Échos d'Europe

"Il est indispensable d’imaginer et de bâtir une Europe compétitive, socialement juste et écologique"

Photo de Natalie Dunn sur Unsplash "Il est indispensable d’imaginer et de bâtir une Europe compétitive, socialement juste et écologique"
Photo de Natalie Dunn sur Unsplash

Michel Derdevet, président du think tank Confrontations Europe revient dans cette chronique hebdomadaire sur les dernières publications de son organisation, notamment de sa revue semestrielle. Énergie, numérique, finances, gouvernance européenne, géopolitique, social, les sujets d'analyse sont traités par des experts européens de tout le continent dont le travail est présenté par Michel Derdevet.

Confrontations Europe a récemment publié un entretien avec Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, consacré aux grands enjeux économiques et sociaux de l’Union européenne. Dans cet épisode d’Échos d’Europe, Michel Derdevet revient sur la question de la compétitivité européenne, au cœur des débats actuels à Bruxelles.

Marylise Léon défend une vision très critique de la compétitivité telle qu’elle est pensée aujourd’hui en Europe. Pourquoi estime-t-elle que cette approche est problématique ?

Le constat est clair : la compétitivité est encore trop souvent réduite à une logique de baisse des coûts, en particulier du coût du travail.

Or, dans un contexte marqué par des crises imbriquées - économiques, sociales, écologiques et géopolitiques - cette vision apparaît dépassée.

Chercher à être compétitif en s’alignant sur le moins-disant social ou environnemental reviendrait à entrer dans une concurrence perdue d’avance face aux grandes puissances mondiales.

À l’inverse, Marylise Léon défend une autre approche : une compétitivité fondée sur l’investissement, la qualité de l’emploi et la capacité à répondre aux besoins essentiels des citoyens, comme se loger, se nourrir, se soigner ou se déplacer.

Autrement dit, il ne s’agit plus de produire moins cher, mais de produire mieux.

L’entretien critique également certaines orientations récentes de l’Union européenne, notamment en matière de simplification. Pourquoi cette notion pose-t-elle problème ?

La simplification des normes européennes est aujourd’hui au cœur de l’agenda politique, notamment dans le prolongement du rapport Draghi.

Mais l’entretien alerte sur un risque : celui de transformer cette simplification en dérégulation.

En réduisant certaines exigences en matière sociale ou environnementale, l’Union pourrait fragiliser à la fois la résilience des entreprises et la protection des travailleurs.

Cela reviendrait à affaiblir ce qui fait justement la spécificité du modèle européen.

L’idée défendue est donc claire : simplifier oui, mais sans renoncer aux objectifs de durabilité, de justice sociale et de responsabilité économique.

Selon cette analyse, quels sont les véritables leviers de compétitivité pour l’Europe aujourd’hui ?

Contrairement aux idées reçues, le principal problème de l’Europe ne serait pas le coût du travail, mais un manque chronique d’investissement.

Les règles budgétaires actuelles limitent la capacité des États à financer des infrastructures, à soutenir l’innovation ou à accompagner la transition écologique.

L’entretien insiste également sur un point souvent négligé : des salaires décents peuvent être un levier de compétitivité. Ils stimulent la demande, encouragent l’innovation et favorisent la montée en compétences des travailleurs.

À l’inverse, les politiques de modération salariale et de distribution excessive des profits aux actionnaires peuvent freiner la productivité à long terme.

La compétitivité passerait donc avant tout par l’investissement, la qualité du travail et une meilleure répartition des richesses.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.

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