La guerre des étoiles

L'implication de la Space Force dans les frappes sur l'Iran

Photo de Tim Mossholder sur Unsplash L'implication de la Space Force dans les frappes sur l'Iran
Photo de Tim Mossholder sur Unsplash

Tous les mercredis, écoutez Iris Herbelot discuter d'un sujet du secteur spatial. Tantôt sujet d'actualité ou bien sujet d'histoire, découvrez les enjeux du programme européen Hermès, de la nouvelle Ariane 6, ou encore de la place de l'Europe dans le programme Artémis. Ici, nous parlons des enjeux stratégiques pour notre continent d'utiliser l'espace pour découvrir, innover, et se défendre.

Nous nous retrouvons autour d’un sujet d’actualité, les frappes israélo-américaines sur l’Iran au début du mois de mars 2026. Le monde reste les yeux rivés sur cette nouvelle escalade des conflits au Moyen-Orient, et vous les avez rivés sur le rôle de la branche spatiale de l’armée américaine dans ces frappes.

Oui, parce que l’US Space Force est de plus en plus sollicitée pour ces frappes, ç’avait déjà été le cas en juin 2025 à l’occasion des frappes sur les infrastructures nucléaires iraniennes – qui n’avaient d’ailleurs pas été un franc succès.

Pour contextualiser, l’US Space Force est une branche très récente de l’armée américaine, créée en 2019 sous la première administration Trump. Et ses rôles sont multiples, mais dans le cadre d’un conflit assez conventionnel comme en Iran –par opposition à un conflit hybride ou non-conventionnel, qui impliquerait des attaques sur des réseaux informatiques, de la désinformation, du sabotage d’infrastructures– le rôle de la Space Force est d’apporter un soutien essentiel grâce aux outils qui relèvent de ses missions.

Quels sont ces outils ?

Essentiellement, le renseignement par imagerie satellite pour cibler les frappes, vérifier le résultat de ces frappes –c’est là que le bât avait blessé en juin dernier, les images post-frappes de missiles sur les infrastructures nucléaires enterrées en Iran n’avaient pas été concluantes, et la Maison Blanche avait été trop rapide à communiquer l’oblitération du programme iranien. Le deuxième pilier essentiel sont les communications sécurisées, qui incluent la mobilisation de capacités de disruption des communications adverses en amont des frappes, pour désorganiser et retarder la détection et la réponse de l’adversaire ; qui incluent aussi la communication pendant les frappes entre les différents commandements des unités engagées – par exemple pour ajuster un tir, pour prévenir d’une réponse anti-aérienne qui mettrait en danger un pilote…

Et tous ces outils relèvent des satellites en orbite –notamment en orbite basse– terrestre. Et ces satellites sont opérés par la Space Force.

Pourquoi ces nouveaux tirs de missiles sur l’Iran sont-ils différents ?

Du point de vue de l’usage des capacités spatiales et cyber dans l’offensive américaine, c’est deux facteurs qui font la différence : déjà l’intégration des capacités de l’US Space Force dans les autres corps d’armées mobilisés. Ça inclut le fait que Space Command et Cyber Command ont été mobilisés en leur nom propre pour mener des opérations disruptives en amont des frappes de missiles, et ça inclut le fait que la coordination renforcée entre les corps d'armée permette une plus grande réactivité, notamment au niveau de la détection de tirs adverses, le calcul des trajectoires et les avertissements, s’ils sont donnés très rapidement, sauvent des vies de militaires, et pourraient en fonction de l’utilisation faite, sauver des vies civiles également. En intégrant les chaînes de commandements, en laissant une voix et une place aux systèmes en orbite, la réactivité et l’efficacité des forces mobilisées sur le terrain est démultipliée.

Et deuxième facteur de différence : c’est la demande et la considération des autres corps d’armées pour l’US Space Force.

Faut-il comprendre que c’était jusque là le vilain petit canard ?

En tout cas, c'était une branche considérée plus comme un sous-corps de l’armée de l’air américaine, qui viendrait compléter et soutenir l’US Air Force. C’est comme ça qu’est intégrée la composante spatiale dans la plupart des armées : en France c’est l’Armée de l’Air et de l’Espace, en Grande-Bretagne la Royal Air Force ne mentionne même pas l’espace dans son nom, mais c’est bien à cette branche que les capacités satellitaires sont rattachées.

Et ça va au-delà d’une symbolique : séparer les deux corps d’armée, ça permet de séparer les budgets alloués, parce que si le choix se présente comme entre vingt nouveaux avions de chasse ou deux satellites de renseignements, on établit une hiérarchie de priorité. L’US Space Force gagne de la reconnaissance et des appropriations potentielles en étant très sollicitée. Le Lt. Gen. Gregory Gagnon de l’US Space Force a d’ailleurs dit après l’opération Epic Fury, l’actuelle opération en Iran, que la Space Force n’arrivait pour l’instant pas à répondre à toutes les demandes. Donc logiquement, ils verront leur budget augmenter, et pas forcément au détriment d’autres corps d’armée.

Est-ce qu’une telle distinction entre air et espace va avoir lieu également en Europe ?

Peut-être pas dans l’immédiat. La composante spatiale est déjà considérée comme interarmées à beaucoup d’égards, du fait de ses missions de renseignements, de coordination… Mais le rôle du spatial au niveau européen, sur le plan militaire, reste celui d’un soutien aux corps d’armées existants. Ça n’est pas forcément une mauvaise chose non plus, dans la mesure où la militarisation de l’orbite, si elle doit être reconnue et prise en compte dans les analyses stratégiques, pourrait prendre le pas sur une utilisation de l’orbite scientifique et civile, dans le cas où l’espace ne serait plus perçu que comme une zone d’intérêt stratégique. Mais il faudra bien distinguer les compétences très différentes entre air et espace : opérer des satellites, analyser des images, ce sont des missions à part, et utiles à tous les corps d’armée.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.