Michel Derdevet, président du think tank Confrontations Europe revient dans cette chronique hebdomadaire sur les dernières publications de son organisation, notamment de sa revue semestrielle. Énergie, numérique, finances, gouvernance européenne, géopolitique, social, les sujets d'analyse sont traités par des experts européens de tout le continent dont le travail est présenté par Michel Derdevet.
Dans cet épisode d’Échos d’Europe, Michel Derdevet revient sur un article de François Kalfon, député européen du groupe S&D, provenant de la dernière revue publiée par Confrontations Europe et consacrée à la souveraineté technologique européenne. À travers cette analyse, il alerte sur le décrochage économique et industriel de l’Union européenne face aux États-Unis et à la Chine, tout en proposant plusieurs pistes pour renforcer la compétitivité du continent.
Pourquoi François Kalfon estime-t-il que l’Europe est aujourd’hui en situation de décrochage technologique ?
Les constats dressés par le rapport Draghi sont sans appel. L’écart de richesse entre l’Union européenne et les États-Unis s’est considérablement creusé au cours des vingt dernières années. Alors que les grandes entreprises américaines dominent les secteurs stratégiques de l’innovation, l’Europe peine à faire émerger des champions capables de rivaliser à l’échelle mondiale.
Cette situation est particulièrement visible dans le domaine de l’intelligence artificielle, où les entreprises européennes restent largement minoritaires face à leurs concurrentes américaines. Il ne s’agit plus simplement d’un retard à combler, mais d’un véritable risque de déclassement économique et technologique.
Quels sont les principaux facteurs qui expliquent cette perte de compétitivité ?
On peut identifier plusieurs faiblesses structurelles. D’abord, l’Europe investit moins que ses principaux concurrents dans la recherche et le développement. Les financements consacrés à l’innovation restent insuffisants pour soutenir l’émergence de technologies de rupture et accompagner la croissance des entreprises innovantes.
Ensuite, l’Union européenne souffre d’une dépendance industrielle croissante dans des secteurs stratégiques comme les semi-conducteurs, les batteries ou encore les technologies numériques. Malgré les plans de soutien mis en place ces dernières années, les investissements américains et chinois demeurent largement supérieurs.
Aussi, l’Europe reste souvent attachée à une logique de libre-échange alors que ses concurrents n’hésitent pas à protéger leurs industries et à soutenir massivement leurs entreprises nationales.
Quelles solutions propose-t-il pour renforcer la souveraineté technologique européenne ?
Pour François Kalfon, l’Europe doit désormais passer du diagnostic à l’action. Il plaide notamment pour une politique industrielle plus ambitieuse, capable de soutenir les secteurs stratégiques et de favoriser l’émergence de champions européens.
L’une de ses propositions consiste à conditionner davantage les aides publiques et les marchés stratégiques à la production européenne, notamment dans les domaines de la défense, de l’énergie et des transports. L’objectif est de renforcer les capacités industrielles du continent tout en réduisant certaines dépendances extérieures.
Il appelle également à accroître les investissements dans l’innovation et les technologies d’avenir, notamment à travers des financements européens communs. Selon lui, la souveraineté technologique ne relève plus seulement d’un enjeu économique : elle constitue désormais une condition essentielle de l’autonomie stratégique et de la puissance européenne dans le monde.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.