Aujourd’hui en Europe

Aujourd'hui en Europe - 10 avril 2026

Volodymyr Zelensky en déplacement en Transcarpathie, Avril 2026. Source : Site Officiel du président de l’Ukraine, via president.gov.ua, CC BY-NC-ND 4.0 Aujourd'hui en Europe - 10 avril 2026
Volodymyr Zelensky en déplacement en Transcarpathie, Avril 2026. Source : Site Officiel du président de l’Ukraine, via president.gov.ua, CC BY-NC-ND 4.0

Aujourd'hui en Europe est un journal consacré aux actualités européennes du jour, réalisé par la rédaction d'Euradio à Bruxelles. Avec Thomas Kox, Salomé Moinet, Mathilde Boht, Nicolas Le Guily, Manon Gendreau, Giona Melotto, et Ulrich Huygevelde.

Au programme : 

  • Ukraine : un bref cessez-le-feu annoncé pour la Pâque orthodoxe
  • OTAN : Mark Rutte reçu à la Maison Blanche dans un contexte de tension transatlantique
  • Russie : le groupe de hackers Fancy Bear au cœur d’une vaste campagne d’espionnage

On ouvre ce journal en Ukraine, où la guerre devrait connaître une courte trêve, après l’annonce hier soir du président Poutine d’un cessez-le-feu pendant la Pâque orthodoxe.

Oui, deux jours après l’annonce du cessez-le-feu en Iran, la même décision a été prise en Ukraine. L’agence de presse russe TASS a rapporté dans un communiqué que les ministres de la défense et le chef de l’état-major des armées « ont reçu l’ordre d’arrêter les opérations de combat sur tous les axes”.

Un tournant qui reste relatif, au vu de la durée très courte prévue pour cette trêve militaire.

Oui, alors que le cessez-le-feu entre Washington et Téhéran est pour l’instant prévu pour deux semaines, celui entre Moscou et Kyiv prévoit un arrêt des combats “à partir du 11 avril à 16h jusqu’à la fin de la journée du 12 avril.” L’Ukraine a répondu à cette annonce de façon positive mais conditionnée : le président Zelensky a en effet déclaré que l’Ukraine respectera cette trêve si la Russie fait de même, en rappelant que de telles mesures avaient déjà été proposées par Kyiv avant de se voir déclinées par le Kremlin à de nombreuses reprises. Plus tôt dans la semaine, Volodymyr Zelensky s’était déjà dit prêt à rencontrer son homologue russe “en dehors de Moscou et Kyiv”.

Mais ce cessez-le-feu ne tombe pas dans un contexte militaire anodin, les forces russes semblent de plus en plus s’enliser dans cette guerre, où la perspective d’une victoire apparaît illusoire. 

En effet, l’Ukraine gagne même du terrain dans certaines zones. Dans la région de Kharkiv, les troupes ukrainiennes ont réalisé des avancées notoires dans les secteurs de Kupyansk et dans celui d'Oleksandrivka au cours des derniers jours. Oleksandr Syrsky, commandant en chef de l’armée ukrainienne, a déclaré avoir libéré plus de 480km² sur cet axe. Et selon un rapport des renseignements britanniques, Kyiv a repris plus de terrain en mars 2026 que durant tout autre mois depuis 2023. 

Et on observe aujourd’hui des résultats similaires dans le domaine aérien.

Oui, alors que le rythme des attaques de drônes russes reste très soutenu, Kyiv résiste et prendrait même le dessus dans la guerre aérienne, et ce grâce à plusieurs facteurs clefs : une nouvelle génération de drônes ukrainiens plus performants, ainsi que la pénurie de missiles antiaériens côté russe, qui rend très fragile la défense des infrastructures pétrolières et gazières. Cette pénurie alarmante est causée en premier lieu par la destruction, par l’Ukraine, de plus de 50% de ces missiles antiaériens. Mais l’arsenal russe a aussi été réduit suite à des livraisons d'armes vers Téhéran. En conséquence, l’Ukraine a surpassé la Russie en “quantité de frappes en profondeur contre le territoire ennemi” pour la première fois depuis le début de l'invasion russe, avec un impact considérable sur l’industrie pétrolière et gazière russe. Selon Reuters, c’est en effet 40% des capacités d’exportation de Moscou qui ont été mises hors d’usage par les frappes.

On continue ce journal à Washington où, ce mercredi, alors que l’attention mondiale était tournée vers le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, s’est entretenu avec le président américain Donald Trump, alors même que ce dernier menace, depuis plusieurs mois, de se retirer de l’alliance atlantique.

Dans ce contexte déjà tendu, la Maison-Blanche a reproché aux États membres de l’OTAN d’avoir « tourné le dos » aux États-Unis dans la guerre contre l’Iran. Une accusation contestée par Mark Rutte, qui estime au contraire que les pays européens ont respecté leurs engagements.

Après s’être entrevu avec Donald Trump, Mark Rutte a donné une interview à la chaîne de télévision américaine, CNN. 

Le secrétaire général de l’OTAN y a déclaré que certains pays de l’alliance avaient été mis à « l’épreuve » par la guerre au Moyen-Orient. Il a effectivement reconnu que tous n’avaient pas répondu de manière uniforme aux attentes américaines, notamment face aux critiques de Washington sur le manque d’implication des alliés européens dans le contexte du conflit impliquant Israël et l’Iran. Au cours de cette interview, le  chef de l’OTAN a donc admis que certains alliés de l’alliance “ont failli” avant de saluer le “leadership” de Donald Trump dans la gestion de cette crise, en restant fidèle à sa réputation d’équilibriste face au président américain.

Mais alors les attentes de Trump vis-à-vis de l’OTAN correspondent-elles vraiment aux compétences de l’organisation ?

Et bien non, Trump attendait de l’OTAN une coopération inconditionnelle face aux volontés américaines, y compris lors de crises ne relevant pas directement de la défense collective. Or,  l’alliance Atlantique n’est pas une alliance offensive globale et repose sur ce même principe de défense collective. Elle n’a donc pas vocation à intervenir au Moyen-Orient sans consensus clair entre ses membres. Une opération militaire décidée unilatéralement par les États-Unis ne relève pas de son cadre. 

D. Trump menace déjà certains pays de l’Otan, jugés peu coopératifs, de rétorsion.

Oui, selon Ivo Daalder, ancien ambassadeur américain auprès de l'Alliance, les déclarations de Donald Trump laissent entendre que les États-Unis pourraient ne pas défendre les alliés de l'OTAN en cas d'agression militaire, notamment russe. Selon le Wall Street Journal, l’administration Trump réfléchirait à retirer des troupes américaines stationnées dans des pays qui n’ont pas soutenu l’offensive militaire contre l’Iran, pour les déplacer vers des pays jugés plus coopératifs.

Et on termine ce journal en Russie où le groupe de hackers russes Fancy Bear est accusé d’avoir infiltré des routeurs vulnérables pour intercepter des données sensibles visant les gouvernements, armées et infrastructures critiques.

Les services de renseignement et de sécurité aux États-Unis, au Canada, en Ukraine, en Allemagne, en Italie, en Pologne et ailleurs ont révélé une opération à grande échelle menée par le groupe russe de hackers espionnant des routeurs Wi-Fi mal protégés, dans un communiqué conjoint publié tard mardi. Il s’agirait de cyberattaques menées par le groupe de hackers russe lié à l’État APT28.

Le groupe semble déjà connu des agences.

Oui, les agences ont lié la campagne au groupe de piratage Fancy Bear (également connu sous les noms d’APT28 et Forest Blizzard), qui avait auparavant été identifié par les autorités occidentales comme faisant partie du service de renseignement militaire russe GRU. Fancy Bear avait auparavant mené des cyberattaques contre le parlement allemand, le parti politique de centre-gauche SPD et les autorités de contrôle du trafic aérien, ont indiqué les services de renseignements allemands.

Contrairement à d’autres guerres, la cyberguerre est moins sanglante mais a bien lieu. 

La frontière entre paix et conflit devient de plus en plus floue. La sécurité ne se joue plus uniquement sur le terrain militaire, mais aussi dans le cyberespace, où des acteurs étatiques comme la Russie peuvent agir de manière discrète, continue et difficilement traçable.

Un journal de Mathilde Boht et Nicolas Le Guily.