Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.
Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de la plateforme d’investissement Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc.
JPMorgan s'apprête à lancer sa banque de détail digitale, sous le nom de Chase, en Allemagne dans les prochaines semaines. Pourquoi est-ce un événement majeur pour l’univers bancaire en Europe ?
C'est un événement majeur pour une raison simple : JPMorgan, c'est la plus grande banque du monde par capitalisation boursière. Elle vaut 7,5 fois BNP Paribas et gère plus de 4 600 milliards de dollars d'actifs. Quand elle décide d'entrer sur le marché de la banque de détail en Europe continentale, personne ne peut faire semblant de ne pas l'avoir vu venir. Et ce qui est frappant, c'est la méthode : pas de succursales, pas d'agences. Tout digital. Juste une application, un compte d'épargne, et la puissance d'une marque mondiale.
Justement, pourquoi commencer par un simple compte d'épargne ? C'est ambitieux comme produit d'entrée ?
C'est au contraire extrêmement malin. Le responsable de l'opération en Allemagne, Daniel Llano Manibardo, l'explique très clairement : l'épargne est le produit « hameçon ». Une fois que le client entre pour le livret, la banque peut élargir progressivement son offre : compte courant, carte de débit, crédit, investissements. C'est exactement ce qu'a fait ING, la banque néerlandaise, il y a vingt ans en Allemagne. Elle est arrivée avec un compte épargne en ligne, sans agences, et elle est aujourd'hui la troisième banque de détail du pays. McKinsey le dit très bien : « L'épargne est souvent le produit d'entrée. Une fois que les clients rejoignent, les banques peuvent élargir l'offre. » JPMorgan suit le même manuel de jeu. Au passage, et très modestement, c’est aussi la stratégie déployée par Cashbee, qui a lancé son application en commençant par proposer un livret bancaire, pour étendre sa gamme de produits à une palette complète d’alternatives d’investissement.
Mais le marché allemand, c'est précisément l'un des plus difficiles d'Europe. Deutsche Bank avec 19 millions de clients, Commerzbank et ING avec plus de 10 millions chacune, sans parler des milliers de Sparkassen locales. La concurrence y est féroce.
Vous avez tout à fait raison. Jamie Dimon, le PDG de JP Morgan lui-même avait dit en 2022 que ce serait « une bataille ». Le marché allemand est fragmenté, les clients sont particulièrement fidèles à leur banque locale, et les marges sont fines. Mais regardez ce que Chase a accompli en partant de zéro au Royaume-Uni en 2021. Elle y compte aujourd’hui 2,5 millions de clients, près de 30 milliards de dollars de dépôts, et un premier bénéfice réalisé en 2024. Cinq ans pour atteindre la rentabilité dans un marché ultra-concurrentiel face à Lloyds, NatWest, Monzo, Starling, et Revolut, ce n'est pas rien. Et les leçons apprises au Royaume-Uni vont considérablement accélérer le déploiement en Allemagne.
Chase se lance en Allemagne. Quelle est l'implication pour la France ?
JPMorgan est en France depuis très longtemps, sur ses activités de banque d'investissement, de banque privée, de gestion d'actifs. Mais en banque de détail, rien. Or Dimon l'a dit en 2023 au journal allemand Handelsblatt : « Nous avons toujours voulu introduire Chase non seulement au Royaume-Uni, mais aussi en Allemagne et dans d'autres pays européens. Nous avons des plans ambitieux. » Les « autres pays européens », c'est la France. Ce n'est pas un scoop, c'est la logique même de leur stratégie. L'Allemagne est le marchepied continental. La France sera la prochaine étape.
Mais la France, c'est un marché encore plus protégé que l'Allemagne, non ?
Plus conservateur, certainement. Mais regardez ce qui s'est déjà passé : Revolut revendique des millions d'utilisateurs en France. N26, fondée à Berlin en 2013, a percé. Les fintechs françaises grignotent des parts de marché, alors qu’elles ne disposent que de budgets modestes pour se faire connaître. La banque digitale, c'est déjà une réalité pour les Français. La vraie question n'est pas de savoir si Chase va venir en France, elle viendra. La question est : les banques françaises ont-elles le temps de se préparer ? Chase arrivera avec un budget technologique annuel de 17 à 18 milliards de dollars, c'est plus que le résultat net de certaines de ces banques.
Un entretien réalisé par Laurence Aubron.