Aujourd’hui en Europe

AUjourd'hui en Europe - 2 février 2026

Le Parlement iraninen: l’ Assemblée consultative islamique. Source : By Erfan Bagheri - https://snn.ir/fa/news/1264688/گرامیداشت-شهدای-خدمت-در-مجلس-شورای-اسلامی, CC BY 4.0, Wikimedia Commons AUjourd'hui en Europe - 2 février 2026
Le Parlement iraninen: l’ Assemblée consultative islamique. Source : By Erfan Bagheri - https://snn.ir/fa/news/1264688/گرامیداشت-شهدای-خدمت-در-مجلس-شورای-اسلامی, CC BY 4.0, Wikimedia Commons

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme : 

  • Téhéran riposte : les armées européennes qualifiées de “terroristes”
  • Pays-Bas : un nouveau gouvernement… mais sans majorité
  • Diplomatie sous pression : rendez-vous crucial entre Kyiv, Washington et Moscou

On ouvre ce journal à Téhéran, où l’escalade avec l’Europe se joue désormais à coups de listes noires. Ce 1er février, le président du Parlement iranien a annoncé que l’Iran considérait désormais les armées des pays de l’ Union européenne comme des « groupes terroristes ». Une riposte directe à la décision européenne du 29 janvier d’inscrire le groupe des gardiens de la révolution islamique sur la liste terroriste de l’UE.

À Téhéran, le pouvoir a présenté la mesure européenne comme une attaque contre une institution de l’État. Le président du Parlement iranien invoque une loi iranienne de “mesures de rétorsion” et met sur la table une mesure très concrète : l’expulsion des attachés militaires européens, qui compliquerait encore les échanges sécuritaires.

Et pourquoi l’UE a-t-elle franchi ce cap ?

Les Vingt-Sept accusent les Gardiens — armée idéologique du régime, force militaire parallèle et appareil de renseignement — d’avoir joué un rôle central dans la répression, aux côtés des Bassidjis, une milice de volontaires mobilisée pour le maintien de l’ordre. L’inscription en tant que groupe terroriste donne à l’Europe des outils plus contraignants : gels d’avoirs, interdiction de financement, et coopération policière et judiciaire renforcée. La cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas dit vouloir maintenir des canaux de communication, tout en rappelant que la répression doit entraîner des conséquences.

Au-delà du bras de fer diplomatique, le pays reste sous très forte tension à l’intérieur.

Oui ces derniers jours, plusieurs explosions ont été signalées, notamment à Bandar Abbas — port sur le détroit d’Ormuz — et à Ahvaz, près de la frontière irakienne. Les autorités évoquent des fuites de gaz, mais les rumeurs de sabotage circulent dans un climat de tension maximale et de spéculations sur une possible action américaine.

Et c’est aussi une bataille du récit autour des protestations de fin 2025.

Ce Samedi 31 janvier, le président iranien a accusé les États-Unis, Israël et l’Europe d’avoir “alimenté” des protestations réprimées dans le bain de sang que l’on sait. Dimanche, la présidence a publié un bilan officiel inédit : sur 3 117 morts officiellement comptabilisés pendant les troubles, 2 986 noms sont rendus publics, le reste étant présenté comme non identifié. Mais d’autres sources évoquent des dizaines de milliers de morts, peut-être 30 000.

Quelles pourraient être les conséquences de ces nouvelles sanctions ?

Le danger principal pèse d’abord sur Téhéran : un isolement encore plus marqué, des marges diplomatiques qui se réduisent et pourraient compliquer les négociations sur le nucléaire, mais aussi concernant les détenus binationaux ou encore la sécurité maritime. Le régime de Téhéran, déjà fragilisé, tente de compenser son isolement par la surenchère, au risque d’un dérapage. Le tout dans un contexte militaire très tendu, puisque Washington a renforcé sa présence navale dans la zone, notamment autour du porte-avions USS Abraham Lincoln et de bâtiments d’escorte déployés vers le Moyen-Orient. 

On continue ce journal en prenant la direction des Pays-Bas, où un nouveau gouvernement de coalition se met en place, mais sur une base fragile. Après des semaines de négociations, trois partis sont parvenus à un accord. Ensemble, ils n’ont pas la majorité à la Chambre, seulement 66 sièges sur 150. 

 Parce que le paysage politique néerlandais est très fragmenté depuis les dernières législatives. Plusieurs alliances majoritaires ont échoué et les lignes rouges entre partis ont rendu difficile une coalition “classique”. Ce compromis évite une longue paralysie, mais il ouvre une période d’instabilité : chaque réforme devra être négociée avec d’autres formations, et ce sera aussi vrai au Sénat, où la coalition ne dispose pas non plus d’une majorité.

Qui pour diriger et avec quelles priorités ?

Le chef de file de D66, Rob Jetten, est pressenti pour prendre la tête du gouvernement. Au programme : un accent mis sur la sécurité et la défense, dans un contexte européen tendu, mais aussi des dossiers très domestiques : crise du logement, pouvoir d’achat et politique migratoire. Une idée a déjà fait réagir : la création d’une “taxe de la liberté” pour contribuer au financement de l’effort de défense.

Reste la question centrale : combien de temps ce gouvernement peut-il tenir ?

Sans majorité, chaque vote devient un test. L’opposition peut choisir de soutenir certains textes, ou au contraire de faire tomber une réforme clé, voire un budget. Une formule rare aux Pays-Bas, qui peut produire des compromis rapides… mais aussi une instabilité chronique.

On termine ce journal en direction d’Abu Dhabi, où doit se tenir cette semaine une nouvelle réunion trilatérale entre l’Ukraine, les États-Unis et la Russie. Dimanche 1er février, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé que ces discussions, sous médiation américaine, auraient lieu les 4 et 5 février.

Officiellement, Kyiv dit vouloir une discussion « substantielle » pour se rapprocher d’une fin de guerre « réelle et digne ». Mais sur le fond, les lignes restent dures : lors de la précédente rencontre, la question des territoires occupés a été décrite comme la plus explosive, Moscou durcissant ses revendications, et l’Ukraine refusant toute concession imposée.

Et sur le terrain, la guerre continue.

Dimanche, un drone russe est tombé près d’un bus transportant des mineurs à proximité de Ternivka, dans la région de Dnipro, à l’est de l’Ukraine. Les secours font état d’au moins 15 morts et d’autant de blessés, dont six graves. Un rappel brutal : pendant que la diplomatie s’organise, les civils restent exposés.

Et quelles incertitudes planent sur cette réunion ?

D’abord, la confiance est minimale entre les parties. Ensuite, le nœud territorial continue de bloquer toute issue globale. Enfin, même si la forme “trilatérale” est maintenue, rien n’indique pour l’instant un accord sur le contenu — ni une annonce majeure à l’issue de ces deux jours.

Un journal de Thomas Kox et Giona Melotto.