Il était une fois l'Europe

1979 : la première élection du Parlement européen au suffrage universel

Parlement européen, 1979. 1979 : la première élection du Parlement européen au suffrage universel
Parlement européen, 1979.

Dans Il était une fois l'Europe, l'historien Sylvain Schirmann revient sur des dates emblématiques de l'Histoire de l'Europe toutes les deux semaines sur Euradio

Le 7 et le 10 juin 1979, pour la première fois, des millions d’Européens glissent un bulletin dans l’urne pour élire leurs représentants à Strasbourg. Jusque-là, le Parlement n’était qu’une assemblée de délégués nationaux. Le Parlement européen devient une institution élue, incarnée par une figure forte : Simone Veil.

Sylvain Schirmann, avant 1979, quel rôle joue l’assemblée parlementaire européenne, et comment l’idée d’une élection au suffrage universel fait-elle son chemin ?

L’assemblée parlementaire a une fonction de contrôle de la Commission et de vote du budget. En 1962, elle-même par une résolution s’auto-proclame Parlement européen. Son élection est demandée dès les premiers temps de la construction européenne par de nombreux responsables et mouvements politiques (Mouvement européen, Spinelli, Robert Schuman s’était déjà dès les années 50 en faveur d’une telle élection). Au lendemain de la relance de La Haye la question d’une Europe politique s’invite à nouveau dans la discussion, et avec elle le sujet de l’élection du PE au suffrage universel, surtout si l’on veut progresser vers une Europe puissance. C’est au sommet de Paris en 1974 (les 9/10 décembre 1974) que se prend la décision de faire élire les députés européens au suffrage universel, mais selon des modalités nationales.

En juin 1979, cette première élection au suffrage universel direct constitue un moment politique inédit. Concrètement, comment se déroule cette première élection européenne et pourquoi est-elle politiquement si marquante ?

Il faut souligner que la participation -compte tenu des élections suivantes est élevée et que des responsables politiques de premier plan se présentent, le mandat européen n’étant pas incompatible avec un mandat national. Parmi ses personnalités on peut penser à Willy Brandt, Jacques Chirac ou encore Simone Weil. A l’exception du RU (7 juin), le scrutin se déroule le même jour (10 juin). Elle est politiquement importante, car l’institution strasbourgeoise renforce sa légitimité et son mode de désignation amène sur le devant de la scène le citoyen européen, ce qui interroge ce concept de citoyenneté plurielle.

Malgré cette avancée démocratique, le Parlement européen reste en 1979 une institution aux pouvoirs très limités. En quoi cette élection prépare-t-elle malgré toute la montée en puissance progressive du Parlement européen ?

Un parlement élu ne peut que s’affirmer car il est revêtu du sceau de l’onction des urnes. D’emblée ce parlement s’affirme : rejet du budget proposé par la Commission à l'automne 1979, puis audition du président de la Commission et lancement d’un projet constituant pour l’Europe avec Spinelli et le Club du Crocodile. Il affiche des symboles forts : élection d’une femme, Simone Veil, à la présidence, accueil de chefs d’Etat étrangers, comme Sadate ou encore s’invite sur les sujets relatifs aux droits de l’homme. Il commence à nouer des relations avec les parlements nationaux et étrangers, si l’on veut bien se souvenir du voyage de Simone Weil au Congrès américain. Cette montée en puissance est fixée par les traités dès l’Acte unique de 1986.

L’élection au suffrage universel direct ne donne pas encore au Parlement européen tous les atours d’un Parlement national mais sa la légitimité est née. Le Parlement européen entre dans l’histoire par les urnes.

Quelques années plus tard, un autre geste marquera l’Europe, la poignée de main de François Mitterrand et Helmut Kohl à Verdun sujet de notre prochaine chronique.

Un entretien réalisé par Olivier Singer.