Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Lucas Savino, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme:
- L’escalade au Moyen-Orient atteint Beyrouth où Israël annonce avoir mené cette nuit de nombreuses frappes aériennes sur la banlieue sud de Beyrouth, l’Europe redoute les conséquences
- Alors que Kiev et Moscou ont prévu d’échanger 500 prisonniers de guerre d’ici à vendredi, Washington veut bénéficier de l’expertise de l’Ukraine en termes d’interception de drone pour l’appliquer aux attaques israélienne
- La ministre de l’intérieur britannique Shabana Mahmood continue de s’inspirer du Danemark pour durcir la réponse à l’immigration
On ouvre ce journal en revenant sur les derniers développements dans la guerre entre l’Iran, Israël et les États-Unis qui va entrer dans sa deuxième semaine.
À Téhéran, plusieurs explosions ont encore été entendues ces dernières heures dans l’ouest et l’est de la capitale après une nouvelle vague de frappes israéliennes visant des infrastructures du régime. En riposte, les gardiens de la révolution affirment avoir tiré des missiles et des drones vers Tel-Aviv où au moins huit explosions auraient été entendues ce matin. Le conflit déborde aussi au Liban : des frappes israéliennes ont visé la banlieue de Beyrouth, et plusieurs localités du sud du pays et la région de Baalbek, tandis que le Hezbollah revendique des tirs de roquettes contre des positions de l’armée israélienne. Une partie de la population du Sud Liban a été sommée d’évacuer face à des offensives israéliennes au sol.
Le président libanais Joseph Aoun a sollicité l’aide diplomatique et humanitaire de la France face à cette nouvelle épreuve de force avec Israël.
Sollicité par le président libanais pour intervenir auprès d'Israël et obtenir un cessez-le-feu dans "les plus brefs délais", Emmanuel Macron a annoncé travailler à ce que, je cite, le Liban ne soit pas "à nouveau entraîné dans la guerre". Il a aussi annoncé "l'envoi immédiat" d'une aide humanitaire pour les réfugiés fuyant le sud du pays. Cinq tonnes de matériel médical et "plusieurs tonnes de matériel humanitaire" arriveront "dès la semaine prochaine au Liban", a précisé le ministre des Affaires étrangères français.
Et c’est non sans inquiétude que l’Europe suit la situation ?
À Bruxelles, les dirigeants redoutent surtout les conséquences indirectes de cette guerre. L’Union européenne craint notamment une possible nouvelle crise migratoire, une hausse des prix de l’énergie qui pourrait relancer l’inflation en Europe si le conflit se prolonge et un risque accru de menaces sécuritaires sur le sol européen.
L’Europe craint ainsi la possible recrudescence de la menace terroriste.
Oui plusieurs services de renseignement européens estiment que l’Iran dispose de réseaux et d’« agents dormants » susceptibles d’être activés en Occident. Dans un contexte d’escalade avec les États-Unis et Israël, certains responsables craignent des actions de représailles visant des intérêts occidentaux ou israéliens en Europe.
La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a convoqué une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne.
Oui et avec un message central. Pour la cheffe de la diplomatie européenne, il ne faut pas que l’Europe détourne son attention d’un autre dossier majeur : la guerre en Ukraine. Elle a rappelé que l’invasion russe restait, selon elle, une « menace réelle et très proche » pour le continent européen. Kaja Kallas a également insisté sur la nécessité de maintenir l’Ukraine au cœur de l’agenda politique, soulignant que si Moscou a peut-être perdu un allié à Téhéran, les mêmes drones qui frappent aujourd’hui Dubaï visent aussi Kyiv.
Kiev et Moscou, qui doivent d’ailleurs poursuivre aujourd’hui un nouvel échange de prisonniers de guerre, l’un des très rares canaux de dialogue qui subsistent encore entre les deux camps malgré l’enlisement du conflit.
Oui, ce jeudi, l’Ukraine et la Russie ont déjà échangé 200 prisonniers de guerre de chaque côté. Et une nouvelle opération est prévue aujourd’hui, avec 300 prisonniers supplémentaires par camp. Au total, 500 prisonniers doivent donc être rendus par chaque partie sur deux jours. Un geste humanitaire, certes, mais qui ne dit rien d’un apaisement sur le terrain, où les combats et les frappes se poursuivent.
Kyiv a d’ailleurs proposé à Washington de partager son expérience de lutte contre les attaques de drones.
Oui, les Ukrainiens ont proposé aux États-Unis de partager leur expertise en matière d’interception de drones, en particulier face aux Shahed iraniens, utilisés massivement par la Russie contre les villes ukrainiennes.Cette expertise intéresse d’autant plus Washington que les attaques iraniennes au Moyen-Orient remettent au premier plan la défense contre les drones et les missiles.
Depuis des mois, l’Ukraine a développé des méthodes de défense plus souples, plus rapides et souvent moins coûteuses que les systèmes conventionnels.
L’idée, pour les Américains, serait donc de s’appuyer sur ce retour d’expérience du front ukrainien, tandis que Kiev, de son côté, espère obtenir en échange un renforcement de sa propre protection aérienne.
En ligne de mire : les systèmes américains PAC-3, utilisés contre les missiles balistiques, dont l’Ukraine a toujours besoin pour se protéger des frappes russes.
Autrement dit, Kiev cherche à transformer l’expérience accumulée sur le champ de bataille en levier stratégique, au moment même où la guerre continue de redéfinir les priorités militaires bien au-delà du seul front ukrainien.
On termine ce journal par la visite de la ministre de l’intérieur anglaise Shabana Mahmood au Danemark, qui veut s’inspirer de Copenhague pour durcir sa politique migratoire.
Après une visite controversée dans un centre de retour au Danemark en novembre dernier, la ministre de l’Intérieur britannique continue de s’inspirer de l’approche de Mette Frederiksen, la Première ministre danoise et de son gouvernement social-démocrate, qui a l’une des politiques migratoires les plus dures d’Europe.
Mais si Londres s'y intéresse de si près, c’est surtout pour des raisons politiques.
En effet, la montée de l'extrême droite dans le pays, menée par le populiste Nigel Farage, principal opposant au premier ministre travailliste Keir Starmer et soutenu par Donald Trump; et son parti Reform UK, fait craindre une nouvelle vague de nationalisme anti-migrants alors que les demandes d’asile ont atteint un taux record, selon la BBC. Et Shabana Mahmood considère que l’extrême droite ne pourra pas être écartée, tant que les partis traditionnels ne s’attaquent pas à l’un de leur principal sujet: la question migratoire, qui inquiète toujours plus la population.
Et pourquoi se calquer sur le modèle danois ?
Eh bien, le Danemark est un gouvernement de centre-gauche, mais qui, paradoxalement, adopte des mesures très dures concernant l’immigration : les réfugiés ne peuvent majoritairement y avoir qu’un statut temporaire, les contrôles sont stricts et multiples, les expulsions rapides, la réunification familiale y est quasi inexistante - ce qui a fait baisser les demandes d’asile à un niveau record. Ce sont des mesures que Londres pourrait copier, mais sans pouvoir échapper aux vives critiques au sein même du parti au pouvoir, le Labour, qui accuse le gouvernement de sacrifier ses valeurs pour des raisons électorales.
Un journal de Mathilde Boht et Thomas Kox.