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Les milliards du plan de relance : l’édito de Marc Tempelman

Written by on 29 avril 2020

Nous accueillons Marc Tempelman, l’un des co-fondateurs de la FinTech Cashbee, qui vous aide à épargner plus et mieux, via son application d’épargne simple et sécurisée. Nous discutons toutes les semaines de finance. Aujourd’hui, nous parlons de l’aide financière accordée à Air France par l’État.

Le gouvernement a annoncé une aide financière de sept milliards d’euros pour Air France. Il est probable qu’il soit aussi très impliqué dans un plan de soutien pour Renault. Et surtout, il a annoncé plus de 110 milliards d’euros pour soutenir et relancer l’économie plus largement. Autant dire qu’il y a eu un revirement total du discours, parfaitement compréhensible en réponse à la crise du Covid-19. Je pense qu’il serait intéressant de se pencher sur le financement de ces dépenses gigantesques qui n’étaient évidemment pas prévues.

Effectivement, le président a dit que “tout serait mis en œuvre pour protéger nos salariés et nos entreprises, quoi qu’il en coûte“. Mais d’où va venir l’argent pour financer tous ces efforts ? Surtout qu’il y a peu, on parlait quand même beaucoup de restrictions budgétaires et de maîtrise du budget : “Rappelons d’abord les trois moyens par lesquels l’État peut se financer : il peut réduire ses dépenses – on appelle cela des coupes budgétaires -, il peut augmenter ses recettes, en augmentant les impôts, ou il peut s’endetter.

Depuis son élection en 2017, Emmanuel Macron a essayé de réduire la dette du pays, en réduisant les dépenses publiques, sans augmenter les impôts. La crise du coronavirus chamboule tout. Pour financer le chômage partiel, aider les entreprises, notamment dans l’hôtellerie et le tourisme, et renforcer le système de santé, il n’avait pas d’autre choix que de creuser la dette.

Pour donner quelques chiffres, l’État va emprunter 90 milliards d’euros de plus que ce qui était prévu, et emprunter plus de 320 milliards d’euros cette année.

Mais qui nous prête cet argent ? Et comme tous les pays du monde sont dans le même cas que la France, vont-ils vouloir nous le prêter ? : “Excellentes questions. Habituellement, se sont les grands gestionnaires de fonds, comme les fonds de pension, ou encore les sociétés d’assurance qui prêtent ces fonds, afin de placer l’argent de leurs clients, c’est-à-dire des gens comme vous et moi. Et sur papier, ils seraient en droit de se poser des questions face au niveau d’endettement que les grands pays du monde vont devoir atteindre dans les trimestres à venir. Comme le dit le proverbe, on ne prête qu’aux riches et à force d’emprunter, les prêteurs pourraient commencer à craindre qu’ils ne soient pas remboursés et commencer à douter de la solidité financière d’un État. Après tout, ce n’est pas comme si les États ne peuvent par faire défaut. L’Argentine semble le faire tous les dix ans à peu près, et nos voisins Grecs étaient aussi à deux doigts de faire défaut en 2010.

La France jouit fort heureusement d’une excellente réputation en la matière. À tel point qu’elle peut emprunter à des taux très bas, voire même négatifs.

Très bien, mais il va bien falloir la rembourser cette énorme dette : “Oui, une fois encore vous avez raison. Et sur ce point le débat est ouvert, car plusieurs solutions existent. La première : augmenter les impôts. Le gouvernement l’exclue pour l’instant, et préfère la seconde option qui est de compter sur la reprise économique. Si la croissance reprend, les entreprises et les particuliers paieront plus d’impôts et feraient mécaniquement augmenter les recettes de l’État. 

Une troisième option serait de réduire les dépenses de l’État. C’était dans les cartons du gouvernement avant la crise, mais attention, si ces mesures, dites d’austérité, sont prises trop vite, alors cela pourrait freiner la relance économique.

Les solutions classiques ne sont pas faciles à mettre en œuvre. Y a-t-il des solutions plus originales à étudier ? : “Oui tout à fait. La Banque centrale européenne a le pouvoir de créer de l’argent. Elle contrôle la fameuse planche à billets. Et en l’occurrence, elle la fait tourner depuis des années. Non pas en imprimant littéralement plus de billets, mais en se posant comme acheteur massif des dettes d’États. Et la BCE a augmenté l’enveloppe qu’elle s’autorise pour acheter des titres de dette. Le risque associé avec cette stratégie est de faire circuler tellement d’argent que celle-ci perde de sa valeur, et que les prix des biens s’envolent. Ce risque d’inflation est aujourd’hui très limité.

Et pourquoi ne pas tout simplement annuler la dette ? : “C’est en effet une idée qui se répand de plus en plus. Attention tout de même, il ne faut pas oublier qu’un quart de la dette de la France est détenue par les banques et les compaginies d’assurances françaises. Si l’État refusait de la rembourser, elles seraient probablement en faillite. Et si cet argument vous laisse de marbre, n’oubliez pas que cette dette se retrouve dans les portefeuilles de nombreux épargnants individuels, via leurs contrats assurance vie en euros, sensés être à capital garanti.

Par ailleurs, les investisseurs étrangers font aujourd’hui confiance à la signature de l’État français. Ils s’en détourneraient si nous ne les remboursions pas. Nous ne pourrions plus faire appel à eux dans le futur.

Une option plus réaliste serait d’impliquer, une fois de plus, la Banque centrale européenne. Elle pourrait acheter de très gros volumes de dettes d’État, puis renoncer à se faire rembourser, créant ainsi une dette perpétuelle. Magique ? C’est peut-être le mot de trop, mais certainement inédit. Tout autant que la gravité de la crise actuelle.


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