L'Europe et la polycrise

Le Y7 : quand les générations futures réfléchissent à l'avenir du monde

© Institut Open Diplomacy Le Y7 : quand les générations futures réfléchissent à l'avenir du monde
© Institut Open Diplomacy

Tous les mois sur euradio, Bastien Beauducel, senior fellow à l'institut Open Diplomacy, analyse les réponses de l'Europe à la polycrise, "enchevêtrement inédit de crises systémiques qui s'alimentent mutuellement" et qui a fait l'objet d'un rapport publié par l'institut en octobre 2025.

Aujourd’hui vous souhaitez nous parler du G7 des générations futures, le Youth 7 ou Y7, qui se tiendra du 17 au 20 mai à Paris et que vous coprésiderez avec pour thème « Combattre la polycrise ». Mais d’abord qu’est ce que le Y7 ?

Le Y7 est le groupe d’engagement officiel des générations futures auprès du G7.

Ce groupe d’engagement, à l’instar des autres groupes d’engagement comme le T7 pour les think tanks, le L7 pour Labour pour les syndicats de travailleurs ou encore le B7- business 7 pour les syndicats patronaux, vise à créer un espace de réflexion pour soumettre des propositions concertées concrètes et de haut niveau aux chefs d’États et de gouvernements.

Le Y7 réunit chaque année des jeunes de moins de 30 ans des 7 pays du G7 et de l’Union européenne. Ce groupe d’engagement des générations futures n’existe pas seulement au niveau du G7, il existe également auprès du G20, le Y20.

Cette année la France préside le G7. Le Y7 2026 est donc particulier pour la France et l’institut Open Diplomacy ?

Chaque année, l’Institut Open Diplomacy sélectionne et forme une équipe de France paritaire de délégués français pour participer au Y7 et Y20 en assurant une diversité de profil tant professionnellement que géographiquement.

En plus de cela, dans le contexte de la présidence française du G7, l’Institut organise, pour la France, le Y7 2026. C’est la troisième fois depuis 2011 que l’Institut organise un tel sommet.

À la suite de 3 séances de pré-négociations, les délégations des sept pays du G7 et de l’Union européenne se réuniront au sein de la maison du développement durable du 17 au 20 mai pour aboutir à un communiqué final qui sera remis à chaque chef d’État et de gouvernement.

Quel est le thème de ce sommet ?

En s’appuyant sur les travaux du groupe de prospective de l’Institut qui s’est attaché, en 2025, à « comprendre la polycrise », cette situation caractérisée par un enchevêtrement inédit de crises systémiques qui conduit à une bascule historique, les discussions viseront à combattre la polycrise.

Et quels sont les principaux enjeux ?

Ces discussions seront organisées en 4 filières différentes dont les enjeux peuvent se recouper : les bouleversements géopolitiques, les crises écologiques, les déséquilibres macroéconomiques et démographiques et les ruptures technologiques.

Ces propositions font-elles l’objet de concertation avec la société civile ?

Tout à fait, le Y7 s’appuie sur une démarche de démocratie participative.

Au niveau français, la formation des délégués vise à leur donner les clés pour consulter la société civile et ainsi recueillir leurs idées pour qu’ils s’en inspirent.

Par exemple, en 2025, les délégués ont mené plus de 60 consultations. En outre, cette année, l’Institut a organisé 5 conférences sur Paris et 2 conférences en région pour offrir un cadre d’échange privilégié entre les délégués, experts, étudiants et citoyens afin de nourrir l’élaboration de recommandations ambitieuses, pertinentes et ancrées dans la réalité.

Que reste-t-il de ces propositions une fois le sommet fini ?

Dans un monde politique qui valorise le court terme, dans un univers géopolitique brutalisé, la voix des jeunes générations, vivant le multilatéralisme, exhortant les chefs d’États et de gouvernements à collaborer pour relever les défis du XXIe siècle est plus que jamais utile.

Elle est plus que jamais utile pour rappeler des réalités : les crises écologiques menacent la vie humaine telle que nous la connaissons sur Terre et plus globalement la faune et la flore.

Les nouvelles technologies et en particulier l’IA induisent de profondes transformations nécessitant une gouvernance multilatérale renouvelée.

De même, le recours à la force armée est encadré par des règles adoptées par la plupart des États.

Enfin, il est plus que jamais utile pour mettre en avant des sujets encore peu audibles dans les pays du G7. En 2021, les délégués ont souligné l’importance des enjeux de santé mentale, devenue en 2025 et 2026 grande cause nationale en France. Cette année, de manière inédite, une filière de négociation évoquera les enjeux de démographie alors que le vieillissement de la population touche tous les pays du G7 et entraîne de profondes transformations économico-sociales qui doivent faire l’objet de politiques ambitieuses pour les accompagner.

Entretien réalisé par Florent Vautier