Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox,Salomé Moinet, Lucas Savino, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Starmer au plus bas : le Labour se fissure, la pression monte
- France : Orion 26, plus grand exercice militaire depuis la Guerre froide
- UE : le Parlement vote mercredi un prêt de 90 milliards à l’Ukraine
On ouvre ce journal à Londres, où Keir Starmer traverse une zone de turbulences au 10 Downing Street.
Oui. En quelques jours, l’autorité du Premier ministre a été grandement fragilisée sur fond de critiques qui se multiplient et de rumeurs de départ.
Le déclencheur, c’est encore et toujours l'affaire Epstein qui résonne dans toute l'Europe. Le Premier ministre se voit notamment reprocher la nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington, malgré ses liens passés avec Jeffrey Epstein.
En quelques jours Keir Starmer a perdu deux piliers de son équipe. Son chef de cabinet Morgan McSweeney a démissionné dimanche 8 février en disant assumer « l’entière responsabilité » de ce conseil. Le directeur de la communication de Downing Street, Tim Allan, a aussi quitté son poste.
Les critiques viennent aussi du parti travailliste.
Oui, le leader travailliste écossais, Anas Sarwar, a appelé Starmer à se retirer, jugeant que la crise que traverse le gouvernement à Londres plombe les chances du Labour à l’approche des élections régionales de mai en Écosse. De fait, certains sondages relèguent le parti à la troisième place, derrière le SNP et Reform UK. À Westminster, des députés et des syndicats évoquent déjà la nécessité d'un changement de cap — voire de leadership.
Tout cela se déroule sur fond de chute de popularité.
D’après les sondages, la cote de Keir Starmer est tombée à un niveau record. Environ trois quarts des Britanniques le jugent désormais défavorablement. Et l’inquiétude gagne aussi les marchés : Reuters note que les coûts d’emprunt britanniques ont monté ces derniers jours, sur fond de spéculations sur la capacité du Premier ministre à survivre politiquement.
Face à la tempête, l’exécutif tente de faire front.
Le vice-Premier ministre David Lammy et le ministre Steve Reed ont publiquement réaffirmé leur soutien à Keir Starmer, et Downing Street assure que le chef du gouvernement n’a « aucune intention » de démissionner. Sur le papier, le Labour garde une marge confortable à la Chambre des communes — 404 sièges contre 411 au soir des législatives de 2024 — mais les démissions et les divisions montrent qu’une majorité ne suffit pas toujours quand la confiance se fissure au sommet. Face à la crise Keir Starmer promet un « reset » à Downing Street, mais il doit d’abord convaincre son camp.
Les prochaines semaines seront décisives.
Une élection partielle est attendue le 26 février dans le comté métropolitain de Grand Manchester, puis viendront les scrutins écossais et gallois au printemps. En clair : Starmer est toujours là, mais le Labour se fissure, et l’hypothèse d’un “après Starmer” n’est plus taboue.
On prend maintenant la direction de la France où les armées lancent Orion 26, présenté comme le plus grand exercice militaire français depuis la fin de la guerre froide.
Oui l’opération a démarré ce dimanche 8 février et doit durer jusqu’au 30 avril. Au pic des manœuvres, jusqu’à 12 500 militaires seront mobilisés, avec 25 navires – dont le porte-avions Charles-de-Gaulle – 140 aéronefs et environ 1 200 drones. Vingt-quatre pays alliés participent aussi à l’exercice. L’objectif : entraîner la France à commander une coalition, mais aussi tester la logistique, les transmissions, et la coordination “terre-air-mer”, y compris dans les domaines cyber et spatial.
Orion 26 s’appuie sur un scénario fictif.
Oui, un pays expansionniste, « Mercury », cherche à déstabiliser son voisin « Arnland ». La France prend la tête d’une coalition pour défendre cet allié, sur fond d’actions hybrides et d’affrontements dans des environnements contestés — une trame largement en résonance avec les tensions actuelles que connaît l'Europe.
Les phases les plus marquantes de ces exercices devrait intervenir à la mi-février.
Oui, les 20 et 21, un débarquement amphibie et aérotransporté sera simulé en Bretagne, près de Quiberon, avec environ 700 soldats et une centaine de véhicules. Ensuite, les forces françaises et alliées enchaîneront un déploiements en terrain ouvert avec contre-attaques, franchissements d’obstacles naturels notamment sur la Seine et dans l'Aube – et séquences de tir réel. L’exercice alignera aussi trois brigades, 2 150 véhicules tactiques et 40 hélicoptères. Des réservistes participent aussi, avec des exercices de cyberdéfense sur des réseaux virtuels, jusque dans le champ spatial.
À partir d’avril, Orion 26 passe sous commandement de l’OTAN pour éprouver l’interopérabilité entre armées européennes.
Pour Paris, c’est un rendez-vous majeur de la préparation opérationnelle : vérifier, grandeur nature, que la chaîne de commandement et de soutien tient. Un exercice long, pour tester l’endurance.
On termine ce journal à Strasbourg, où le Parlement européen doit voter mercredi 11 février un prêt de 90 milliards d’euros à destination de l’Ukraine.
Oui ce plan, proposé par la Commission et validé par les chefs d’État et de gouvernement en décembre, vise à couvrir une partie des besoins ukrainiens sur 2026 et 2027. Dans le détail, l’enveloppe serait scindée en deux : 60 milliards pour l’achat d’équipements militaires et 30 milliards pour soutenir le budget de l’État ukrainien.
Particularité ; il a été rendu possible par un accord des 27, obtenu de haute lutte, sur un emprunt commun.
Concrètement, la Commission emprunterait sur les marchés au nom de l’Union, avec une garantie sur le budget européen. L’idée est de sécuriser des versements, avec une première tranche attendue début avril, afin d’éviter un “trou d’air” financier pour Kyiv.
Le vote prévu pour mercredi a été avancé.
Oui selon la porte-parole du Parlement, Delphine Colard, un accord existe entre les groupes politiques pour aller plus vite. Restent aussi des débats sur les conditions : la priorité donnée aux fournisseurs européens – ou Ukrainiens – pour les achats d’armement, et l’ouverture possible à des pays tiers si certains matériels ne sont pas disponibles ou livrables à temps. Si le texte est adopté, ce prêt deviendrait l’un des instruments financiers les plus massifs de l’UE depuis le début de la guerre en Ukraine, et un marqueur politique : l’Union s’engage sur deux ans, au-delà des aides ponctuelles, pour stabiliser 2026… et préparer 2027.
Un Journal de Salomé Moinet et Lucas Savino.