Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.
Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de la plateforme d’investissement Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc.
On parle beaucoup de l’introduction en bourse de SpaceX. Qu’on désigne aussi par l'abréviation IPO. Pour nos auditeurs, c’est quoi exactement une IPO ?
Une IPO, ou introduction en bourse, c’est le moment où une société privée vend pour la première fois une partie de son capital au public sur les marchés. Pour rappel, la très grande majorité des entreprises ne sont pas cotées en bourse, mais le grand public a tendance à mieux les connaître. En France, les plus grandes sociétés cotées s'appellent LVMH, BNP Paribas ou encore Total Energies.
Pourquoi une société comme SpaceX décide-t-elle de s’introduire en bourse ?
En pratique, cela permet à l’entreprise de lever des fonds, de donner de la liquidité à ses actionnaires historiques, et de rendre ses actions disponibles à un énorme bassin - mondial - d’investisseurs potentiels. Dans le cas de SpaceX, l’opération serait particulièrement spectaculaire, avec une valorisation qui pourrait se situer aux alentours de 1750 milliards de dollars, ce qui en ferait la plus importante IPO de l’histoire.
Pourquoi cette IPO serait-elle si particulière ?
Parce que SpaceX n’est pas une entreprise comme les autres. C’est un champion industriel et technologique, mais aussi une société très concentrée autour d’Elon Musk, avec un contrôle capitalistique et un pouvoir de décision atypiques. Le dossier mêle donc finance, technologie, exploration spatiale et gouvernance d’entreprise. Et quand je parle de dossier, c’est bien le terme. Avant toute introduction en bourse, toute société candidate doit publier un énorme document qui décrit dans le détail ses activités, ses ambitions et les risques qui y sont associés. Dans le cas de SpaceX il s’agit tout simplement d’établir la colonisation humaine permanente de la planète Mars.
C’est ambitieux mais aujourd'hui encore hypothétique. Au fond, pourquoi les marchés accordent-ils une telle valeur à SpaceX ?
Parce que les investisseurs ne valorisent pas seulement les revenus d’aujourd’hui, ils valorisent aussi une option stratégique sur l’avenir. SpaceX combine des activités déjà rentables, comme les lancements de satellites, avec une dimension de croissance énorme liée à Starlink et à l’infrastructure spatiale. La valorisation reflète aussi une rareté: il y a très peu d’actifs cotés capables d’offrir à la fois de la croissance, une position dominante et un récit industriel aussi puissant.
Il semblerait que le calendrier de l’opération soit symbolique, visant une fenêtre en juin. De quoi s’agit-il ?
C’est intéressant, oui, parce que cela montre à quel point SpaceX est devenue une opération presque narrative. L’entreprise envisage une fenêtre de juin, associée à un alignement de certaines planètes et à l’anniversaire de Musk. Mais, dans les faits, le vrai calendrier d’une IPO dépend surtout des conditions de marché, de la demande des investisseurs et du prix de l’action.
Concrètement, comment se préparent les investisseurs institutionnels et les fonds passifs ?
Les institutionnels vont devoir décider s’ils veulent être de la partie. Pour beaucoup, ce sera une participation quasi obligatoire, parce qu’une IPO de cette taille peut devenir une ligne de référence dans les portefeuilles globaux. Les fonds passifs, dont notamment les fonds indiciels et les fameux ETF, eux, auront une réaction mécanique: s’ils doivent répliquer un indice qui inclut SpaceX, ils devront acheter. Et en miroir, ils devront vendre les titres qui sortent d’indice ou dont la pondération baisse. Cela crée à la fois des acheteurs forcés et des vendeurs forcés, indépendamment de l’opinion de gestion.
Et pour un investisseur individuel, comment se positionner sur une IPO comme celle-là ?
Avec prudence. Une IPO très attendue attire souvent beaucoup d’émotion et de spéculation dès les premiers jours de cotation. Un investisseur individuel doit d’abord se demander s’il veut acheter l’histoire, ou le prix, ce qui n’est pas la même chose. Le plus sage est souvent d’attendre quelques séances pour voir où le titre se stabilise. Mais si vous souhaitez vous positionner, le mieux est de contacter votre banque afin de placer un ordre. Attention, cet ordre pourra être servi ou pas, selon la procédure d’allocation de titres qu’adopte la société avec ses conseils financiers en cas de sur-souscription.
Donc il faut éviter l’achat impulsif ?
Absolument. Une IPO peut être très séduisante, mais elle s’accompagne souvent d’une forte volatilité, d’une offre initiale limitée et d’un prix qui reflète déjà beaucoup d’optimisme. Pour un particulier, l’enjeu n’est pas d’être le premier à acheter, mais d’être exposé intelligemment, avec une taille de position raisonnable et une vraie discipline de long terme.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.