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Le patron d’un bar-tabac face à l’incertitude

Written by on 19 mars 2020

Thomas est le patron d’un bar – tabac en périphérie de Lille, avec la fermeture du bar et le confinement de la population il nous parle de ses doutes, d’une gestion au quotidien, pourtant peu compatible avec le fonctionnement d’une entreprise.

Avant de confiner les Français chez eux, le gouvernement a fermé les commerces non essentiels, vous avez cessé votre activité bar. Comment ça s’est passé ?

Ça a été assez soudain, même si on sentait venir cette mesure, en raison des mesures prises en amont côté belge, où les bars ont été fermés avant (la France), même si le confinement a été décidé après chez nos voisins belges. J’étais tendu en attendant la déclaration de 19h30 samedi soir, pendant que mon épouse et mon salarié étaient actifs au bar qui était plein. Ça fait quand même un choc : j’allais devoir fermer définitivement à minuit et ne plus rouvrir. La première chose que j’ai faite c’est de l’annoncer à mon personnel et aux clients. Ce qui a jeté un froid dans une soirée plutôt sympathique. J’aurais dû filmer cette scène, parce qu’il y a eu un regard désespéré d’une bonne partie des clients. Parce que la vie du bar dans une ville moyenne, souvent il y a beaucoup d’habitués et c’est parfois le seul lien social qu’ont certaines personnes. Et les regards désespérés disaient : mais si je ne peux plus aller au bistrot qu’est-ce que je vais faire ? Ça avait quelque chose d’irréel.

Comment ça se passe sur le plan économique ? Vous avez toujours la partie tabac ?

Très franchement ça aurait été plus évident d’être un bar pur parce que j’aurais fermé tout simplement. On fait partie, nous débitants de tabac, de ces commerces essentiels qui peuvent rester ouverts. Ce n’est pas une obligation. Le problème est le suivant : on est ouvert, mais on a dû aménager nos horaires. J’ai dû mettre mon salarié en chômage partiel. Avec mon épouse on se relaie pour faire des horaires d’ouverture aménagés. On est dans une situation en réalité où la rentabilité de notre établissement se joue sur le bar. Les produits tels que le tabac ou les jeux, qui sont toujours d’actualité pour la Française des Jeux, sont des produits commissionnés donc sur lesquels on gagne peu. L’essentiel de notre rentabilité se fait sur le bar. Donc aujourd’hui on est un commerce qui reste ouvert, qui tourne à perte et qui nous fait risquer notre santé à longueur de journée puisqu’on fait des centaines d’encaissement. On prend des risques pour travailler à perte et essayer de limiter les dégâts. On sait qu’en termes de trésorerie on va être très juste pour payer des livraisons de tabac, qui elles, représentent des sommes considérables.

Aujourd’hui vous avez des clients qui viennent juste pour jouer au loto ou gratter des tickets ?

Oui ! J’essaye d’être pédagogue et de leur dire, et c’est terrible, qu’il faudrait qu’ils évitent de venir dépenser des sous chez nous. En tant que commerçant c’est truc pour lequel je ne suis pas préparé. Mais il y a des gens qui continuent à faire plusieurs allers-retours dans les points de vente aujourd’hui pour acheter des jeux à gratter.

Emmanuel Macron a assuré les Indépendants que l’Etat serait présent, est-ce que vous sentez déjà cette présence ?

Le discours nous rassure mais il y a des cas particuliers qui ne sont pas évoqués, comme le nôtre. Le discours c’est zéro chiffre d’affaires zéro charge, c’est-à-dire toutes les charges annulées si on ne fait plus de chiffre d’affaires. Le problème c’est que nous on reste ouvert, donc on fait toujours du chiffre d’affaires, donc nos charges vont-elles être repoussées ? Depuis hier on parle d’une garantie de salaire, 1500 euros pour les indépendants et les commerçants qui sont à l’arrêt. Avec des collègues on se demande s’il ne vaut pas mieux finir ce qu’on a en stock et fermer, plutôt que de continuer à vendre. Parce qu’aujourd’hui je dois assurer en termes de trésorerie les livraisons de tabac ce qui représente des sommes considérables, alors que la trésorerie ne se refait pas, puisque ce qui est vraiment rentable c’est le bar qui ne tourne plus.

Fermer vous y pensez ?

Oui on y pense ! Mais malheureusement je dépends du calendrier. Je devais choisir de faire ma commande mardi matin avant 8 heures parce que c’est comme ça que ça se passe, je n’avais pas le choix. J’ai dû compter mes deniers, voir mon banquier pour savoir, même si la trésorerie n’était pas à la hauteur, je pouvais assumer ma livraison de tabac que j’ai commandé sans avoir aucune vision de l’avenir. Mardi matin on a eu un rush de consommation avant le confinement. On a pris le risque de commander en limitant au maximum cette commande pour ne pas tomber en rupture des produits essentiels. On s’est endetté un peu plus sans savoir comment allait évoluer le marché et la situation des charges et des aides de l’Etat.

Comment faire face à cette incertitude ?

Du point de vue commercial c’est au jour le jour. Mes horaires d’ouverture ont changé trois fois en quatre jours. J’ai calqué mes horaires du matin sur celui du petit supermarché de ma commune, comme ça les gens font leurs courses en même temps. Je fais une ouverture courte en fin de journée de 16h à 18h pour les gens qui bossent encore et qui rentrent.

Du point de vue financier, c’est au jour le jour, avec nos comptables en télétravail qui nous aident. Surtout quand on est en activité, parce qu’autrement on a le temps de s’occuper de la partie administrative. Ce qui nous inquiète le plus, c’est notre santé parce que forcément on s’expose tous les jours, beaucoup plus que les gens. L’Etat nous dit qu’on doit limiter à cinq contacts par jour, nous on fait des dizaines voire des centaines d’encaissement. Ça donne une idée du potentiel de contamination qu’on risque. Forcément on s’inquiète.

En plus on a eu aucune aide spécifique. On ne nous a pas fourni du gel, des masques. On se lave les mains à longueur de journée. On finit avec des mains qui ressemblent à des mains brûlées au soleil, elles sont toutes rouges à force de se les laver et toutes irritées. On essaye de respecter les règles de sécurité. Chez moi c’est une personne à la fois et les gens attendent dehors à la porte.

La confédération nous accompagne dans ce volet prévention. Elle nous envoie les gestes et les règles à respecter. Mais ce n’est pas suffisant, on aurait besoin d’avoir une bouteille de gel pour nous et une pour les clients. Les paiements par carte bancaire quand ils dépassent le montant du sans contact, les gens sont obligés de toucher le terminal et puis l’argent liquide circule toujours. Depuis deux jours des clients nous demandent si on prend l’argent liquide, car il semblerait que certains commerces, dont des pharmacies, ne veulent plus du tout d’argent liquide.


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