Entendez-vous la Terre ?

Après l’été, l’action ?

Comparaison satellite de la France métropolitaine les 11 août 2024, 12 août 2025 et 8 août 2026. © European Union, Copernicus Sentinel-3 imagery Après l’été, l’action ?
Comparaison satellite de la France métropolitaine les 11 août 2024, 12 août 2025 et 8 août 2026. © European Union, Copernicus Sentinel-3 imagery

« Entendez-vous la Terre ? », c’est le nom que porte la chronique réalisée par Fanny Gelin, étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux, qui décode pour vous chaque jeudi l’actualité environnementale de l’Union européenne.

Alors Fanny, quels ont été les moments verts de cette semaine ?

Cette semaine, la Terre analyse ce qui nous motive à agir pour l’environnement, ce qui revient à se questionner sur l’ensemble des freins qui conduisent à l’inaction.

C’est une question d’une grande actualité. Les canicules à répétition et les incendies dévastateurs de cet été nous montrent à quel point le dérèglement climatique peut être destructeur et meurtrier.

D’autant que ses conséquences s’immiscent dans nos vies bien plus vite que la transition écologique. Le seuil de 1,5°C de réchauffement, qui constituait l’objectif des accords de Paris sur le climat de 2015 a déjà été atteint l’année dernière et sera probablement facilement dépassé d’ici quelques années. Or, ce seuil garantissait des conditions de vie supportables et la non-disparition de certains territoires insulaires du fait de la montée des eaux. À présent, l’orientation prévue par la France dans sa Trajectoire de réchauffement pour l’adaptation au changement climatique (TRACC) est fixée à + 4°C d’ici 2100. Cette position est probablement plus réaliste et permet d’anticiper le pire mais elle ancre également une forme de renoncement.

Mais alors, si l’action est si cruciale, pourquoi les États, les entreprises et nous autres citoyens n’agissons-nous pas plus pour le climat ?

C’est une question complexe. Je ne pense pas qu’il y ait une bonne réponse à apporter mais plutôt une pluralité d’explications. La première, qui est la plus souvent avancée, c’est l’opposition « fin du monde, fin du mois ». Cette expression critique l’écologie considérée comme un combat de privilégiés alors que la majorité des Français n’a pas d’autre choix que de se préoccuper en priorité de mettre de la nourriture sur la table. En réalité, fin du monde et fin du mois, c’est le même combat. Car les plus touchés par la crise climatique, ce sont avant tout les plus précaires.

Avez-vous un exemple pour nos auditeurs ?

Prenons l’exemple du phénomène océanique El Niño : il entraîne une forte hausse des températures dans l’océan Pacifique et provoque inondations d’un côté et sécheresses de l’autre. Il est facile de penser que ce phénomène très lointain du continent européen ne nous concerne pas, c’est justement un autre biais qui favorise l’inaction : le biais d’optimisme. Mais en plus des conséquences catastrophiques sur les populations locales, nous serons directement impactés puisqu’El Niño pourrait entraîner une baisse de la production agricole mondiale, et donc, une hausse du prix des produits alimentaires que nous achetons.

Vous avez évoqué une tendance humaine à se soucier avant tout ce qui nous touche directement. Mais alors, les catastrophes de cet été entraînent-elles une meilleure prise de conscience de la nécessité d’agir pour l’environnement ?

C’est tout le paradoxe de l’inaction. Des chercheurs ont démontré que les populations les plus touchées par les tornades aux Etats-Unis n’ont pas drastiquement changé de comportement en matière environnementale. La priorité à la suite de la catastrophe était avant tout la reconstruction et la solidarité. Et c’est parfaitement normal. Cela révèle néanmoins deux choses : premièrement, même devant une catastrophe imminente, l’homme peut rester profondément passif. Deuxièmement, l’inaction peut également être structurelle.

Structurelle, c’est-à-dire ?

Certains sociologues dits « structuralistes » considèrent que les fondements organisationnels de nos sociétés peuvent expliquer une certaine rigidité au changement. Notre modèle économique actuel est basé sur l’exploitation des ressources naturelles. Or, ce modèle est à bout de souffle mais profondément ancré. Il est donc difficile d’en changer, d’autant qu’il profite à des élites qui tiennent à conserver leurs privilèges. Cette lenteur d’action influe sur notre capacité à changer à l’échelle individuelle. D’autant que la couverture médiatique des sujets environnementaux dérive souvent vers le catastrophisme et peine à mettre en avant des alternatives concrètes. Il est donc compréhensible que ces sujets effraient et que, par impuissance, inconfort ou désintérêt, nous fassions l’autruche.

Mais alors, quelle serait la solution pour agir pour l’environnement ?

Selon Aurore Grandin, chercheuse en sciences cognitives, « si l’on ne sait pas ce que font les autres, la stratégie la plus fiable, c’est de ne pas coopérer. » À l’inverse, agir collectivement partage l’effort équitablement et créé une nouvelle norme sociale à suivre pour vivre en société. Les écogestes sont importants mais ce n’est que si nous nous engageons toutes et tous qu’ils fonctionneront. D’où l’importance pour les pouvoirs publics et les acteurs économiques de montrer l’exemple pour impulser un véritable changement et non pas un simple verdissement.

Merci beaucoup Fanny Gelin. Je rappelle que vous êtes étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.

Pour en savoir plus :

- Dérèglement climatique : notre cerveau, complice de l’inaction ?, France 24, 10 juillet 2026.

- La psychologie derrière l’inaction climatique, Radio Canada, 22 mars 2024.