Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.
Au programme :
- Législatives en Hongrie : la défaite historique de Viktor Orbán
- Moyen-Orient : le blocus d’Ormuz relance les tensions
- Guerre en Ukraine : une trêve pascale très relative
On ouvre ce journal en Hongrie, où Péter Magyar a remporté les élections législatives de ce dimanche, face au Premier ministre sortant Viktor Orbán, au pouvoir depuis 16 ans.
Oui, le parti Tisza de Péter Magyar est arrivé largement en tête, avec plus de 53% des voix, contre 38% pour le Fidesz de Viktor Orbán. Le vainqueur va ainsi devenir Premier ministre dans les prochaines semaines et devrait pouvoir s’appuyer sur une majorité des deux tiers, avec 138 des 199 sièges du Parlement, ce qui pourrait lui permettre de modifier la constitution. Viktor Orbán a reconnu sa défaite dès 21h30, appelant Péter Magyar pour le féliciter de sa victoire.
Et ce scrutin a aussi été marqué par une participation exceptionnelle.
Oui, le taux de participation a frôlé les 80%, dépassant largement le précédent record de 70,5% établi lors des législatives de 2002. Un niveau qui confirme l’ampleur de l’enjeu de cette élection. Pour les partisans de Péter Magyar, cette forte affluence traduit un désir de changement politique, face à une économie atone et à une corruption devenue particulièrement flagrante. Selon plusieurs analystes, la participation a surtout été importante dans les villes moyennes et parmi les jeunes électeurs, plus favorables à l’opposition. Des milliers de Hongrois ont d’ailleurs célébré la défaite d’Orbán et “leur retour en Europe”.
Ce scrutin est en effet décisif pour l’avenir politique du pays.
Une nouvelle victoire de Viktor Orbán aurait prolongé la trajectoire illibérale engagée depuis son retour au pouvoir à Budapest. Durant sa campagne, il avait promis de poursuivre sa ligne dure contre les ONG, les médias critiques et les contre-pouvoirs. Péter Magyar, lui, s’est engagé à améliorer les services publics, à lutter contre la vie chère et la corruption et à remettre sur pied les institutions démocratiques et l’État de droit.
Au-delà des conséquences au niveau national, ces élections pourraient aussi marquer un tournant dans les relations très dégradées du pays avec l’Union européenne.
Tout à fait. Viktor Orbán s’est régulièrement opposé à plusieurs États membres, en affichant notamment sa proximité avec Moscou et en critiquant les sanctions européennes contre la Russie. Bruxelles l’accuse en outre, depuis plusieurs années, de saper l’État de droit. De son côté, Péter Magyar, conservateur mais pro-européen, souhaite faire de la Hongrie un “membre loyal” de l’Union. Les résultats d’hier soir ont d’ailleurs déclenché une salve de commentaires enthousiastes en Europe, témoignant d’une attente forte des européens vis-à-vis du futur gouvernement hongrois. La présidente de la Commission Ursula von der Leyen a estimé sur X que par ce vote, la Hongrie a « repris son chemin européen ». À l’inverse, plusieurs figures politiques d’extrême droite ont rendu hommage à Viktor Orbán, tandis que ni Vladimir Poutine ni Donald Trump, qui s’étaient impliqués dans la campagne, ne se sont exprimés.
Mais cette alternance n’efface pas toutes les incertitudes.
Oui, car Péter Magyar devra maintenant transformer sa victoire électorale en rupture politique concrète. Ancien membre du Fidesz, dont il ne s’est détaché qu’en 2024, il reste conservateur sur plusieurs sujets, notamment l’immigration. Sa victoire marque donc un tournant majeur, mais pas nécessairement une rupture totale avec toutes les orientations du pouvoir sortant.
On continue ce journal en Iran, après l’annonce par les États-Unis d’un blocus visant le trafic maritime à destination et en provenance des ports iraniens.
Oui, Donald Trump a annoncé dimanche que la marine américaine mettrait en place ce blocus à partir de ce lundi. Le président américain a dans la foulée déclaré sur son réseau Truth Social que les États-Unis “prendraient des mesures” contre tous les navires se trouvant dans les eaux internationales ayant payé un droit de passage à l'Iran. Dans le même temps, le commandement militaire américain a précisé que les navires transitant par le détroit d’Ormuz vers des ports non iraniens ne seraient pas bloqués. Du côté de Téhéran, les Gardiens de la révolution ont répondu dans un communiqué avertissant que l’approche du détroit par un navire militaire serait considérée comme une violation du cessez-le-feu et serait traitée, je cite, “avec fermeté et détermination”.
Et ce durcissement fait suite à un week-end de négociations entre Téhéran et Washington à Islamabad, négociations qui se sont soldées par un échec.
Oui. Après 21 heures de pourparlers menées notamment côté américain par le vice-président JD Vance, les discussions n’ont pas permis d’aboutir à un accord. Selon un responsable américain cité par Reuters, l’Iran a rejeté plusieurs demandes de Washington, notamment sur l’arrêt total de l’enrichissement d’uranium, la réouverture complète du détroit d’Ormuz, ainsi que l’arrêt du soutien au Hamas, au Hezbollah et aux Houthis. De son côté, Téhéran a dénoncé des exigences américaines jugées excessives.
Mais du point de vue de l’Europe, l’échec de ces négociations et l’annonce d’un blocus pourraient bien raviver les inquiétudes pour l’économie européenne.
Tout à fait, l’échec de ces négociations fait naître de nouvelles inquiétudes concernant une nouvelle hausse des prix de l'énergie alors que la situation s’était améliorée suite à la trêve déclarée il y a quelques jours. Le 8 avril, dès l’annonce du cessez-le-feu provisoire, le prix du baril de pétrole Brent était redescendu à 95 dollars, après un pic à 115 quelques jours plus tôt. Le prix du gaz européen avait aussi reculé d’environ 20% à l’ouverture des marchés. Mais l’annonce du blocus du détroit d’Ormuz, par lequel transite 20% du pétrole mondial, pourrait entraîner une nette hausse des cours.
On clôture ce journal en Ukraine, où Kyiv et Moscou se reprochent mutuellement des milliers de violations du cessez-le-feu pascal.
Tout à fait. Alors qu’une trêve de 32 heures avait été annoncée par le Kremlin pour le week-end de Pâques orthodoxe, celle-ci n’a pas tenu. Le ministère russe de la Défense affirme avoir recensé 1 971 violations du cessez-le-feu imputées à l’Ukraine. De son côté, l’état-major ukrainien dit avoir relevé 7 696 violations russes sur l’ensemble de la trêve. Kyiv évoque notamment 1 355 bombardements d’artillerie, 115 assauts et 6 226 frappes de drones, tout en précisant qu’aucune frappe aérienne n’a été enregistrée. Reuters souligne qu’il n’a pas pu vérifier ces chiffres de manière indépendante.
Et face à cela, Moscou a refusé de prolonger la trêve.
Oui, le Kremlin a annoncé que tant que Kyiv n’acceptera pas les conditions nécessaires aux “intérêts” et “objectifs” de Moscou, la trêve ne sera pas rallongée. Du côté de Kyiv, l’une des premières réactions est arrivée du quartier général de coordination ukrainien pour le traitement des prisonniers de guerre, qui a qualifié l’arrêt des opérations militaires de “soi-disant cessez-le-feu”, indiquant que quatre prisonniers de guerre ukrainiens ont été abattus par des militaires russes durant celui-ci.
Un journal de Manon Gendreau et Giona Melotto.