Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.
Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de la plateforme d’investissement digitale Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance.
Bonjour Marc. Les résultats trimestriels de Meta viennent de tomber. Et il y a quelque chose de frappant : le groupe affiche une croissance toujours très forte, mais son action a chuté en Bourse. Comment expliquer ce paradoxe ?
Commençons par le rappel des faits. Meta, la maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp, a augmenté son chiffre d’affaires de 26 % en un an, à près de 65 milliards de dollars. Ses résultats sont donc très solides. Mais les investisseurs se posent désormais une autre question : combien cette croissance va-t-elle coûter, et est-ce que les investissements dans l’IA finiront par rapporter suffisamment ?
Autrement dit, les marchés ne doutent pas de la croissance de Meta, mais de sa capacité à rentabiliser ses investissements dans l’IA ?
Exactement. Depuis deux ou trois ans, l’intelligence artificielle est présentée comme une révolution technologique majeure, qui va transformer des pans entiers de l’économie et générer des profits considérables. Les investisseurs ont accepté de valoriser très cher les entreprises qui se positionnent sur ce marché. Mais aujourd’hui, ils veulent des preuves plus concrètes. La promesse ne suffit plus : il faut commencer à montrer les revenus et les bénéfices qu’elle permettra de générer.
Et dans le cas de Meta, les montants en jeu sont vertigineux.
Oui. Le groupe prévoit désormais de consacrer jusqu’à 145 milliards de dollars à ses investissements en 2026, principalement pour développer ses infrastructures informatiques et ses capacités en intelligence artificielle. Cela signifie des centres de données, des serveurs et des puces très coûteuses. Et ce ne sont pas des dépenses ponctuelles : pour rester dans la course, il faudra continuer à investir massivement dans les années à venir.
Mais Meta n’est pas une start-up qui brûle de l’argent sans avoir de revenus. Son activité publicitaire est extrêmement rentable.
C’est un point essentiel. Meta dispose d’un immense avantage : des milliards d’utilisateurs et une activité publicitaire qui génère déjà des dizaines de milliards de dollars de revenus chaque trimestre.
Mais il y a une différence entre améliorer une activité existante et créer une nouvelle activité suffisamment rentable pour justifier des investissements de cette ampleur. C’est sur ce deuxième point que les incertitudes restent importantes.
Est-ce que cela signifie que les investisseurs commencent à douter de l’intelligence artificielle elle-même ?
Non. Il faut distinguer la technologie et les entreprises qui investissent dans cette technologie. L'IA peut transformer profondément l'économie, sans que toutes les entreprises qui y consacrent des milliards gagnent beaucoup d'argent.
C'est un mécanisme assez classique dans les grandes révolutions technologiques : les infrastructures sont construites très vite, les attentes sont considérables, mais la rentabilité se révèle parfois plus lente ou plus faible que prévu.
On a déjà connu ce scénario avec Internet, n’est-ce pas ?
Tout à fait. À l'époque, les investisseurs avaient anticipé une transformation profonde de l'économie. Ils avaient raison sur le fond : Internet a effectivement bouleversé les entreprises et les modes de vie. Mais ils avaient parfois payé beaucoup trop cher des sociétés dont le modèle économique n'était pas viable.
Ceci dit, la comparaison a ses limites, car les grands groupes technologiques d'aujourd'hui disposent de revenus, de clients et de moyens financiers bien plus importants.
Finalement, sommes-nous en train de passer d'une période d'euphorie à une période où les investisseurs deviennent plus exigeants ?
C'est exactement cela. Pendant un temps, il suffisait presque de dire qu'une entreprise investissait dans l'intelligence artificielle pour susciter l'enthousiasme. Désormais, les investisseurs veulent comprendre le retour sur investissement.
L'IA reste une technologie majeure, avec un potentiel considérable. Mais une technologie prometteuse ne garantit pas automatiquement des profits élevés pour toutes les entreprises qui s'y exposent. La question n'est plus seulement de savoir qui sera capable de développer les meilleurs modèles, mais aussi qui saura en tirer une activité rentable.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.