Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 8 octobre 2026

Manifestation lycéenne (et étudiante) du 6 octobre 2026 à Paris, entre République et Nation. © Wikimedia Commons Aujourd'hui en Europe - 8 octobre 2026
Manifestation lycéenne (et étudiante) du 6 octobre 2026 à Paris, entre République et Nation. © Wikimedia Commons

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles.

Au programme : 

  • Proche-Orient : 3 ans après le 7 octobre 2023. 
  • France : la mobilisation des lycéens et des étudiants continue. 
  • UE : la Commission européenne propose un système d’intégration progressive pour les futurs membres de l’UE.

On commence ce journal au Proche-Orient, alors qu’Israël vient de marquer ce mercredi les trois ans depuis les attaques du 7 octobre 2023, début aussi d’une tragique guerre qui ravage Gaza depuis lors.

Pour rappel, le 7 octobre 2023, des combattants du Hamas et d’autres groupes armés palestiniens pénétraient en Israël depuis la bande de Gaza, un territoire sous blocus israélien depuis 2007. Selon l’AFP, 1 221 personnes ont été tuées et 251 enlevées lors de cette attaque.

Il apparaît aujourd’hui de plus en plus nettement que plusieurs signaux d’alerte n’ont pas été pris au sérieux par les autorités israéliennes.

Selon Haaretz, le président émirati aurait appelé Benyamin Netanyahou une dizaine de jours avant l’attaque pour l’avertir que les responsables du Hamas à Gaza préparaient une opération d’ampleur. Selon le Wall Street Journal, le chef des renseignements égyptiens aurait lui aussi alerté Israël. Netanyahou dément formellement et refuse toujours une commission d’enquête indépendante.

Depuis trois ans, la riposte israélienne à Gaza est d’une violence extrême, certaines institutions évoquant un possible génocide.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, dont l’ONU juge les chiffres fiables, plus de 74 200 Palestiniens ont été tués depuis le début de la riposte, dans les jours qui ont suivi l’attaque du 7 octobre. Près de 1,9 million des 2,1 millions d’habitants ont été déplacés, selon l’UNICEF. En août 2025, l’IPC, le système de référence soutenu par l’ONU pour mesurer l’insécurité alimentaire, a confirmé une famine dans le gouvernorat de Gaza.

La Cour internationale de justice a jugé le risque de génocide plausible, et une commission d’enquête de l’ONU a conclu elle aussi à un génocide. La Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt contre Netanyahou et son ancien ministre de la Défense.

Quelle est la situation à Gaza aujourd’hui ?

Un cessez-le-feu est entré en vigueur en octobre 2025 et a permis la libération des otages. Mais la guerre n’a pas réellement pris fin, plus de 1 300 Palestiniens ont été tués depuis, et Israël contrôle plus de 60 % de Gaza. Benyamin Netanyahou a rejeté en août le plan américain, conditionnant tout retrait à un désarmement réel du Hamas. 

La violence s’est également étendue à la Cisjordanie, où 1 054 Palestiniens ont été tués entre octobre 2023 et février, selon l’ONU, qui dénonce une « annexion rampante ». 

Cette guerre a aussi largement marqué les relations entre Israël et les Occidentaux. Où en est-on, côté européen en particulier ?

Les relations sont aujourd’hui extrêmement dégradées. En 2024, l’Espagne, l’Irlande, la Norvège et la Slovénie reconnaissent la Palestine. Le 22 septembre 2025, la France, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, le Portugal et la Belgique rejoignent le mouvement. Plus de 150 pays sur 193 la reconnaissent désormais. 

L’Union européenne a adopté des sanctions concernant la colonisation en Cisjordanie et la Commission a proposé de suspendre des préférences commerciales accordées à Israël, mais les Vingt-Sept restent toujours divisés sur ce point.  

Même l’Allemagne, soutien historique, a suspendu en partie ses livraisons d’armes en août 2025, avant de les rétablir. Mercredi, Friedrich Merz a réaffirmé la sécurité d’Israël, tout en défendant un État palestinien. Dans la rue, la mobilisation européenne en solidarité à Gaza a également été massive. Près de 70 000 personnes s’étaient notamment rassemblées à Bruxelles en septembre 2025, selon la police.

On continue ce journal en France, où la mobilisation des lycéens et des étudiants ne faiblit pas : lycées et campus sont de nouveau appelés à être bloqués ce jeudi.

Mardi, pour « l’acte trois » du mouvement, plus de 250 000 personnes ont manifesté dans toute la France selon le ministère de l’Intérieur, et 450 000 selon les organisations de jeunesse. Ce jeudi, le ministère de l’Éducation compte 375 établissements touchés sur 3 700, dont 224 totalement fermés. La Fage, principale organisation étudiante, annonce des manifestations encore plus importantes la semaine prochaine.

Face à cette mobilisation, comment le gouvernement a-t-il répondu hier ?

Mercredi soir, le Premier ministre Sébastien Lecornu s’est adressé aux lycéens sur un ton conciliant : leur colère est légitime, a-t-il dit, et les policiers n’ont pas pour consigne d’affronter les lycéens, même s’il a condamné les violences. Mais aucune mesure concrète : il a repris les cinq chantiers fixés dimanche à ses ministres, sans chiffres ni budget. Les premières décisions sont renvoyées à la fin du mois d’octobre, et la consultation lancée en ligne, qui a déjà recueilli plus de 40 000 contributions, doit alimenter des amendements avant l’examen du budget de l’Éducation à l’Assemblée, le 12 novembre.

Ces annonces ont-elles convaincu ?

Pas vraiment : lycéens et étudiants se disent déçus, regrettant l’absence d’annonce concrète. Le syndicat enseignant Snes-FSU réclame des moyens et l’abandon de 1 500 suppressions de postes prévues dans le projet de budget 2027. Et le principal syndicat de proviseurs refuse de participer aux heures banalisées de discussion évoquées par le gouvernement tant que le climat n’est pas apaisé.

La colère ne s’arrête pas aux frontières françaises.

En Belgique, des lycéens manifestent depuis la semaine dernière, en soutien à leurs enseignants. Ils s’en prennent aux mesures d’économies portées par la ministre de l’Éducation, Valérie Glatigny, dont le passage de 20 à 22 heures de cours par semaine pour les enseignants des trois dernières années du secondaire. Liège est l’épicentre du mouvement : lundi, 16 personnes y ont été interpellées et une vingtaine de policiers légèrement blessés. Le parquet promet une « tolérance zéro » face aux débordements.

On termine ce journal en évoquant un projet visant à faire évoluer les conditions d’entrée des futurs membres de l’UE.

La Commission européenne a proposé mardi un système d’intégration progressive : les pays candidats pourraient participer progressivement à certains programmes et secteurs européens avant même leur adhésion complète, notamment dans l’énergie, les transports, le numérique ou la défense. En contrepartie, des garde-fous permettraient de suspendre certains droits, voire des financements, si un nouvel État membre ne respecte plus les valeurs européennes ou l’État de droit.

L’objectif est notamment de pouvoir élargir l’Union, évitant certaines difficultés rencontrées avec certains États membres après leur adhésion. 

La proposition prévoit notamment la possibilité de suspendre les droits de vote d’un nouveau membre en cas de graves violations des valeurs européennes. Cette réforme concerne particulièrement les candidats actuellement les plus avancés, comme le Monténégro, l’Albanie, la Moldavie et l’Ukraine. Elle doit maintenant être discutée par les Vingt-Sept.

Un journal de Élise Houben et Thomas Kox.