L'éco de Marc Tempelman

La volatilité de l'or

Photo de Jingming Pan sur Unsplash La volatilité de l'or
Photo de Jingming Pan sur Unsplash

Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.

Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de la plateforme d’investissement Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc.

L’or et l’argent ont flambé ces derniers mois, puis ont violemment corrigé la semaine dernière. Pouvez‑vous d’abord replacer ces mouvements dans leur contexte ?

Depuis 18 mois environ, on assiste à l’un des rallyes les plus marquants sur les métaux précieux depuis des décennies, nourri par les incertitudes géopolitiques, les doutes sur la trajectoire monétaire et la faiblesse du dollar. L’or a inscrit une série de records historiques.​

Qu’est‑ce qui a alimenté la hausse de l’or ?

Le mouvement de hausse a sans doute été initié par les achats soutenus de la part de nombreuses banques centrales, notamment par la Chine et l’Inde, qui ont souhaité se désensibiliser du Dollar. Les tensions géopolitiques persistantes ont stimulé la recherche de valeurs refuges par les investisseurs particuliers. La combinaison de ces facteurs ont poussé le prix de l’once d’or, de record en record.

Et l’argent ? Son mouvement a été encore plus spectaculaire.

L’argent, c’est un peu l’or sous stéroïdes. Il a bénéficié de la même dynamique macro — refuges, dollar plus faible — mais avec en plus un important volet industriel, lié notamment au solaire, à l’électrification et à l’électronique. Cette double casquette, à la fois monétaire et industrielle, le rend très sensible à la fois à la peur macroéconomique et aux anticipations de croissance et de transition énergétique.​

Parlons de la baisse récente. Pourquoi une telle correction après une phase aussi haussière ?

On était clairement entré dans une phase de marché très tendue, presque euphorique. Les prix avaient pris une trajectoire quasi parabolique, les positions spéculatives étaient très chargées. Depuis le début de l’année, le prix de l’once d’or est passé de 4 300 à 5 600 $/once … avant de décliner brutalement et chuter à 4 600 $/once. Le déclencheur immédiat a été la nomination par Donald Trump de Kevin Warsh comme prochain président de la Fed. Monsieur Warsh est gouverneur d’une banque fédérale et un économiste très respecté. Ce choix très orthodoxe a réduit les craintes de bon nombre d’investisseurs, ce qui a soutenu le dollar et a totalement renversé le sentiment vis-à-vis de l’or, qui a subi d’importantes prises de bénéfices.

À quel point le mouvement vous paraît‑il violent ?

Il s’agit sans doute d’une correction brutale, car en une journée l’or a perdu 11%, et l’argent plus de 20%. Mais en prenant un peu de recul, par rapport au début de l’année, les deux métaux sont encore bien en hausse. Et cela après une année 2025 fulgurante. La vraie question est donc de savoir s’il s’agit d’une pause dans une tendance haussière, ou s’il s’agit de la fin du cycle de hausse​.

Vous me devancez, mais quelle est donc, selon vous, la réponse à cette question ?

C’est difficile à dire, mais je vais mouiller ma chemise. À ce stade, je parlerais davantage de pause que de retournement structurel, même si la volatilité peut rester élevée à court terme. Les forces de fond, telles que les déficits budgétaires, les conflits géopolitiques possibles - je pense notamment à l’Iran -, et les achats par les banques centrales — ne se sont pas évaporées en une séance. En revanche, le sentiment de marché devait être purgé : après une telle envolée, les investisseurs avaient besoin d’un rappel que ces actifs peuvent corriger violemment et qu’il ne faut jamais extrapoler une ligne droite.​

Pour conclure l’échange, le mot de la fin ?

L’or continue d’être perçu comme une valeur refuge. Sa valeur dépend donc du niveau de peur et d’incertitude qui règne sur les marchés financiers. Mais l’or, contrairement à une action, ou une obligation ou un investissement immobilier, ne rapporte rien. Il ne délivre aucun revenu.

Donc si vous craignez un retournement des marchés actions, et de fortes turbulences sur les marchés financiers, avoir un peu d’or dans son portefeuille “au cas où” peut faire sens.

Mais attention, la performance récente de cette classe d’actif ne dit rien sur sa performance future et, statistiquement, les marchés financiers et les investisseurs sont bien plus souvent optimistes que pessimistes. Heureusement d’ailleurs.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.