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Décryptage : l'”urbanisme tactique”

Written by on 15 mai 2020

Le terme a envahi la communication des grandes métropoles européennes : Copenhague, Amsterdam, Berlin, et bien sûr Bruxelles en version francophone : l’urbanisme tactique.


L’idée est d’optimiser la transition des grandes villes pour réduire l’espace alloué aux voitures. Et le redistribuer aux piétons, aux cyclistes et aux transports en commun. Ainsi, la lutte contre le Covid-19 à l’ère du déconfinement ressemble à une version urgente de la lutte contre la catastrophe climatique.

Cet urbanisme tactique tient en quelques points que nous rappellent David Kimelfeld, président de la Métropole de Lyon.

“L’intérêt de cet urbanisme tactique, c’est de pouvoir mesurer, expérimenter et réviser les décisions que l’on peut prendre. Parce que les aménagements peuvent être qualifiés de temporaires, aussi bien pour le vélo que pour la marche.

Ce que l’on souhaite proposer, c’est bien sûr un service d’accompagnement pour les cyclistes et les piétons. Une information pédagogique extrêmement claire. Il va falloir que les automobilistes aussi comprennent que ce nouveau partage de l’espace est une réalité et qu’ils doivent aussi la respecter.

70 kilomètres de nouvelles pistes cyclables, l’ouverture des voies de bus aux vélos – aujourd’hui on en a environ 50%, on veut aller à 100% – plus de pratique du vélo c’est plus de vélos sur la voie publique donc plus d’arceaux. On s’est fixé comme objectif d’en installer 3000 temporaires.

Suivant la configuration des rues, il sera sans doute nécessaire d’envisager l’élargissement des trottoirs, de nouvelles zones 30 et zones piétonnes.

Un accompagnement est nécessaire de la part des associations, pour la réparation, l’autoréparation, en s’appuyant sur le réseau existant et en ajoutant des interlocuteurs, qui pourraient être par exemple le long des pistes cyclables.

La mise à disposition de vélo, enfin, la formation. Faire du vélo en ville, ce n’est pas tout à fait la même chose que prendre son vélo pour une balade. Ça nécessite aussi, pour la sécurité, une forme d’apprentissage et beaucoup d’associations sont en capacité d’accompagner.

On parle beaucoup de temporaire, de provisoire. Ça ne veut pas dire qu’un certain nombre d’aménagements ne deviendra pas pérenne ensuite, en fonction de ce que l’on évaluera.

On va être je pense dans une enveloppe à 5 millions d’euros maximum.”

Accélérer une transition déjà prévue, d’accord. Mais l’accélérer à quel rythme ? La réponse, c’est Pierre Hémon qui la donne, il est conseiller membre de la commission permanente de la Métropole, affilié à Europe écologie les Verts.

“On fait en moyenne 60 kilomètres d’aménagement cyclable par an. Ce que l’on propose, là, c’est d’en faire 77 kilomètres en quatre mois, dans des conditions difficiles. Ça n’aura pas forcément la même qualité que certains aménagements, il n’y aura pas forcément tous les petits murets en béton mais on les fera plus tard.

Pour résumer : 12 kilomètres au 11 mai, on sera à 45 kilomètres au 2 juin, début juillet on en aura fait 56 et dès la rentrée, 77 kilomètres au total. Et il y aura encore des compléments jusqu’à la fin de l’année 2020, selon la reprise des activités et la demande des maires, la réactivité des communes, la dynamique.

Dans un certain nombre d’endroits, il faudra sacrifier des places de stationnement pour les piétons. On veut aussi installer des parcs de stationnement surveillés et temporaires, on en manque, le vol de vélo est fréquent en ville. On veut refréner ça. Plusieurs opérateurs nous proposent des solutions faciles à réaliser.

Des places de stationnement vélo supplémentaires dans les parkings existants aussi, car il y a de plus en plus de monde concerné.”

Outre les piétons et les cyclistes, les transports en commun doivent être pris en compte : comment améliorer l’intermodalité et éviter de prendre des risques sanitaires. Fouziya Bouzerda est présidente du Sytral, le syndicat mixte en charge des transports en commun à Lyon.

“C’est vraiment un enjeu pour nous de travailler collectivement avec la marchabilité, le vélo, les transports en commun. Il faut éviter que l’on soit congestionné et que l’on revienne à un système que ne pourraient pas supporter les Métropoles denses comme la nôtre, c’est à dire le tout voiture.

On est même en train de lancer une réflexion sur la capacité à pouvoir faire monter des passagers avec leur vélo dans certains trams, en dehors des heures de pointe. L’objectif étant de garder de la capacité, à une période où la distanciation s’applique.

On a interrogé un panel de 2500 personnes sur le réseau TCL. On a à peu près 32% des voyageurs qui indiquent qu’ils prendront les transports en commun comme ils le faisaient habituellement. Il y a vraiment un enjeu de reprise progressive, de gérer le flux de voyageurs. Beaucoup seront en télétravail, l’université ne reprend pas avant septembre donc beaucoup d’usagers ne seront pas à nouveau sur le réseau.

Pour ceux qui veulent obtenir des alternatives, il faut aussi leur permettre d’en avoir, y compris sur un réseau cyclable sécurisé et déployé de manière mieux maillée. Afin de pouvoir anticiper ces déplacements.”

L’urbanisme tactique s’apparente à un grand coup d’accélérateur bienvenu d’après l’Agence européenne pour l’environnement (AEE). L’an dernier, celle-ci prévenait que, sans une accélération significative des mesures, les objectifs environnementaux de l’Europe d’ici à 2030 seraient tout simplement inatteignables.


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