Tous les mercredis, écoutez Iris Herbelot discuter d'un sujet du secteur spatial. Tantôt sujet d'actualité ou bien sujet d'histoire, découvrez les enjeux du programme européen Hermès, de la nouvelle Ariane 6, ou encore de la place de l'Europe dans le programme Artémis. Ici, nous parlons des enjeux stratégiques pour notre continent d'utiliser l'espace pour découvrir, innover, et se défendre.
Nous nous retrouvons pour cette rentrée 2026 dans La Guerre des étoiles, avec quelques points à faire sur l’actualité spatiale de l’été. Quels ont été les immanquables estivaux dans le secteur spatial ?
En coup de vent, on mentionnera l'éclipse solaire d’août, qui a été totale à certaines latitudes. Beaucoup de personnes ont appris à cette occasion que la Lune s’éloignait très progressivement de la Terre, et que les éclipses totales seraient de plus en plus rares au fil des siècles. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que c’est un processus continu extrêmement lent où la Lune se détache de l’orbite de la Terre, et que l’humanité ne verra jamais la perte de notre satellite, donc pas de panique !
Il y a aussi eu les trois sorties extra véhiculaires de Sophie Adenot, toujours sur l’ISS.
La première sortie extra véhiculaire a d’ailleurs dû être écourtée en raison de difficultés.
L’antenne de communication défaillante fixée à l’extérieur de l’ISS devait être retirée et remplacée en une seule sortie à l’origine, mais les fixations ont résisté trop longtemps pour tout faire d’un coup. Sophie Adenot et son comparse de la NASA Anil Menon ont donc fixé la nouvelle antenne quelques jours plus tard.
Ça illustre bien quelque chose d’assez préoccupant sur l’ISS : la station vieillit et devient même dangereuse dans certains modules, notamment le module russe qui est une véritable passoire à oxygène. Et si les réparations ont toujours fait partie des missions des astronautes à bord, l’état de l’ISS et la multiplication des systèmes défaillants font douter certains que l’ISS puisse continuer d’accueillir des équipages en toute sécurité jusqu’à sa fin programmée en 2030.
L’éclipse solaire et les sorties sur l’ISS ont en tout cas pu être couronnées de succès, ce qui n’est pas le cas d’autres actualités estivales.
Le cas du crash Space X sur la Lune mérite son propre épisode, on en parlera la semaine prochaine. Mais pour ce qui est de la mission de sauvetage d’un télescope d’observation de la NASA, SWIFT, la mission a malheureusement été avortée en août.
Quel est le contexte de cette mission ?
SWIFT est un télescope qui observe les sursauts gamma. Il est assez unique dans son genre, et comme son altitude se dégradait plus rapidement que prévu, une mission de sauvetage a été assemblée en urgence pour envoyer un satellite privé rehausser son orbite et rallonger sa durée de vie. Le satellite Link a été lancé en juillet, et devait utiliser ses bras robotiques pour délicatement attraper le télescope et utiliser le carburant de Link pour le propulser jusqu’à une orbite plus haute.
Qu’est-ce qui a causé l’échec de la mission ?
Link a perdu en stabilité après sa mise en orbite, et même si Katalyst, le fabricant engagé par la NASA, a progressivement réussi à le stabiliser en plusieurs jours, la NASA a décidé d’avorter la tentative et d’utiliser SWIFT autant que possible sur le temps restant plutôt que de prendre le risque de le perdre encore plus tôt que prévu.
Mais la mission n’est pas entièrement un échec quand même !
À quel niveau ?
C’est la première fois qu’une mission de sauvetage comme ça est envisagée, et elle a été montée entièrement, c’est-à-dire de l’attribution du contrat à son lancement, en moins d’un an ! Ça montre une réactivité exceptionnelle qui annonce de belles choses pour l’avenir. En plus, Link ne réhaussera pas l’orbite de SWIFT, mais il va quand même effectuer des manœuvres de rendez-vous avec, ce qui va permettre de tester la faisabilité de telles missions de sauvetage dans le futur. À fortiori dans la mesure où le coût de la mission s’élève à 30 millions de dollars, ce qui est négligeable par rapport au prix d’un télescope spatial, qui coûte des centaines de millions de dollars, voire des milliards. SWIFT avait coûté 250 millions de dollars en 2004 ; on est à 10 milliards pour James Webb. Si un nouveau modèle économique se développe autour des missions de rehaussage d’orbite des télescopes, ce sera non seulement des économies formidables faites pour les agences spatiales, mais aussi des économies environnementales.
Parle-t-on du coût environnemental de fabrication et de lancement des télescopes ?
Oui, mais pas seulement. Quand un satellite ou un télescope est en fin de vie en orbite terrestre, il est progressivement happé par la gravité de la Terre, jusqu’à brûler dans l’atmosphère. Les risques de débris sont négligeables de notre côté de la barrière, mais en se décomposant, ils libèrent des quantités énormes de gazs et minéraux dans l’atmosphère, notamment de l’aluminium, et ça contribue considérablement à nos problèmes climatiques.
Autre danger environnemental, cette fois toujours en orbite, c’est le fameux syndrome de Kessler dont on a déjà parlé. Une théorie catastrophiste mais de plus en plus probable hélas, où la grande poubelle de débris qu’est devenue notre orbite terrestre connaît une suite de collisions en effet boule de neige, qui finit par rendre notre orbite inaccessible et inutilisable pendant des années.
Les missions dans le genre de Link pour SWIFT permettraient d’éviter un scénario catastrophe, donc.
Absolument. En envisageant des missions de ravitaillement et de rehaussement des orbites des satellites et des télescopes, on réduit le nombre de débris spatiaux en orbite terrestre, donc le nombre de destruction dans l’atmosphère et le nombre de collisions potentielles.
En plus, c’est un modèle économique à développer, surtout au vu des méga constellations développées par toutes les puissances spatiales mondiales et les grandes entreprises de télécom.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.