Il était une fois l'Europe

Le couple Mitterrand–Kohl, de Stuttgart à Verdun

© Union européenne Le couple Mitterrand–Kohl, de Stuttgart à Verdun
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Dans Il était une fois l'Europe, l'historien Sylvain Schirmann revient sur des dates emblématiques de l'Histoire de l'Europe toutes les deux semaines sur Euradio

En 1981, l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand marque une rupture en France. C’est la première alternance à Gauche de la 5ème République. La politique économique du nouveau gouvernement tranche avec celle de ses partenaires européens.

Face à lui, depuis 1982, le chancelier allemand Helmut Kohl affiche lui une ligne plus classique et se présente comme l’héritier de la tradition pro-européenne d’un Konrad Adenauer avec pour ambition de réformer les institutions européennes.

Sylvain Schirmann, quand on se replace à ce moment-là, dans quel état se trouvent les Communautés européennes et qu’est-ce qui explique que la relation est difficile, au début, entre les deux dirigeants ?

Au début des années 1980 la relation franco-allemande est difficile. L’arrivée au pouvoir de F. Mitterrand et sa volonté de relance de l’Europe par le social ne convient pas au chancelier Schmidt. Une déclaration Genscher- Colombo de novembre 1981 envisage une relance d’une Europe politique sur la base d’un marché ce qui déplait à Mitterrand. Ce qui gêne également Paris c’est l’hostilité d’une opinion allemande à l’installation des Pershing sur le sol allemand. Lorsque Kohl arrive aux affaires en octobre 1982, il hérite de ces différents : divergences de vue sur l’Europe et nécessité de trouver une issue à la crise des euromissiles.


On observe pourtant un tournant entre 1983 et 1984, notamment avec le Conseil européen de Fontainebleau Quel rôle joue concrètement le rapprochement entre Mitterrand et Kohl dans cette relance ? Et en quoi ce sommet marque-t-il une étape décisive pour débloquer la situation ?

C’est au premier semestre de l’année 1983 que le rapprochement se fait entre les deux hommes. Pour fêter le 20ème anniversaire du traité de l’Elysée, Mitterrand prononce le 22 janvier 1983 un discours au Bundestag dans lequel il défend clairement la nécessité d’installer les Pershing en Allemagne, un soutien importnat pour Kohl qui contribue à son succès électoral de mars 1983. En choisissant en mars 1993 de rester dans le SME, alors que le France est attaqué, Mitterrand obtient le soutien de Kohl pour un réajustement des parités au sein du SME, et notamment une réévaluation du DM. Ces deux pas rendent possible une relance de l’Europe autour du couple franco-allemand. A Stuttgart en juin 1983, la relance est décidé avec la mention d’une perspective d’Europe politique et un nouvel acte européen. A Fontainebleau un an après, les deux hommes sont à la manœuvre pour nommer Delors à la tête de la Commission et mettre en place les instruments qui vont le processus qui conduit à l’Acte unique.


Et puis il y a cette image, le 24 septembre 1984, à Verdun, François Mitterrand et Helmut Kohl se tiennent la main devant l’ossuaire de Douaumont. Au-delà du symbole, que dit ce geste de la relation franco-allemande et du moment européen qu’elle incarne ?

Ce geste symbolique spontané a une portée importante. Cela se passe d’abord à Verdun, lieu de la bataille la plus meurtrière de la Première Guerre mondiale, dans une ville où s’est opéré le partage de l’empire de Charlemagne. Ce geste rappelle la portée, le sens de la construction européenne : la pacification des relations entre des ennemis historiques. C’est une incarnation de l’Europe c’est la paix. Ce geste dépasse la simple réconciliation franco-allemande et étend celle-ci à l’échelle entière de l’Europe communautaire, mais aussi de l’Europe tout court. Mais il montre également que c’est la mission conjointe de la France et de l’Allemagne de la faire advenir cette Europe pacifiée. C’est ainsi le retour du moteur franco-allemand à la tête de ce projet.


De Stuttgart à Fontainebleau, jusqu’à Verdun, la confiance revient. Une dynamique qui va ouvrir la voie à une nouvelle étape décisive pour l’Europe. Une étape portée par un homme, Jacques Delors. Rendez-vous dans notre prochain épisode : “Il était une fois l’Europe : Jacques Delors, de l’Acte unique au marché unique.”

Un entretien réalisé par Olivier Singer.