Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 20 mai 2026

Arrivée de Vladimir Poutine en Chine, pour une rencontre avec son homologue chinois Xi-Jinping, le 19 mai 2026. © Kremlin.ru Aujourd'hui en Europe - 20 mai 2026
Arrivée de Vladimir Poutine en Chine, pour une rencontre avec son homologue chinois Xi-Jinping, le 19 mai 2026. © Kremlin.ru

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme : 

  • Visite de Vladimir Poutine en Chine : la mise en scène d’une amitié inébranlable 
  • Crise des engrais : la Commission européenne campe sur la taxe carbone
  • Groenland : les États-Unis maintiennent la pression 

On commence ce journal à Pékin, où Vladimir Poutine est arrivé mardi soir pour deux jours d'entretiens avec son homologue chinois Xi Jinping. Une visite qui intervient moins d'une semaine après celle de Donald Trump, la première d'un président américain en Chine depuis neuf ans.

Et la séquence n'est pas anodine. Comme Donald Trump la semaine dernière, Vladimir Poutine a eu droit au tapis rouge : accueil en grande pompe par le ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi, garde d'honneur, jeunes en chemise bleue agitant des drapeaux russes et chinois. Ce mercredi matin, les deux dirigeants, qui s'appellent mutuellement "cher ami" et "vieil ami" et se sont déjà rencontrés plus de quarante fois, se sont retrouvés place Tiananmen, devant le Palais du peuple. Un partenariat qui s'est considérablement renforcé depuis l'invasion russe à grande échelle de l'Ukraine en 2022 : coupée des marchés occidentaux par les sanctions américaines et européennes, Moscou s'est largement tournée vers Pékin.

Une mise en scène très soignée.

Oui, et le message politique est tout aussi clair. Dans une vidéo diffusée à son arrivée, Vladimir Poutine a affirmé que les liens russo-chinois étaient à un "niveau véritablement sans précédent". Pour le politologue chinois Wang Zichen, "la visite de Donald Trump visait à stabiliser la relation bilatérale la plus importante du monde ; celle de Vladimir Poutine à rassurer un partenaire stratégique de longue date".

Et concrètement, de quoi doivent-ils discuter ?

Plusieurs accords bilatéraux devraient être signés, dont une déclaration commune sur l'instauration d'un "monde multipolaire", selon le Kremlin. Mais, au-delà, c’est surtout la guerre en Ukraine qui sera en arrière fond des discussions alors que l’offensive russe lancée par Vladimir Poutine il y a plus de 4 ans patine très sérieusement, que l’inquiétude monte chez les Russes et que Moscou bruisse de rumeurs. Pékin affiche officiellement une position neutre et n'a jamais condamné l'invasion russe. Dans les faits, la Chine fournit à Moscou des composants high-tech et des matériaux critiques utilisés par l'industrie militaire russe, et ce malgré les demandes répétées des Occidentaux de cesser ces livraisons.

Le président russe compte aussi pousser son homologue chinois à s’investir dans des projets énergétiques sur lesquels compte la Russie pour contourner les sanctions occidentales.

Il sera surtout question du projet de gazoduc "Force de Sibérie 2", qui doit relier les gisements sibériens au nord de la Chine. Un projet de 2 600 kilomètres dont Moscou rêve depuis des années, mais sur lequel Pékin avance prudemment, craignant une dépendance excessive au gaz russe.

Une visite qui consacre, une fois de plus, le déséquilibre de plus en plus criant de cette relation russo-chinoise.

Tout à fait. Pékin est aujourd'hui le premier client énergétique de la Russie : les exportations russes de pétrole vers la Chine ont bondi de 35% au premier trimestre 2026. À l'inverse, Moscou pèse très peu dans l'économie chinoise. Vladimir Poutine arrive donc à Pékin en position de quémandeur, à la recherche d'un soutien de plus en plus vital pour lui.

On poursuit ce journal à Bruxelles, où la Commission européenne a dévoilé ce mardi son plan d'urgence face à la flambée des prix des engrais. Aides directes aux agriculteurs, réduction de la dépendance aux importations… mais aussi maintien de la taxe carbone aux frontières sur les fertilisants importés.

Et c'est précisément ce dernier point qui cristallise les tensions. Depuis plusieurs mois, la France, l'Italie et plusieurs syndicats agricoles réclamaient la suspension du CBAM. Entré en vigueur en janvier, ce mécanisme taxe les importations en fonction de leur empreinte carbone, afin de protéger l'industrie européenne face à des pays aux normes environnementales plus laxistes. Il s'applique à environ 45% des engrais importés dans l'Union.

Et la question a justement été débattue au Parlement européen.

Oui, mardi encore, devant le Parlement réuni à Strasbourg, l'eurodéputé irlandais Billy Kelleher, du groupe Renew Europe, réclamait la suspension du dispositif et de "toute mesure qui alourdit les coûts" sur les fertilisants. Mais le commissaire à l'agriculture Christophe Hansen a fermé la porte, parlant de "fausse bonne idée". Traduction : Bruxelles préfère protéger ses producteurs d'engrais, quitte à laisser les agriculteurs payer la facture à travers des coûts plus élevés.

Une équation d'autant plus délicate que la crise dure depuis plusieurs années.

En effet. Selon Christophe Hansen, le prix des engrais était en 2024 déjà 60% plus élevé que les niveaux pré-2020, conséquence notamment de la guerre en Ukraine. Avec la crise actuelle autour du détroit d'Ormuz, par lequel transite 30% du trafic mondial d'engrais, ce chiffre grimpe à 70%. Plusieurs syndicats craignent une réduction des surfaces cultivées la saison prochaine.

Et concrètement, qu'est-ce que Bruxelles met sur la table ?

La commission compte mobiliser 200 millions d'euros encore disponibles dans la "réserve de crise" agricole pour 2026, un montant que le commissaire a promis de "au moins doubler". S’y ajoutent un soutien exceptionnel ciblé et des fonds pour la recherche agricole. Mais sur le CBAM, pas de recul : la Commission se contente de promettre une enquête sur la répercussion du coût carbone tout au long de la chaîne, des usines aux supermarchés. Une façon de reconnaître le problème sans, pour l'instant, y répondre.

On termine ce journal au Groenland, où Jeff Landry, gouverneur de Louisiane et envoyé spécial de Donald Trump pour le territoire arctique, achève cette semaine sa première visite à Nuuk, la capitale du territoire.

Une visite qui intervient alors que les relations entre Washington et le Groenland traversent une période très tendue. En janvier dernier, Donald Trump avait évoqué à plusieurs reprises la possibilité d'annexer ce territoire semi-autonome danois, sans exclure le recours à la force militaire, avant d’écarter finalement cette option fin janvier. Depuis, les États-Unis maintiennent leur ambition d'exercer un contrôle sur l'île, riche en ressources minières et de plus en plus accessible avec la fonte des glaces.

Et cette première visite de Jeff Landry, comment s'est-elle passée ?

Dès son arrivée dimanche, il s'est promené dans les rues de Nuuk en distribuant des cookies au chocolat et des casquettes "MAGA" rouges, promettant aux enfants groenlandais "tous les biscuits au chocolat qu'ils pourront manger" s'ils viennent le voir en Louisiane. Lundi, le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen l'a reçu pour une rencontre qualifiée de "respectueuse", mais ferme sur le fond. "Le peuple groenlandais n'est pas à vendre, et l'autodétermination ne peut pas se négocier", a-t-il déclaré, ajoutant : "Peu importe le nombre de biscuits au chocolat, nous ne changerons pas nos lignes rouges."

Un journal de Manon Gendreau et Nicolas Le Guily.