Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Lucas Savino, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme:
- Hausse du prix du pétrole en Europe et attaques au Moyen-Orient: l'Otan intercepte un deuxième missile iranien dans l'espace aérien turc
- 11 pays demandent de l’aide à l’Ukraine pour leur défense aérienne anti-drones
- La ministre de l’asile belge applique deux mesures destinées à empêcher les demandes d’asile, au mépris de leur suspension par la Cour Constitutionnelle
Nous ouvrons ce journal sur la situation en Iran, où de violentes explosions ont de nouveau secoué Téhéran ces dernières heures. Les autorités iraniennes accusent les États-Unis et Israël d’avoir bombardé près de 10 000 sites civils dans le pays et d’avoir tué plus de 1 300 civils depuis le début de la guerre, il y a onze jours.
Au même moment, l’armée américaine affirme avoir détruit seize navires iraniens de pose de mines, après les menaces de Donald Trump liées aux perturbations du trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz. Sur le terrain, les échanges de tirs se poursuivent, d’une part par l’armée israélienne, qui vise le Liban et Téhéran; d’autre part, par l’Iran, qui vise notamment Tel-Aviv et Jérusalem, ainsi que d’autres pays du Golfe. Hier soir, le fils du président iranien a d'ailleurs déclaré que le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, silencieux depuis sa nomination le 8 mars 2026, avait également été blessé lors de l’attaque qui a notamment tué son père le 28 février dernier.
Le conflit touche aussi, on le sait les pays du Golfe mais a aussi la Turquie, membre de l’Otan.
La Turquie a annoncé l’interception d’un deuxième missile iranien entré dans son espace aérien en moins d’une semaine. L’engin a été détruit par les systèmes de défense de l’Alliance atlantique, sans faire de victime, mais cet épisode montre que l’Iran compte donner à ce conflit un caractère régional large. Ankara reste en alerte, alors que la Turquie occupe une position clé entre le flanc oriental de l’OTAN et les zones de conflit. Le ministre turc des affaires étrangères, Hakan Fidan, a averti, lors d’un échange téléphonique avec son homologue iranien qu’Ankara prendrait, je cite, “toutes les mesures nécessaires en cas de nouvelle violation de son espace aérien”.
Mais cette guerre ne fait pas seulement peser de nouveaux risques militaires.
Oui, elle ravive aussi les inquiétudes économiques partout dans le monde, où la hausse des prix du pétrole commence déjà à se faire sentir. Les marchés redoutent surtout une déstabilisation du détroit d’Ormuz, un passage stratégique par lequel transite plus de 20% du pétrole mondial. Avec les attaques et les perturbations du trafic maritime, les prix du brut ont déjà dépassé 110 dollars le baril ces derniers jours, plusieurs pays envisagent donc de puiser dans leurs réserves afin de calmer les marchés.
A mesure que les frappes se multiplient et que les menaces s’intensifient autour des routes maritimes du Golfe, le scénario d’un choc énergétique redevient crédible.
Pour les Européens, cela signifie une possible hausse durable des coûts de l’énergie, donc un risque de retour de l’inflation, au moment même où plusieurs économies restent fragiles.
On continue ce journal à Kyiv, après que onze pays, principalement du Golfe, ont demandé à Volodymyr Zelensky de mettre à profit 4 ans de lutte contre des drones russes pour contrer les attaques iraniennes.
Le président ukrainien a indiqué ce lundi 9 mars que des pays voisins de l’Iran, mais aussi des membres de l’UE ainsi que les Etats-Unis, lui ont demandé de l’aide, afin de mieux contrer les attaques de drones iraniens dans le Golfe. L'expérience de l’Ukraine en termes d’interception de drones, de système de brouillage électronique et de techniques pour abattre les appareils longue portée de type Shahed, pourrait se révéler très utile dans la défense des pays visés par l’Iran, selon l’AFP.
Le président ukrainien s’est dit prêt à aider, mais à condition que cette coopération repose sur un principe de réciprocité.
Sur les réseaux officiels du président, on a pu lire que l’Ukraine se dit effectivement prête à aider les pays qui soutiennent Kyiv en retour. Cette dernière n’a certainement pas oublié que, depuis 4 ans, les pays du Golfe ont fait preuve d’un empressement très mesuré à soutenir Kyiv dans sa lutte contre l’envahisseur russe. L’Ukraine avait aussi aidé Washington la semaine dernière à la demande du président américain, en déployant des drones intercepteurs et une équipe de spécialistes sur une base américaine en Jordanie.
Kyiv souhaiterait partager ses innovations anti-drone pour protéger les bases du Moyen-Orient, afin de recevoir en échange des missiles de défense aérienne et une ouverture diplomatique, selon l’Associated Press.
C’est d’ailleurs aussi un symbole fort pour l’Ukraine que d’aider les adversaires de l’Iran, dont l’un des principaux alliés est la Russie. En effet, depuis le début de la guerre en Ukraine, Téhéran soutient Moscou en fournissant des drones Shahed et leur technologie. Aujourd’hui, la Russie lui renvoie l’ascenseur en livrant des composants de drones et, selon les services secrets américains, des informations pour cibler des navires et avions américains dans le Golfe - un possible signe d’une implication russe dans le conflit.
Nous terminons ce journal à Bruxelles, alors que la ministre belge de l’asile et de la migration, Anneleen Van Bossuyt, du parti de droite N-VA, maintient plusieurs mesures de durcissement de l'accueil migratoire dans le pays, malgré un gel par la Cour Constitutionnelle.
Nommée par Bart de Wever en 2025, la ministre impose depuis lors une des politiques migratoires les plus dures que la Belgique ait jamais connue. Dans ce cadre, plusieurs mesures ont été prises l’année dernière, en urgence, afin de décourager les demandes d’asile. Parmi elles, deux font aujourd’hui l’objet d’un examen devant la Cour de justice de l’Union européenne: le durcissement des règles de regroupement familial et le refus d’accorder de l’aide aux personnes déjà protégées dans un autre pays de l’UE.
En février, ces dispositions ont été suspendues par la Cour constitutionnelle, l’une des plus hautes instances judiciaires en Belgique, le temps de faire vérifier leur conformité avec le droit européen devant la Cour de justice de l’UE.
Pourtant, la ministre tente de les appliquer de force, justifiant cette entorse au droit par une nécessité politique. De nombreux juges, ainsi que l’Ordre des barreaux francophones et germanophones, s’inquiètent de cet acte qu’ils jugent illégal en dénonçant une violation grave de l’État de droit. Pour rappel, la Belgique a déjà été condamnée plus d’un millier de fois par la Cour européenne des droits de l’homme pour sa politique migratoire et la violation de plusieurs droits fondamentaux des réfugiés.
Un journal de Salomé Moinet et Lucas Savino.