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Le nucléaire bas carbone déchaîne les passions – Smart for climate #41

Écrit par sur 28 octobre 2021

Il y a plusieurs filières pour le nucléaire civil, nous ne parlons pas du militaire aujourd’hui. Il y a la production d’électricité, la propulsion navale, la santé et bien d’autres qui sont moins connus. Si l’on regarde la production de l’électricité avec de l’énergie nucléaire, il s’agit d’une activité que la finance verte va le plus souvent exclure du portefeuille.

Pourtant, le nucléaire émet très peu de carbone, c’est bien cela ?

Oui, le nucléaire c’est une énergie qui émet très peu de gaz à effet de serre. Quand on regarde les chiffres, c’est comparable aux éoliennes. L’énergie nucléaire a l’avantage d’être complémentaire aux énergies renouvelables parce que ces dernières sont intermittentes. En ce moment, par défaut de vent et de soleil, on doit acheter du gaz en grande quantité ou acheter du charbon pour satisfaire la demande en énergie. C’est pas très bas carbone et c’est surtout très cher. Alors que dire de ce risque quand on aura multiplier par deux ou trois la consommation d’électricité, transition oblige. Des groupes d’experts indépendants et le centre de recherche de l’Union européenne ont conclu que les risques de l’énergie nucléaire n’étaient pas supérieurs à ceux des autres sources. Scientifiquement, il faudrait y aller.

Alors pourquoi s’agit-il d’un secteur généralement exclu ?

Parce que la méfiance persiste dans la société face aux risques du nucléaire. Il a été desservi par le caractère spectaculaire et angoissant des accidents même si historiquement la mine de charbon a entraîné la mort d’un bien plus grand nombre d’individus. Les risques d’accidents et les autres impacts environnementaux ont mobilisé les opinions vertes et rendent le secteur du nucléaire propice à l’exclusion des portefeuilles d’investissement. À tel point que le nucléaire est souvent plus pénalisé que le charbon.

Quelles restrictions s’imposent aux investisseurs sur le nucléaire ?

Il y a plusieurs niveaux. Des contraintes sont imposées si, par exemple, on veut labelliser un portefeuille comme relevant de l’investissement responsable, écologique. La plupart de labels, sauf le label ISR français, interdisent aux portefeuilles financiers d’investir dans des entreprises qui font plus de 5% de leur chiffre d’affaires grâce au nucléaire ou ils interdisent qu’elles portent de nouveaux projets. Cela exclue de facto toute la filière dont EDF qui et notre champion national. Le débat est en cours pour la législation européenne qui va bientôt trancher. Si elle n’inclut pas le nucléaire comme étant une énergie verte dans la fameuse taxe de l’UE, elle confirme la position des labels.

Cela semble être un enjeu extrêmement important aujourd’hui, pourquoi ?

Ce sont les deux principales problématiques, mais il est important de se rappeler que les capacités magnétiques exceptionnelles des terres rares en font un catalyseur technologique majeur pour nos industries dans la transition : le néodyme à la base des aimants permanents a contribué au développement de l’éolien offshore. Par ailleurs le bilan énergétique reste à la faveur des technologies de la transition par rapport aux technologies conventionnelles. Par exemple, même en prenant en compte l’extraction des terres rares, le bilan écologique reste meilleur pour une voiture électrique de taille moyenne par rapport à une voiture thermique.

Est-ce qu’il existe des alternatives technologiques aux terres rares ?

En effet, c’est un enjeu très important parce que les investisseurs s’orientent de plus en plus vers l’investissement responsable. Le nombre de fonds labellisés a explosé l’année dernière. Être exclu de la finance verte aujourd’hui, c’est renchérir les financements alors que certains pays dont la France, la Hongrie, la Pologne, la Finlande comptent poursuivre les investissements. Notamment pour sortir du charbon. Le problème est que pénaliser le nucléaire pourrait accroître l’instabilité du marché de l’électricité, comme on le voit en ce moment, alors que l’énergie subit une crise importante.

Selon vous, l’exclusion n’est pas justifiée ?

La question a été posée aux scientifiques, ils ont répondu “non”. Les politiques qui doivent décider restent réticents parce qu’il faudrait renverser une position historique. Je crois donc qu’il faut un fait nouveau, comme pour réviser une décision de justice. Si l’on savait traiter les déchets radioactifs issus de la fission de l’uranium, pas uniquement de les enfouir, et si on avait réaliser des démantèlements dans les règles de l’art, on pourrait le faire et affirmer qu’il s’agit d’une énergie verte et durable. Ce n’est pas encore le cas aujourd’hui.

Les investisseurs seraient-ils seulement limités à cette distinction entre une énergie bas carbone et une énergie verte pour investir massivement dans le secteur du nucléaire ?

Alors non, il sera compliqué pour un gérant, vis-à-vis de ses clients, de sortir de dix ans d’ostracisation du nucléaire depuis l’accident de Fukushima et malgré les évolutions d’opinions dans les milieux écologistes et politiques. L’investissement dans le nucléaire prendra de toute manière du temps, même si la réglementation reste un préalable nécessaire. Pensons aussi à éduquer les populations sur l’extraordinaire croissance du besoin de l’électricité; sur le fonctionnement de son marché et sur le nucléaire afin qu’il soit apprécié de manière rationnelle avec ses avantages et ses risques sachant qu’aucune source d’énergie est zéro risque, c’est peut-être une idée pour Euradio !

Jeanne Gohier au micro de Laurence Aubron

Jeanne Gohier est analyste sur la finance du climat chez Fideas Capital, qui propose aux Européens d’investir « Smart for Climate », c’est-à-dire de prendre en compte les enjeux du réchauffement climatique dans leurs placements.

Tous les éditos “Smart for Climate” de Jeanne Gohier sont à retrouver juste ici


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