, moins elle laisse de place aux pressions russes, aux dépendances américaines ou aux zones grises économiques. Aujourd’hui, neuf États sont officiellement candidats à l’adhésion : le Monténégro, la Serbie, l’Albanie, la Macédoine du Nord, la Bosnie-Herzégovine, la Turquie, l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie. Mais, en parallèle, d’autres pays ou territoires cherchent aussi à se rapprocher de l’Union, sans forcément devenir membres. Et c’est là que les situations deviennent très différentes.
Commençons par Andorre. Ce n’est pas une adhésion, mais un accord d’association avec l’Union européenne. Quel est le sujet sensible ?
Le sujet, c’est l’accès au marché européen. Andorre veut profiter davantage du marché unique, sans devenir membre de l’Union. L’enjeu stratégique est de réduire les exceptions au cœur du continent. Emmanuel Macron a prévenu que si Andorre refuse l’accord maintenant, la porte pourrait se refermer.
Avec l’Islande, on est dans un dossier beaucoup plus large. Un référendum doit porter sur la reprise des négociations d’adhésion. Pourquoi ce retour vers l’Union ?
La raison principale est la sécurité. L’Islande est déjà liée à l’Union par l’espace Schengen et par l’Espace économique européen, mais elle n’a pas d’armée permanente. Depuis la guerre en Ukraine, et avec les incertitudes venues des États-Unis, l’Union européenne apparaît comme un cadre politique plus protecteur. Pour l’Union, l’Islande est aussi stratégique : elle se situe dans l’Atlantique Nord, près de l’Arctique, une zone de plus en plus importante pour les routes maritimes, l’énergie et la défense.
Mais le grand point de blocage, c’est la pêche.
Oui, et ce n’est pas un détail. Les produits de la mer représentent une part majeure des exportations islandaises. Pour l’Islande, accepter les règles européennes sur la pêche touche à son économie, mais aussi à sa souveraineté. C’est pourquoi la Commission européenne semble prête à discuter de dérogations.
Le Canada, lui, est un cas beaucoup plus surprenant. Certains Canadiens seraient favorables à l’idée d’explorer une adhésion à l’Union européenne. Est-ce réaliste ?
Pas vraiment, du moins pas dans le cadre actuel. Les traités parlent d’un “État européen”. Le Canada n’est pas en Europe. Mais ce débat est très révélateur. Il montre que l’Union européenne est perçue comme un espace de stabilité, de droits et de coopération, surtout quand les États-Unis deviennent plus imprévisibles. Face aux menaces de Donald Trump et aux 25 % de taxes américaines, certains Canadiens cherchent une forme de distance stratégique avec Washington. Le sujet canadien pose surtout la question des frontières politiques de l’Europe. Le Canada partage beaucoup de valeurs avec l’Union, mais son adhésion ouvrirait une question immense : l’Union européenne deviendrait-elle un club mondial de démocraties ? La réponse la plus réaliste serait plutôt un partenariat renforcé, pas une adhésion.
L’Arménie, elle aussi, accélère son rapprochement avec l’Union européenne. Que cherche Erevan ?
L’Arménie cherche à réduire sa dépendance envers la Russie, après son inaction en 2020 lors de la guerre du Haut-Karabakh. Elle veut diversifier ses alliances, ouvrir des routes commerciales et attirer des investissements. Pour l’Union européenne, c’est une occasion stratégique : être plus présente dans le sud du Caucase, une région qui lie l’Europe à l’Asie. Dans cette lignée, l’Arménie accueillera cette semaine le sommet de la Communauté politique européenne.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.