La guerre des étoiles

Les armes dans l'espace

© ESA Les armes dans l'espace
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Tous les mercredis, écoutez Iris Herbelot discuter d'un sujet du secteur spatial. Tantôt sujet d'actualité ou bien sujet d'histoire, découvrez les enjeux du programme européen Hermès, de la nouvelle Ariane 6, ou encore de la place de l'Europe dans le programme Artémis. Ici, nous parlons des enjeux stratégiques pour notre continent d'utiliser l'espace pour découvrir, innover, et se défendre.

Nous nous retrouvons pour un épisode histoire de La guerre des étoiles, qui est dangereusement lié à l’actualité.

On va parler des armes en orbite terrestre aujourd’hui. Ça n’est pas la première fois que des armes à visée offensive – donc conçues pour attaquer – sont placées en orbite, mais depuis la Guerre froide, les Etats restent plutôt discrets sur ce point. Le Secrétaire d’Etat à l’armée de l’air américain, Troy Meink, a pourtant annoncé le 14 septembre dernier que les Etats-Unis disposaient, je cite “d’armes –pluriel– en orbite capables de défendre contre des actions hostiles adverses.”

Quand a commencé la course à l’armement dans l’espace ?

En même temps que la course à l’espace elle-même, pendant la course à l’armement de la guerre froide. Le traité de l’espace de 1967 a interdit de placer des armes de destruction massive et des armes nucléaires en orbite terrestre, c’était dans la lignée des traités de limitation de la prolifération nucléaire sur le plancher des vaches. Mais il y a un flou juridique sur quelles autres armes peuvent être placées en orbite ; surtout dans la mesure où l’espace a toujours été exploité à des fins militaires – même si c’était avant tout comme soutien logistique, de renseignement, et plus récemment pour le pendant digital des conflits hybrides.

Dans le but de conserver son avantage stratégique, les Etats-Unis n’ont pas communiqué sur la nature de l’arme en question. Quels types d’armes ont jusqu’à présent été testées en orbite terrestre ?

En 1974, l’URSS a placé un canon en orbite, à bord de la station militaire Salyut 3. Quand je dis canon, je parle d’une arme de type mitrailleuse qu’on voit sur les tanks pour abattre les avions et les drones.

URSS et secret militaire oblige, a fortiori en pleine guerre froide, les sources divergent sur le modèle exact de l’arme et sur quand et comment elle a été testée. Ce qui est sûr, c’est que les Soviétiques savaient que le recul du canon déplacerait la station et que ce n’était pas une arme viable en orbite, faute de gravité et de résistance de l’air. Mais le canon a été tiré, et la station a été détruite l’année suivante lors de sa réentrée atmosphérique.

Puisque l’on parle de guerre froide, les Américains n’étaient sûrement pas en reste.

C’est le moins qu’on puisse dire ! Dans les années cinquante et début soixante, avant l’interdiction internationale de 1963 à laquelle les Etats-Unis ont adhéré de tester des armes nucléaires en orbite, les États-Unis ont détonné plusieurs ogives nucléaires en orbite ou très haute altitude. Le test le plus connu est Starfish Prime en 1962, qui a été réalisé à 400 km d’altitude, la même que l’ISS aujourd’hui. Starfish Prime a provoqué une onde de choc électromagnétique énorme qui a rendu hors d’usage un tiers des satellites en orbite à l’époque et qui a occasionné une aurore boréale au-dessus du Pacifique, en plus d’interrompre les communications téléphoniques à Hawaii, l’île la plus proche. C’est Starfish Prime qui a suscité le traité de 1963 sur l’interdiction de tester des armes nucléaires en orbite.

Mais faute de régulations sur les autres types d’armes, les Etats disposant d’un accès à l’espace ont continué à expérimenter des armes en orbite après le traité de l’espace de 1967.

Oui, et après la guerre froide également. Il n’est même pas certain que la Russie ait abandonné son projet d’arme nucléaire en orbite – encore une fois, nous vivons dans un monde où les Etats signent un traité international, mais ne se sentent pas contraint de le respecter ensuite. L’avènement de la Chine comme puissance majeure a aussi rebattu les cartes.

Quelles sont les armes testées en orbite aujourd’hui ?

Les armes qui sont placées et testées en orbite ne sont pas pensées pour attaquer la Terre et ses habitants, mais pour un conflit entre satellites – du moins jusqu’à présent. Le plus courant et dommageable jusqu’à récemment était le signal jamming, les perturbations de signaux GPS et de communications qui ont un impact au sol et sur les opérations militaires, mais on est assez loin des ogives nucléaires.

Plus récemment ont été développés des techniques d’abordage de satellites, puisqu’avec la croissance exponentielle du nombre de satellites en orbite et les projets de placer des data centers en orbite, pirater un satellite ou une borne de données pour voler les données qui y transitent ou y sont stockées devient un enjeu sécuritaire majeur.

Les satellites étant un pilier de la guerre moderne, les moyens de les désactiver sont aussi développés, et il y a déjà eu des tests russes d’envoi de projectiles pour endommager un satellite ennemi. Et c’est un énième déclencheur potentiel du syndrome de Kessler que ce genre de test !

Quelles pourraient être les armes mentionnées par les Américains ?

Ça pourrait être des satellites de reconnaissance militaire équipés de caméras pour observer autour d’eux en circuit fermé et qui peuvent envoyer une décharge pour empêcher un abordage ; ce serait un moyen de protéger ce qu’on appelle en anglais le situational space awareness, la capacité à toujours savoir où se trouve quoi en orbite.

Ça pourrait être un virus informatique, un cheval de Troie en cas d’abordage. Ça pourrait être un nouveau système encore plus performant de brouillage des ondes. Ça pourrait aussi être des détonateurs non nucléaires, qui sait.

Une chose est sûre, les Américains ont avancé la deterrence – la dissuasion – comme motif pour révéler cette information, mais il est plus probable que ça suscite une frénésie d’espionnage et une escalade de la militarisation de l’orbite terrestre, plutôt que la peur chez les adversaires des Américains.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.