Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 10 mars 2026

Une épaisse fumée grise foncée, aux reflets orangés à sa base, s'échappe d'un complexe industriel au Bahreïn, le 9 mars 2026. Source : Wikimedia Commons Aujourd'hui en Europe - 10 mars 2026
Une épaisse fumée grise foncée, aux reflets orangés à sa base, s'échappe d'un complexe industriel au Bahreïn, le 9 mars 2026. Source : Wikimedia Commons

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Lucas Savino, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme: 

  • Macron à Chypre: réunion avec les chefs d’état grec et chypriote sur la sécurité, alors  que la guerre au Moyen-Orient continue de faire rage
  • Début du procès d’Ekrem Imamoglu, ancien maire d’Istanbul et principal opposant à Erdogan accusé de corruption
  • Le tribunal supérieur de justice de Madrid a ordonné la création d’un registre contenant tous les professionnels “objecteurs de conscience” qui refusent de procéder à une IVG 

Au dixième jour de la guerre au Moyen-Orient, nous ouvrons ce journal sur l’île de Chypre, où Emmanuel Macron s’est rendu hier pour affirmer que la sécurité de l’archipel face aux récentes attaques iraniennes concerne toute l’Europe.

Le Président français et le Premier ministre Grec se sont rendus sur l’île chypriote ce lundi 9 mars pour une réunion dite “d’urgence”, reçus par le chef d’état Níkos Christodoulídis, afin de coordonner une réponse militaire autour de l’île et en mer méditerranée orientale. La réunion, tenue en huis-clos, s’est terminée par un discours du Président français, qui a affirmé que “quand on attaque Chypre, on attaque l’Europe”. Un autre objectif affiché par le chef d’État français est la mise en place d’une mission défensive pour rouvrir progressivement le détroit d’Ormuz, bloqué par des attaques sur des pétroliers depuis le début des conflits.

Les médias chypriotes, notamment Politis, se réjouissent d’une défense anti-aérienne accrue et des alliances européennes qui lui confèrent une place stratégique en Méditerranée; tandis que Londres perd sa place privilégiée, selon le Daily Mail.

En effet, cette deuxième visite du président français, conjuguée à l’absence du Premier ministre Keir Starmer, est considérée par le média anglais comme une “honte” pour le Royaume-Uni, surtout qu’une base militaire de la Royal Air Force a été touchée le 1er mars dernier et que le HMS Dragon, un navire lance-missile censé être déployé près de l’île, n’est toujours pas arrivé à destination suite à des avaries techniques.

Cette réunion chypriote d’hier visait aussi à réaffirmer l’importance d’une défense européenne commune, alors que les attaques israélo-américaines redoublent en intensité contre l’Iran.

En effet, une atmosphère apocalyptique a régné tout le week-end à Téhéran après des frappes israélo-américaines sur des installations pétrolières dans la capitale et la province d’Alborz, provoquant d’immenses incendies, d’épais nuages de fumée et une pluie noire le lendemain matin. Dans ce contexte chaotique, l’Assemblée des experts iraniens, l’instance constitutionnelle chiite chargée de désigner un nouveau guide suprême, a néanmoins pu nommer un successeur après la mort de l’Ayatollah Khamenei : son fils, Mojtaba Khamenei - un choix qui résonne comme un défi aux États-Unis et à Israël et vise à imposer l’idée de la continuité du régime et de sa ligne dure.

Le Liban non plus n’a pas été épargné ces derniers jours et dénombre déjà des centaines de victimes.

Oui, en dix jours, plus de 400 personnes ont été tuées au Liban, au cœur de la guerre menée par Israël contre le Hezbollah; le conflit a poussé le Parlement libanais à reporter de deux ans les législatives prévues en mai, selon un communiqué de son président Nabih Berri. 

On continue ce journal à 80 km d’Istanbul, devant le tribunal de Silivri, où le procès d’Ekrem Imamoglu, ancien maire de la plus grande ville de Turquie et principal opposant au président Erdogan, a débuté ce lundi.

Incriminé pour corruption et passible d’une peine allant jusqu'à 2 350 ans de prison, l’ancien maire déchu dénonce un procès politique. Incarcéré depuis près d’un an, il doit répondre devant la justice, accusé d’avoir dirigé un réseau de corruption qualifié par la loi d’organisation criminelle, aux côtés de 402 co-accusés, pour la plupart des maires d’arrondissement ou des employés municipaux. Sa peine, disproportionnée, a été requise par le procureur d’Istanbul, un proche du gouvernement turc nommé il y a quelques semaines seulement. 

Mais ce procès, qui soulève la grande question de l’impartialité de la justice turque, fait aussi réagir les leaders européens.

Oui, Ekrem Imamoglu a été arrêté le jour même de sa nomination officielle comme candidat pour le parti d’opposition CHP, à la suite d’accusations fortement contestées. Alors que son procès devrait durer plusieurs années et que son diplôme universitaire a été révoqué par l’université d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu ne pourra très probablement pas se présenter à l’élection présidentielle de 2027. Sa femme dénonce un silence européen coupable face à l’érosion de l’état de droit en Truquie. Le porte-parole de la Commission européenne, soutenu par des représentants français, allemands et grecs, s’est borné à rappeler ce lundi que pour adhérer à l’UE, la Turquie devra respecter toutes ses valeurs démocratiques. Un processus de toute façon complètement à l'arrêt.

Les conséquences de cette décision pourraient être importantes pour la Turquie, si M. Imamoglu est effectivement définitivement condamné. 

Interrogé par la BBC Turque au sein de sa prison, l’ancien maire met en garde contre un recul démocratique dans le pays, et la répétition de ce genre d'emprisonnement. 

Et on termine ce journal en Espagne où le Tribunal supérieur de justice de Madrid a ordonné à la région de lancer sans attendre la création d’un registre des soignants objecteurs de conscience, c’est-à-dire des professionnels qui refusent de pratiquer des IVG. 

Oui, la décision fait suite à un recours du ministère espagnol de la Santé, qui reprochait au gouvernement régional de ne pas appliquer une obligation prévue par la loi. 

Ce registre, inscrit dans la réforme de la loi sur l’avortement adoptée en 2023, ne doit pas être public. 

Son objectif est de permettre aux hôpitaux de savoir de quels effectifs ils disposent afin de garantir concrètement l’accès à l’avortement dans le système public. Car l’objection de conscience est un droit individuel, mais la justice rappelle qu’elle ne peut pas, dans les faits, empêcher les patientes d’accéder à ce soin. Le tribunal souligne d’ailleurs que le retard de Madrid entraîne des conséquences “négatives et graves” pour les femmes et pour le système sanitaire. 

Un journal de Salomé Moinet et Lucas Savino.