Entendez-vous la Terre ?

Projet Golden Miles

Photo de You Le sur Unsplash Projet Golden Miles
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« Entendez-vous la Terre ? », c’est le nom que porte la chronique réalisée par Fanny Gelin, étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux, qui décode pour vous chaque jeudi l’actualité environnementale de l’Union européenne.

Alors Fanny, quels ont été les moments verts de la semaine ?

Alors cette semaine, la Terre nous fait prendre le large pour nous parler de l’initiative Golden Miles. Ce projet propose la création d’une zone de protection marine stricte dans la bande des trois premiers milles nautiques, soit à environ 5,5 kilomètres le long des côtes. L’objectif : interdire la pêche au filet et le chalutage profond dans cette zone.

J’imagine qu’une telle mesure a d’importantes conséquences sur le secteur de la pêche. Quel est donc son intérêt ?

Il est certain que cette interdiction aurait un impact sur la rentabilité économique des pêcheries, mais uniquement sur du court terme. L’initiative Golden Miles voit plus loin et se concentre sur la durabilité de la pêche sur le long terme. Il faut savoir que les trois milles nautiques les plus proches des côtes sont aussi ceux qui concentrent les ressources halieutiques. De nombreuses espèces de poissons viennent s’y reproduire, s’alimenter et y grandir. Ce qui attire les oiseaux de mer et d’autres mammifères marins. Et ce n’est pas tout : la zone littorale est la route par excellence suivie des poissons migrateurs. Saumons, esturgeons, anguilles et lamproies longent les côtes à la recherche de leur estuaire et fleuve de naissance. Ces poissons se guident à l’aide des phéromones émises par les juvéniles en amont et aussi grâce à ce que l’on appelle la magnétoréception.

Pour éclairer nos auditeurs, pourriez-vous nous expliquer ce qu’est la magnétoréception ?

Bien sûr. Alors la magnétoréception, c’est la capacité d’un être vivant à s’orienter grâce au champ magnétique de la Terre. Cela semble absolument fou dit comme ça mais c’est une réalité. Prenons l’exemple du saumon : des cristaux de magnétite sont présents dans ses écailles. Magnétite, ça devrait vous faire penser à un autre mot Laurence non ?

Um, alors j’avoue que ça me fait penser à un magnet…

C’est exactement ça ! Car la magnétite est aimantée, comme un magnet. Si l’on simplifie, ces cristaux fonctionnent comme l’aiguille d’une boussole et permettent aux saumons, à d’autres espèces de poissons, et d’oiseaux migrateurs, voire à des bactéries, de s’orienter et de revenir vers leur lieu de naissance.

Et donc si je comprends bien, l’interdiction de la pêche au filet dans la zone du Golden Miles permettrait d’éviter les captures accidentelles d’oiseaux plongeurs, de mammifères marins et la pêche de poissons juvéniles et de reproducteurs en cours de migration, c’est bien ça ?

C’est exact. Cette mesure vise à créer une zone de protection pour laisser les poissons se reproduire et grandir. Ce qui permettrait de restaurer les écosystèmes côtiers ravagés par le chalutage de fond et de reconstituer les stocks de poissons. Plusieurs initiatives de Golden Miles ont déjà vu le jour dans certains Etats fédérés aux Etats-Unis, en Nouvelle-Zélande, en Australie ou encore en Norvège et au Royaume-Uni. Dans chaque cas, ces projets ont conduit à une augmentation significative de la taille des poissons capturés à l’extérieur de la zone protégée. Ce qui a eu des effets profondément bénéfiques sur les pêcheries et a permis le développement d’une pêche plus durable et respectueuse de la biodiversité.

Compte tenu de l’effondrement actuel de la biodiversité marine, une pêche durable serait en effet la bienvenue !

Il est vrai que le secteur européen de la pêche est en difficulté depuis plusieurs décennies. L’encadrement instauré par la Politique commune de la pêche de l’Union européenne par le règlement de 1983 avait pour objectif de définir des quotas et de garantir une exploitation durable des ressources halieutiques. Force est de constater que la définition de ces quotas en fonction de l’état de conservation des stocks et les obligations de débarquement des captures accessoires ne suffisent pas à éviter la surexploitation.

La régulation est donc insuffisante, mais qu’en est-il de la protection ?

Durant la Conférence des Nations unies pour l’Océan de juin 2025, la création de nouvelles aires marines protégées a été affirmée comme une priorité. Mais la réalité, c’est que le chalutage profond, qui racle les fonds marins, est la plupart du temps encore autorisé dans ces zones. Cela semble paradoxal. Et pourtant, sur les 32,5% de domaine maritime français protégé, seulement 0,1% des eaux métropolitaines le sont de manière stricte en interdisant la pêche dans les zones marines à haute valeur de conservation. Ce qui est lié à la fois au fait que la protection des eaux françaises se concentrent en Outre-mer mais aussi à une protection pas assez « forte ». C’est exactement ce que propose le projet Golden Miles : une vraie protection de la mer, pas des paroles en l’air.

Merci Fanny. Je rappelle que vous êtes étudiante en master Affaires Européennes à Sciences Po Bordeaux.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.