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Viviane Gravey – Michael D. Higgins réélu en Irlande

L'édito du lundi 29 October 2018

Michael D. Higgins réélu en Irlande – une victoire en demi-teinte ?

Le Brexit tournant en rond, aujourd’hui cap sur une autre île, l’Irlande

L’Irlande, petite île d’irréductibles celtes résiste encore et toujours à la montée de l’extrême droite – mais alors comment comprendre les résultats surprenants de l’élection présidentielle de vendredi ?

Lors de cette élection en un tour, avec 6 candidats, le président sortant Michael D. Higgins a été réélu avec 56% des voix. Malgré ce succès phénoménal, celui dont on parle beaucoup depuis, c’est le premier perdant, le numéro deux. Avec ses 23%, Peter Casey, businessman connu pour sa participation dans une émission de télé réalité, est le seul des opposants à Higgins à avoir tiré son épingle du jeu. Comment s’est-il fait remarquer ? En s’attaquant à une des communautés les plus discriminées du pays – les Irish Travellers, gens du voyage irlandais. Après ses remarques à l’encontre de ce groupe représentant 0.5% de la population de l’île – rejetant au passage une loi de 2017 les reconnaissant comme minorité ethnique, les accusant de squatter des terrains – il a multiplié son score par dix.  

Afin de contextualiser ce résultat, il est important de comprendre le rôle du président dans la république irlandaise et l’aura de Michael D. Higgins et ses prédécesseurs. Casey n’a pas échoué à obtenir un rôle exécutif fort – les présidents irlandais ont avant tout un rôle symbolique et de représentation. Si la fonction présidentielle est soumise à un devoir de réserve, Michael D. Higgins et les deux présidentes l’ayant précédé ont su néanmoins utiliser leur fonction pour pousser la société irlandaise à se libéraliser.

De 1990 à 1997, Mary Robinson, féministe d’Irlande du Nord, a soutenu le processus de paix, la décriminalisation de l’homosexualité et l’accès à la contraception, longtemps interdite dans l’Irlande catholique. La fervente catholique Mary McAleese, présidente de 1997 à 2011, a, quant à elle, soutenu l’accès des femmes à la prêtrise et s’est opposées aux discriminations continuant à l’encontre des jeunes LGBTs. Depuis 2011, Michael D. Higgins, président socialiste et poète, s’est exprimé contre le racisme et en faveur d’une société plus égalitaire. Casey est ainsi en complète opposition au message des présidents des trente dernières années.

Casey a-t-il des soutiens politiques important ?

Les candidats peuvent être nommés soit par un groupe de parlementaires soit par un groupe de collectivités locales, et se présenter avec ou sans le soutien d’un parti. Casey était soutenu par des collectivités locales, mais aucun parti. Lors de l’élection précédente, Higgins avait le soutien du petit parti travailliste – élire un président socialiste était une manière pour les irlandais de s’opposer à l’austérité imposée par le gouvernement de l’époque. Mais cette fois-ci, Higgins était soutenu par les Verts, les socialistes, et les deux grands partis irlandais Fianna Fail, et Fine Gael. Seul le Sinn Fein avait décidé de soutenir une autre candidate. Le poète socialiste aux allures de hobbit paraissait faire consensus – jusqu’à vendredi dernier.

Mais alors, qu’elle est l’ampleur de ce vote ?

L’existence d’un vote contestataire, d’un vote populiste, n’a en soit rien de nouveau. Mais jusqu’à présent, l’Irlande était un des rares cas européen ou cette contestation s’exprimait avant tout à gauche, via un vote pour le Sinn Fein, et non pas à droite. La victoire de Casey est ainsi un coup de semonce pour le Sinn Fein, dont la candidate n’a pas réussi à marquer cette campagne.

A droite, le cas Peter Casey et son approche xénophobe risque de faire des émules : va-t-il créer son propre mouvement, ou essayer de prendre le contrôle d’un parti pré-existant ? Hier il annonçait vouloir rejoindre le Fianna Fail, premier parti d’opposition, et l’utiliser pour devenir Taoiseach, c’est-à-dire premier ministre irlandais. Pour l’instant, le parti n’a pas du tout l’air intéressé par ce rapprochement. Transformer l’essai présidentiel en réussite parlementaire semble très compliqué.

Au moment même où le reste de l’Europe et les Amériques vacillent, la verte Irlande, elle, n’est pas sur le point de succomber à l’extrême droite, loin de là. Les évènements de vendredi l’ont encore confirmé – en plus de réélire un président humaniste et socialiste, les électeurs irlandais ont viré de leur Constitution l’interdiction du blasphème. Contre vents et marées, l’Irlande continue ainsi sa libéralisation, nettoyant sa Constitution et limitant l’emprise de l’église sur la société et la vie publique.

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