La guerre des étoiles

Exploiter les ressources lunaires et martiennes

© Adam Arkin de l'Université de Californie, pour le compte de la NASA Exploiter les ressources lunaires et martiennes
© Adam Arkin de l'Université de Californie, pour le compte de la NASA

Tous les mercredis, écoutez Iris Herbelot discuter d'un sujet du secteur spatial. Tantôt sujet d'actualité ou bien sujet d'histoire, découvrez les enjeux du programme européen Hermès, de la nouvelle Ariane 6, ou encore de la place de l'Europe dans le programme Artémis. Ici, nous parlons des enjeux stratégiques pour notre continent d'utiliser l'espace pour découvrir, innover, et se défendre.

Nous nous retrouvons pour un épisode de La guerre des étoiles consacré à un sujet que nous avons déjà abordé : l’exploitation des ressources extra-terrestres.

Nous avons effectivement déjà parlé des ressources minières sur la Lune et les astéroïdes, ainsi que de l’énergie solaire. Les projets pour le programme Artémis et l’installation d’une base lunaire se précisant, il est intéressant de revenir sur ce sujet et sur l’étape suivante : Mars.

Quelles sont les ressources exploitables sur la Lune et Mars ?

Sur la Lune, l’eau solide est un véritable atout pour l’installation d’une base lunaire, même s’il ne suffit pas de réchauffer les cristaux de glace lunaire pour obtenir une eau potable. Séparer les molécules H2O du reste des gazs solidifiés sera un processus gourmand en énergie, d’où l’intérêt de perfectionner notre utilisation des panneaux solaires, mais l’eau ne se trouve pas partout sur la Lune, on sait qu’il y en a au pôle sud – et il faut aussi prendre en compte le fait que l’ensoleillement lunaire est limité, voir inexistant au fond des cratères.

L’eau sur Mars est aussi un atout : les pôles sont visiblement couverts de glace d’eau, et des coulées d’une sorte de boue humide en fonction des saisons ont été observées, donc on sait qu’il y a de l’eau sur Mars. Il y a aussi très probablement de la glace d’eau sous la surface. Et cette eau permettrait, après séparations des différentes molécules, de fournir de l’eau potable pour des missions habitées voire une base martienne, mais aussi un mélange d’oxygène et d'hydrogène pour respirer dans la base et pour alimenter une fusée au méthane en mélangeant l’hydrogène de l’eau au CO2 de l’atmosphère martienne. Ce qui tombe bien puisque les fusées réutilisables se sont de plus en plus tournées vers le méthane comme carburant –ou “ergol” dans le jargon.

L’installation d’une base lunaire permanente sur la Lune par le programme Artémis s’inscrit dans une logique d’avant-poste pour l’exploration de Mars. Est-il aussi envisageable de produire du méthane avec les ressources lunaires ?

En utilisant les biodéchets humains pour récolter du dioxyde carbone, c’est envisageable. Mais ce qui attire les convoitises, c’est surtout un gaz qui se trouve sur la Lune et quasiment pas sur Terre, l’hélium 3 –dit “lunaire”. C’est un gaz non radioactif qui permet de réfrigérer les infrastructures informatiques comme les serveurs internet et les data centers. Et puisque notre consommation digitale ne va qu’en augmentant et que c’est une source énorme de pollution et de consommation de l’eau – qui est elle-même une ressource de plus en plus rare ; collecter cet hélium 3 sur la Lune serait très intéressant.

Quelles sont les autres ressources à exploiter pour des bases futures ou hypothétiques ?

Le régolithe lunaire, dont on avait déjà parlé, pourrait être utilisé pour construire ou renforcer une base lunaire, à la manière de la neige pour construire un igloo.

En revanche, il faut se méfier du régolithe martien, contrairement à ce qu’on voit dans le livre et film Seul sur Mars.

Nous avions consacré un épisode estival à ce film, réalisé en 2015.

L’auteur du livre publié en 2008, Andy Weir, aussi connu pour son dernier roman qui a également été adapté – Project Hail Mary– est ingénieur de formation et bien renseigné sur plein d’aspects scientifiques de l’exploration spatiale. Mais il y a une erreur majeure qu’on peut noter par rapport à la ressource utilisée pour faire pousser des plants de pommes de terre dans le sol martien dans son oeuvre : c’est que le régolithe martien est empoisonné par des perchlorates, des composés chimiques très toxiques pour le corps humain et qui tueraient très rapidement les astronautes assez courageux ou idiots pour manger quelque chose ayant été en contact avec. Et ce sont des composés qui détruisent les molécules organiques –c’est ce qui rend si difficile les analyses d’échantillons martiens recherchant des traces de vie– et qui présentent un risque énorme de contamination de potentielles bases sur Mars, puisque la poussière en contient et s’infiltrerait très facilement dans les bases.

L’exploration humaine de Mars est donc impossible ?

Mars est comparativement plus habitable que beaucoup de corps de notre système solaire, rien n’est jamais tout à fait impossible avec les technologies et connaissances appropriées. Mais en l’état, ça complique considérablement les explorations et colonisations futures de la planète rouge.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.