Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.
Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de la plateforme d’investissement Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc.
En avril, les marchés ont été particulièrement animés par deux publications de résultats trimestriels très contrastées : Alstom d'un côté, L'Oréal de l'autre. Les chiffres sont saisissants.
Oui, et ils illustrent parfaitement la puissance des résultats financiers sur les cours de bourse. Commençons par Alstom. Le 17 avril, après la publication de résultats préliminaires décevants — une rentabilité inférieure à ses propres prévisions et l'abandon de ses objectifs à moyen terme — le titre a plongé de près de 30 % en une seule séance, tombant autour de 16 euros. À l'exact opposé, L'Oréal a publié le 22 avril un chiffre d'affaires trimestriel de 12,15 milliards d'euros, avec une croissance de 6,7 % en données comparables ajustées, nettement au-dessus du consensus des analystes qui tablaient sur 5,7 %. Les ventes en Chine ont bondi et les consommateurs continuent de faire des achats plaisir de produits de beauté. Le lendemain, le titre bondissait de 8,3 % à l'ouverture de la Bourse de Paris.
Deux réactions radicalement opposées en l'espace de quelques jours. Mais Marc Tempelman, on nous répète souvent qu'investir en actions, ça se fait sur le long terme. Alors pourquoi s'intéresser à des résultats qui ne couvrent que trois mois ?
C'est LA bonne question ! Et vous avez tout à fait raison de soulever ce paradoxe. Quand on investit dans des actions ou dans un fonds actions, l'horizon pertinent, c'est plusieurs années — cinq ans, dix ans, parfois plus. Sur cette durée, les fluctuations trimestrielles semblent presque anecdotiques. Alors oui, on pourrait se dire : à quoi bon se préoccuper de trois mois d'activité ?
Et donc, quelle est la réponse ?
La réponse, c'est que les résultats trimestriels ne sont pas là pour nous dire quoi faire dans l'immédiat. Ils sont là pour nous permettre de valider — ou d'invalider — notre thèse d'investissement de long terme. Quand vous achetez une action, vous pariez sur quelque chose : la croissance future d'une entreprise, la solidité de son modèle, sa capacité à résister à la concurrence. Chaque trimestre, vous avez en quelque sorte un bulletin de notes intermédiaire. Est-ce que l'entreprise avance dans la bonne direction ? Est-ce que les fondamentaux tiennent ?
Ce qui expliquerait alors les grandes variations qu'on observe ?
Exactement. Ces mouvements violents ne surviennent pas par hasard. Ils se produisent précisément quand une thèse d'investissement est invalidée ou confirmée de façon éclatante. Dans le cas d'Alstom, le marché misait sur un redressement progressif du groupe après plusieurs années difficiles : la révélation d'une marge inférieure aux objectifs et l'abandon des cibles à moyen terme ont brisé net cette conviction. Toute une vision collective s'est effondrée en quelques heures, et le cours a suivi. À l'inverse, L'Oréal a confirmé sa capacité à surperformer ses concurrents du luxe dans un contexte pourtant incertain, ce qui a renforcé — ou même amplifié — la thèse des investisseurs convaincus du potentiel long terme du groupe.
Alors quel conseil donneriez-vous à l'épargnant qui voit ces mouvements et qui est tenté de réagir dans la foulée ?
Je lui dirais : méfiez-vous de vos émotions. Le plus grand ennemi de l'investisseur de long terme, c'est la réaction impulsive. Voir son portefeuille baisser de 20 ou 30 % en une seule séance, c'est inconfortable, voire effrayant. Mais vendre dans la panique, c'est souvent cristalliser une perte qui n'est peut-être que temporaire. La bonne attitude, c'est de se poser calmement la question : est-ce que ce résultat remet fondamentalement en cause ma conviction de long terme sur cette entreprise ? Si la réponse est non, il faut souvent rester le cap. Et si la réponse est oui — comme ça peut parfois l'être —, alors une remise en question s'impose, mais de façon réfléchie, pas dans la fièvre des 48 heures qui suivent l'annonce.
En résumé, Marc, les résultats trimestriels : utiles ou pas ?
Utiles, absolument — mais à condition de les lire avec les bons yeux. Ce sont des jalons précieux pour l'investisseur rationnel qui veut vérifier que sa thèse de long terme reste solide. Ce qu'ils ne doivent surtout pas être, c'est un déclencheur de décisions émotives et précipitées. En bourse, la patience est souvent la stratégie la plus rentable, et le temps long, votre meilleur allié.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.