Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles.
Au programme :
- Kyïv accuse SpaceX, l’entreprise d’Elon Musk, d’avoir restreint l’accès de l’armée ukrainienne aux terminaux Starlink.
- Les Vingt-Sept tentent de rapprocher leurs positions sur le budget européen 2028-2034, sur fond de désaccords entre Paris et Berlin.
- Moldavie : une sécheresse exceptionnelle menace l’approvisionnement en eau potable et fragilise le secteur énergétique.
On commence ce journal en Ukraine où de nouvelles restrictions sur les communications satellitaires de SpaceX perturbent les opérations militaires de Kyïv.
Dans la nuit du 13 au 14 octobre, l’armée ukrainienne a signalé des limitations touchant des terminaux du réseau Starlink. Mercredi, Serhii Beskrestnov, conseiller de Volodymyr Zelensky pour les technologies de défense, a confirmé que SpaceX avait imposé de nouvelles restrictions à l’utilisation de Starshield, la version militaire de Starlink, par l’armée ukrainienne.
Ces terminaux permettent à l’armée ukrainienne de communiquer et de piloter ses drones en temps réel. Selon lui, la connexion est désormais coupée dès que les terminaux dépassent 160 km/h, voire moins selon certaines unités. Un seuil qui pourrait empêcher le fonctionnement de nombreux drones de frappe à moyenne portée, utilisés notamment pour cibler les lignes d’approvisionnement de l’armée russe dans le sud de l’Ukraine.
Ces restrictions pourraient également compliquer des opérations défensives contre les drones russes.
C’est en effet l’une des principales inquiétudes de Kyïv. Selon Serhii Beskrestnov, ces limitations pourraient permettre à davantage de drones russes d’atteindre leurs cibles. Certaines versions récentes, comme le Geran-5, pourraient atteindre des vitesses allant jusqu’à 600 kilomètres par heure. À de telles vitesses, l’interception nécessite des drones intercepteurs particulièrement performants ou des systèmes de défense antiaérienne, comme les systèmes Patriot américains, dont l’Ukraine manque.
Ces restrictions interviennent dans un contexte de tensions entre Kyïv et Washington.
Volodymyr Zelensky a reproché à ses partenaires, sans les nommer, de ne pas l’avoir averti de tirs de missiles balistiques russes sur Kyïv dans la nuit du 12 au 13 octobre. Plusieurs responsables ukrainiens soupçonnent par ailleurs que les restrictions imposées par SpaceX pourraient avoir été décidées à la demande de l’administration Trump. Le président américain accuse notamment l’Ukraine de contribuer à la hausse des prix du diesel et fait pression sur Kyïv pour qu’elle mette fin à ses frappes contre les raffineries russes.
Depuis le début de l’invasion russe à grande échelle, Starlink est devenu un outil stratégique pour l’armée ukrainienne.
En février dernier, à la demande de Kyïv, SpaceX avait également mis fin à près de deux ans d’utilisation illégale de son service par l’armée russe, ce qui avait considérablement affecté les capacités de communication de cette dernière. Les nouvelles restrictions devraient avoir un impact plus limité sur les frappes ukrainiennes à longue distance contre les infrastructures énergétiques situées en Russie, puisque l’utilisation de Starlink pour ces opérations était déjà limitée. Elles pourraient néanmoins constituer un moyen de pression supplémentaire de l’administration Trump sur Kyïv.
On poursuit ce journal en évoquant le bras de fer entre Paris et Berlin autour du prochain budget de l’Union européenne.
A la veille du sommet européen des 15 et 16 octobre à Bruxelles, les Vingt-Sept cherchent à rapprocher leurs positions pour s’accorder sur le budget pluriannuel pour la période 2028-2034. Le chancelier allemand Friedrich Merz a défendu mercredi la nécessité de réduire les dépenses du futur budget européen. L’Allemagne fait partie des pays dits « frugaux », aux côtés notamment des Pays-Bas, de la Suède et de l’Autriche. Ils défendent traditionnellement une limitation des dépenses européennes, contrairement à la France, qui souhaite notamment renforcer les moyens financiers de l’Union.
Les discussions portent aussi sur les grandes priorités de l’Union pour les prochaines années.
Les objectifs sont notamment de renforcer la compétitivité européenne face à la Chine et aux États-Unis, de consolider sa souveraineté technologique, de poursuivre la transition écologique et d’accroître les efforts de défense. Avec le président français Emmanuel Macron, Friedrich Merz a également présenté plusieurs propositions en faveur de l’industrie européenne, dont un nouvel instrument de défense commerciale. Même si les discussions risquent d’être rugueuses, les dirigeants européens espèrent parvenir à un accord avant Noël, afin d’éviter que les négociations budgétaires ne se heurtent aux nombreuses échéances électorales prévues en 2027, notamment l’élection présidentielle française.
On termine ce journal en Moldavie, où une sécheresse exceptionnelle menace l’approvisionnement en eau potable et fragilise le secteur énergétique.
Les deux principaux fleuves du pays, le Dniestr et le Prout, à la frontière roumaine, sont au plus bas. Sur le Dniestr, le débit est tombé à environ un cinquième de sa moyenne habituelle pour un mois d’octobre.
Comment expliquer une telle baisse ?
Il y a deux raisons principales. D’abord, il pleut très peu depuis l’été dans l’ouest de l’Ukraine, là où le Dniestr prend sa source. Ensuite, une quinzaine de kilomètres avant la frontière moldave, le fleuve est retenu par un grand barrage ukrainien. Faute d’apports suffisants, son réservoir se remplit mal, et Kyiv limite les lâchers pour préserver ses réserves. Résultat : en aval, le niveau s’effondre.
Quelles conséquences pour la Moldavie ?
Le Dniestr alimente une grande partie du réseau d’eau potable, y compris celui de la capitale, Chișinău. Les autorités surveillent de près les stations de captage et n’excluent pas de restreindre les usages non essentiels. Depuis le 26 septembre, le pays est en état d’urgence pour soixante jours dans les secteurs énergétique et hydrologique.
Le Dniestr est aussi devenu un enjeu géopolitique.
Oui, surtout depuis l’invasion russe de 2022. Le barrage ukrainien évoqué alimente une centrale hydroélectrique, devenue stratégique pour l’Ukraine, car la Russie multiplie les frappes contre ses installations énergétiques. En mars, une attaque russe a d’ailleurs touché ce site. Le fleuve a été pollué, et des milliers de Moldaves avaient déjà été privés d’eau. Mercredi, Kyiv a cependant accepté de laisser passer environ 20 % d’eau en plus vers la Moldavie.
Un journal de Audrey Heller, Mathilde Boht et Elise Houben.