La guerre des étoiles

L'histoire du Kennedy Space Center

© NASA L'histoire du Kennedy Space Center
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Tous les mercredis, écoutez Iris Herbelot discuter d'un sujet du secteur spatial. Tantôt sujet d'actualité ou bien sujet d'histoire, découvrez les enjeux du programme européen Hermès, de la nouvelle Ariane 6, ou encore de la place de l'Europe dans le programme Artémis. Ici, nous parlons des enjeux stratégiques pour notre continent d'utiliser l'espace pour découvrir, innover, et se défendre.

Nous nous retrouvons pour un épisode histoire de La guerre des étoiles, consacré au Kennedy Space Center en Floride. C’est le centre spatial historique américain, quelle est son histoire ?

Une histoire intrinsèquement liée à celle du spatial américain et à la NASA, l’agence spatiale américaine. En 1958, le Président américain Eisenhower a créé la NASA, dans un contexte de guerre froide et de course à l’armement et à l’espace avec l’Union soviétique ; et en 1961, la NASA nouvellement créée a demandé des fonds à l’administration Kennedy pour acheter des terrains en Floride sur lesquels construire les infrastructures pour son futur centre spatial. Il y avait déjà des infrastructures existantes de lancements à Cape Canaveral, donc l’île proche de Merritt Island a été choisie. Les premières infrastructures ont été construites rapidement sur Merritt Island, et utilisées pour les navettes spatiales dès la fin des années 60.

Dans notre épisode histoire consacré au centre spatial guyanais de Kourou, vous aviez évoqué les déplacements de populations forcés en raison de la construction du centre spatial. Est-ce que le Kennedy Space Center a une histoire similaire ?

Oui et non. Merritt Island et les différents sites de Floride sur lesquels se sont étendues les infrastructures de lancements de la NASA au fil des années étaient des marécages, non habités par les humains. Donc il n’y a pas eu de relocalisation forcées, mais il y a eu un massacre environnemental irrémédiable. D’autant plus que les espèces endogènes aux marécages de Floride n’ont pas été déplacées, juste exterminées par la destruction de leur habitat naturel. Plusieurs espèces d’oiseaux et possiblement d’insectes ont été décimées, et une sous-espèce de moineaux a complètement disparu à cause de la construction du centre spatial.

L’impact environnemental n’était probablement pas une considération à l’époque, est-ce que la NASA est plus vigilante aujourd’hui ?

Pour faire court, ça dépend. L’administration Trump n’est pas connue pour s’inquiéter des effets incroyablement néfastes de l’activité humaine sur notre environnement ; donc si des chantiers de construction devaient être entamés, les permis seraient délivrés aujourd’hui sans être trop regardant, malheureusement.

La NASA, contrairement à Space X d’Elon Musk, est très prudente sur des aspects environnementaux dans ses programmes scientifiques, puisque dans le cas d’exploration comme pour Mars, il y a beaucoup d’inquiétude quant à la contamination d’un environnement par des bactéries et microbes terriens introduits par erreur dans les échantillons collectés, voire dans l’environnement exploré qui pourraient détruire la faune locale ; c’est notamment un sujet pour l’exploration potentielle un jour des lunes joviennes et saturniennes qui possèdent des océans sous leurs croûtes de glace.

Concernant l’impact environnemental sur Terre, c’est la FAA, l’agence fédérale aéronautique, l’équivalent de la DGAC en France, qui est responsable de limiter les dégâts.

Là aussi, les changements d’administration doivent avoir relâché les cahiers des charges.

Absolument, la préservation de l’environnement n’étant pas du tout une priorité de l’administration Trump. La FAA avait quand même bloqué les autorisations de lancements du Starship de Space X pendant des semaines et des mois il y a quelques années, à cause de l’impact environnemental d’un mastodonte pareil sur la faune et la flore alentour des rampes de lancements.

Après, le problème demeure pour n’importe quel lancement de fusée que les ondes de chaleur, de bruit et de gazs libérés au décollage sont très nocifs pour les plantes, les animaux et les humains à des kilomètres à la ronde. Ce qui est régulièrement soulevé par des associations de préservation de l’environnement aux Etats-Unis, particulièrement en Floride, mais aussi par les familles des personnes qui travaillent dans le secteur spatial dans ces zones-là, et qui sont logées dans des habitations réservées, mais très vulnérables à tous ces types de pollution.

Pourquoi avoir choisi ces terrains pour la construction des infrastructures ?

Différents facteurs sont entrés en jeu : la proximité avec Cape Canaveral notamment, qui avait été choisi lui-même parce que la Floride est l’un des endroits les plus au sud des Etats-Unis, et donc de l’équateur. Et tout comme Kourou a été construit en Guyane pour cette raison, l’équateur est l’endroit sur Terre dont il est le plus facile d’atteindre l’orbite terrestre, puisque notre planète étant une sphère un peu écrasée, on atteint les plus hautes couches de l’atmosphère plus rapidement et facilement. Et contrairement aux infrastructures de lancement au Texas, d’où décollent un nombre important de fusées Space X, l’Océan Atlantique en Floride permet aussi de limiter les retombées sur des zones humaines habitées en cas d’accident juste après le lancement.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.