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Nottingham : Un smart grid exemplaire pour le complexe sportif

Photo de Ebun Oluwole sur Unsplash Nottingham : Un smart grid exemplaire pour le complexe sportif
Photo de Ebun Oluwole sur Unsplash

Une chronique de Christine Le Brun, Experte Smart Cities & Places chez Onepoint, où nous parlerons de villes, d’outils et de technologies numériques, de données, mais aussi des citoyens et de ceux qui font les villes.

Bonjour Christine Le Brun, vous êtes experte en territoires intelligents au sein du groupe Onepoint. La semaine dernière vous avez abordé rapidement la notion de smart grid et pour aller plus loin, aujourd’hui vous allez nous parler d’un de ces projets et nous expliquer concrètement en quoi cela consiste.

Cela méritait en effet une chronique, et vous allez voir que le concept n’est pas si compliqué. Derrière le terme smart grid, il faut comprendre réseau électrique intelligent. Jusque très récemment, le système énergétique était principalement piloté en calant la production sur la consommation. Quand la demande augmente, on produit plus, et inversement. D’où les tensions qui pouvaient apparaître en cas de forte demande, par exemple en période de grands froids. Aujourd’hui, nous sommes dans une période charnière de transition énergétique, justifiée par les impératifs de décarbonation. Afin de limiter le recours aux énergies fossiles comme le pétrole, le fuel ou le gaz, de nombreux usages sont électrifiés, comme la mobilité ou encore le chauffage, via les pompes à chaleur. En parallèle, on développe les énergies renouvelables, comme l’éolien et le solaire. Mais leur particularité est de produire de manière intermittente et décentralisée, et surtout, indépendamment de toute demande ! Tout cela modifie fortement le fonctionnement traditionnel des réseaux électriques. Dans ce contexte de transition, les smart grids combinent les technologies du numérique et de l’électricité pour faciliter l’ajustement et l’optimisation en temps réel de la production, de la distribution et de la consommation d’électricité.

Avec à la clé de nombreux bénéfices n’est-ce pas ?

En effet. En ce qui concerne les énergies renouvelables, Enedis s’engage à ce que que 40 % de la production d’électricité en France soient issus d’énergies renouvelables d’ici 2030. C’est un grand défi car le réseau de distribution d’Enedis accueille aujourd’hui 95 % de l’énergie éolienne et photovoltaïque. Pour les absorber, il doit donc s’adapter, et vite. Cela veut dire, connaitre en temps réel la production d’énergie renouvelable et son injection dans le réseau, et même l’anticiper. Et pour cela, sans surprise, collecter des données et être capable de les consolider pour avoir une bonne vision en continu de l’état de réseau et des flux d’énergie acheminés. C’est l’objet des smart grids. Autre élément intéressant, le fait d’instrumenter les infrastructures permettra également de mieux localiser les dysfonctionnements et de faciliter les opérations de maintenance.

Et du coté des villes alors, qu’est-ce que cela offre comme perspectives ?

En facilitant la gestion des énergies renouvelables, les smart grids favorisent l’autoconsommation, et cela ouvre la porte à des projets innovants à l’échelle de bâtiments ou de quartiers, où l’énergie est produite localement et gérée de manière globale. Ce qu’on cherche à faire, c’est maximiser la flexibilité des réseaux en combinant les usages de manière intelligente. Ces projets, qui visent l’autonomie et la neutralité carbone, mixent étroitement la production photovoltaïque, le stockage, les infrastructures publiques comme privées, ainsi que les solutions de recharge de véhicules électriques.

L’Europe soutient plusieurs de ces projets. Lequel a retenu votre attention ?

Il s’agit de RemoUrban, à Nottingham au Royaume Uni. Il se déploie autour du centre sportif Harvey Hadden qui comprend une piscine et de multiples gymnases et infrastructures sportives, ainsi qu’un stade. C’est devenu une référence en la matière. Le toit de la piscine est équipé de pas moins de 676 panneaux solaires, dont l’électricité est prioritairement autoconsommée sur site. Le dispositif intègre ensuite, dans les sous-sols, un système de stockage sur batteries. Celui-ci permet de stocker l'excédent d’énergie produite et d'optimiser son usage, notamment pour alimenter d’autres bâtiments sur le site, mais aussi un réseau de chaleur, et des bornes de recharge de véhicules électriques.

Si je comprends bien, on a donc une production d’énergie verte locale, mise à disposition de plusieurs usages. Mais est ce qu’ils ne sont pas concurrents entre eux, d’autant que l’énergie solaire, c’est seulement le jour et dépendant de la météo ?

C’est tout à fait exact. C’est là qu’intervient l’intelligence et les outils numériques comme les capteurs, l’IoT et les plateformes de données. Ils recueillent en permanence des informations précises sur la production, la consommation, le stockage et les besoins de mobilité électrique. Cela permet de déprioriser ou d’adapter certains usages selon l’énergie réellement disponible. Par exemple la recharge des véhicules électriques, la climatisation du gymnase ou encore la vitesse de pompage de l’eau de la piscine. En cas d’excédent, les batteries servent de tampon entre la production et la consommation. C’est un vrai réseau électrique à petite échelle, où l’on cherche en permanence à trouver le meilleur équilibre entre tous les paramètres.

Et cet équilibre doit quand même être assez précaire, non ?

Oui et non en fait. En général, dans la majorité des projets smart grids, le réseau historique n’est pas complètement absent de l’équation. Il prend le relais si besoin. Mais le but est d’y avoir recours le moins possible. Pour l’optimisation et l’équilibrage en temps réel, les modèles prédictifs d’intelligence artificielle jouent un rôle important. En observant et en apprenant le comportement des bâtiments, les flux d’énergie et les habitudes des usagers, il est possible d’anticiper encore mieux les besoins, et même de les affiner par exemple en tenant compte de données externes comme les prévisions météo. Et si l’Europe apporte des financements dans ces projets ce n’est pas seulement parce qu’ils sont essentiels pour réussir la transition énergétique. C’est aussi parce qu’ils optimisent l’efficacité des infrastructures électriques européennes et en garantissent la pérennité, malgré la forte électrification des usages. Ainsi, ils contribuent aussi à renforcer notre souveraineté énergétique.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.