L'Europe et le monde

Ukraine : quatre ans de guerre, et une Europe face à ses limites

Photo de Anastasiia Krutota sur Unsplash Ukraine : quatre ans de guerre, et une Europe face à ses limites
Photo de Anastasiia Krutota sur Unsplash

L’Europe est composée de différents acteurs (États, entreprises privées, organisations internationales…) qui jouent un rôle majeur dans les relations internationales. La série « L’Europe et le Monde » sur euradio cherche à éclairer l’auditeur sur certains aspects de la place du Vieux continent sur la scène internationale.

Quatre ans jour pour jour après le début de l’invasion russe de l’Ukraine, où en est l’Europe réellement aujourd’hui ?

On est dans une guerre qui s’est installée durablement, une guerre d’usure où aucune des deux parties ne parvient à obtenir une victoire décisive. La Russie occupe environ 20 % du territoire ukrainien et le bilan humain atteint les centaines de milliers de morts et de blessés depuis 2022. Ce conflit est devenu le plus sanglant en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Pour les Ukrainiens, c’est un quotidien fait d’alertes aériennes, de coupures d’électricité, de frappes sur les infrastructures civiles et d’une fatigue psychologique immense.

Cette semaine, Volodymyr Zelensky a pris la parole devant le Parlement européen.

Tout à fait. Il a demandé à l’Union européenne de fixer une date claire pour l’adhésion de l’Ukraine. Pour Kiev, l’adhésion à l’UE n’est pas seulement symbolique : c’est une garantie de stabilité économique, un ancrage définitif dans le camp occidental et une forme d’assurance face à la Russie.

Pourquoi cette adhésion est-elle un enjeu stratégique majeur pour l’Europe ?

Parce que faire entrer l’Ukraine dans l’Union européenne changerait profondément l’équilibre du continent. L’Ukraine, c’est un pays de près de 40 millions d’habitants, un acteur agricole majeur, un territoire clé entre l’Europe et la Russie. L’intégrer, cela signifie aussi intégrer un pays en guerre, avec une frontière directe avec Moscou. Cela implique des coûts énormes pour la reconstruction, estimée à près de 500 milliards d’euros, mais aussi un engagement politique et sécuritaire de long terme.

Et pourtant, on a vu cette semaine une Europe divisée, incapable même d’adopter un nouveau paquet de sanctions.

Exactement. L’Union européenne voulait adopter un 20e paquet de sanctions contre la Russie, ciblant notamment l’énergie et le secteur bancaire. Mais la Hongrie a mis son veto. Elle conditionne son accord à la reprise du transit de pétrole russe qui passe par l’oléoduc Droujba, qui traverse l’Ukraine. Il menace aussi de bloquer une aide européenne de 90 milliards d’euros à Kiev.

La Slovaquie, à son tour, suspend ses livraisons d’électricité d’urgence à l’Ukraine, en réaction au blocage du même oléoduc.

Et du côté des États-Unis, quelle est la situation ?

C’est l’autre grande inconnue. Donald Trump adopte un discours très ambigu : parfois critique envers Moscou, parfois beaucoup plus conciliant. Certains estiment qu’il cherche un accord rapide avec Vladimir Poutine, quitte à faire pression sur Kiev. D’autres pensent qu’il pousse surtout les Européens à prendre enfin leurs responsabilités. Ce qui est sûr, c’est que le soutien américain n’apparaît plus aussi automatique qu’au début de la guerre, et pour l’Europe, c’est un signal très fort : elle ne peut plus dépendre uniquement de Washington pour sa sécurité.

Finalement, cette guerre dépasse largement le cadre ukrainien.

Totalement. L’Ukraine est un test historique. Si l’Union européenne échoue à rester unie et crédible ici, son poids géopolitique sera durablement affaibli.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.