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Flemme et spleen à Rotterdam

Écrit par sur 28 mars 2022

The Wandering Playlist
Tous les mois, une ville et une humeur en plus ou moins dix titres locaux – récents ou plus anciens.

Située au bord de la mer du Nord, dans le delta de deux grands axes fluviaux, le Rhin et de la Meuse, Rotterdam est le huitième port du monde. La ville forme la partie sud d’une conurbation de 7 millions d’habitants qui inclut également Utrecht, La Haye et Amsterdam.

Cette proximité n’exclut pas les rivalités, par exemple musicales. « Amsterdam, c’est quoi ? Rotterdam, trop cool ! » proclamait un tube d’Euromasters, pionnier du gabber, cette électro hardcore, rebelle et mal élevée apparue au début des années 90, au Parkzicht, un club de Rotterdam.

Mais ce n’est pas le gabber qui nous intéressera ici, ni l’électro d’aucune sorte. Les onze artistes de cette première Wandering Playlist, nous font plutôt parcourir cette ville très active à contretemps, avec nonchalance, spleen et cosmopolitisme.

Alcool, désinvolture, manège et télévision

Nous commençons cette playlist / promenade par un verre. « I always drink at lunch time » chante Lewsberg, quatuor dont les chroniques nonchalantes et mélancoliques s’inspirent avec talent du Lou Reed et du Velvet Underground. Fait d’un seul plan fixe à travers la vitrine d’un café banal, le clip de At Lunch est d’ailleurs un bel exemple de parti-pris arty. Leurs trois albums leur ont valu une certaine reconnaissance – ils viennent même de créer un label, Soft Office.
Ce type de notoriété échappe encore à Tramhaus qui n’a sorti qu’un single, mais lequel : I Don’t Sweat, hymne au détachement désinvolte qui devrait marquer les esprits. Très punk et bruyant sur scène, Tramhaus joue cette fois d’une retenue qui n’exclut pas l’antagonisme.
Saurons-nous faire preuve de la même impassibilité sur le Turbo Polyp, manège à double rotation en forme de pieuvre ? C’est en tout cas là que nous emmène la chanson joliment entêtante de  Kwartet Niek Hilkmann, groupe qui, comme son nom l’indique, est mené par Niek Hilkmann, artiste multimédia de son état.
Le rappeur U-niq, lui, est « Universal novelist illustrated quality » si l’on en croit les paroles de Wildin’ Out, single d’un album enregistré et perdu en 2002 et finalement re-édité en 2021.
Une belle histoire, mais est-elle de type ‘prime-time’ ? Le Prime-Time d’Ariana Popal est, quant à lui, plutôt sombre, entravé par des échos de piano et une lourde rythmique.

Vent, sommets psychotropiques, hibernation, fibres nobles, incendie et danse finale

Nous faisons connaissance avec le trompettiste de jazz ghanéen Peter Somuah, qui s’apprête à sortir son premier album. Dans Mphepo, seul titre chanté du disque, il est accompagné par la rappeuse gandoise Amazumi qui y évoque le vent (c’est le sens de mphepo en chewa) du changement. Le solo de trompette, le flow posé mais déterminé d’Amazumi, la discrète caisse claire font du titre une jolie vague.
Elle nous porte sans effort jusqu’au seuil de la brillante Sevdaliza, ex-basketteuse internationale et en bonne voie pour devenir une star mondiale. Elle est High Alone, un sommet qui, dit en anglais, est un peu ambigu et une chanson qui prend un chemin pop-rock inhabituel pour la chanteuse. Le titre figure sur un EP tout juste sorti, qui s’ajoute à une discographie conséquente (deux albums et quatre ep depuis 2015) où Sevdaliza fait souvent presque tout : musique, vidéos, production.
Une quantité de travail que Iguana Death Cult remet volontiers à plus tard, après un long sommeil hivernal passé à rêver du Miami Sun. Une ballade entre deux eaux sortie en 2021 et qui met en évidence les talents d’écriture d’un groupe aux productions souvent punk.
Les parrains pop Rats on Rafts – actifs depuis dix ans – s’y entendent également en matière de composition et de raffinement, tricotant avec le titre Cashmere Carey, petite laine 100 %, écrite et jouée en collaboration avec l’Amstellodamois Palmbomen.
Un vêtement dont nous n’aurons pas besoin dans le feu que déclenche le Fight Club de la rappeuse Odessah, tiré de la compilation Redrum Rotterdam – The Underground Hits, parue en 2001 pour rendre hommage à de mythiques soirées hip-hop des années 90.
Difficile finalement de ne pas gigoter, d’autant plus que Yanna Pelser, violoniste et nouvelle venue de la chanson néerlandaise sous le nom d’Albertine, nous convie à une Space Dance qui achève notre promenade de manière plutôt réjouissante.

En savoir plus

  • Popunie, fondation qui se consacre à la promotion de la pop rotterdamoise (site en néerlandais).
  • Worm, lieu culturel pas comme les autres (site en anglais).
  • Calls from the Hull, une bruyante compilation de groupes locaux produite par Vessel 11 pendant une période de confinement (sites en anglais).


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