L'éco de Marc Tempelman

Les mutuelles, un modèle different, mais pas à l’abri des dérives

© Guilhem Vellut sous license Creative Commons Attribution 2.0 Les mutuelles, un modèle different, mais pas à l’abri des dérives
© Guilhem Vellut sous license Creative Commons Attribution 2.0

Chaque semaine sur euradio, retrouvez Marc Tempelman, le cofondateur de l’application d’épargne gratuite Cashbee, qui traite les sujets et les actualités de la finance.

Nous accueillons Marc Tempelman, le cofondateur de la plateforme d’investissement digitale Cashbee. Nous discutons toutes les semaines de finance. Bonjour Marc, on parle beaucoup de mutuelles, mais qu’est-ce qui les distingue réellement d’une banque ou d’un assureur classique ?

Une mutuelle repose sur un principe simple : elle appartient à ses adhérents, et non à des actionnaires. Sa vocation est de servir ses membres plutôt et pas distribuer des dividendes à des investisseurs.

Les cotisations servent à financer les prestations, couvrir les risques et constituer des réserves. Les éventuels profits sont conservés ou réinvestis dans l’intérêt de l’organisme et de ses adhérents.

On connaît surtout les mutuelles de santé. Mais elles interviennent aussi dans l’épargne et la banque ?

Tout à fait. Harmonie Mutuelle et la MGEN sont des exemples bien connus dans la santé et la prévoyance. La MIF, la Mutuelle d’Ivry – La Fraternelle, est notamment spécialisée dans l’épargne et l’assurance-vie. Malakoff Humanis est un acteur majeur de la protection sociale.

Il faut aussi distinguer les mutuelles des banques coopératives, comme le Crédit Mutuel ou le Crédit Agricole, qui reposent sur le sociétariat, mais ont un statut juridique différent.

Et concrètement, quelle différence pour le client ?

Les produits et services proposés sont très similaires. La différence tient surtout à la propriété et à la gouvernance. Dans une mutuelle, les adhérents peuvent élire leurs représentants selon le principe « une personne, une voix ». Dans une société commerciale classique, les actionnaires détiennent le capital, nomment les dirigeants et peuvent percevoir des dividendes.

Mais attention : une mutuelle doit elle aussi être rentable, bien gérer ses risques et investir pour assurer sa pérennité. Son statut ne garantit pas automatiquement une meilleure gestion.

La MIF vient justement de devenir actionnaire majoritaire de Cashbee, la plateforme d’épargne que vous avez cofondée. Pourquoi ce rapprochement ?

L’idée est de rapprocher deux expertises complémentaires : celle d’une mutuelle de plus de 160 ans qui accompagne ses adhérents dans l’épargne et la préparation de la retraite, et celle d’une plateforme digitale qui facilite l’accès aux placements financiers.

Pour la MIF, c’est un moyen de développer sa distribution digitale. Pour Cashbee, c’est l’occasion d’accélérer notre croissance avec un partenaire de long terme.

Cet exemple montre comment les mutuelles se modernisent. Mais les affaires récentes de Malakoff Humanis et de Garance montrent que le modèle mutualiste n’est pas à l’abri des scandales.

Absolument. Malakoff Humanis est concerné par une enquête du Parquet national financier portant sur des soupçons de corruption autour de relations entre son directeur général avec des intermédiaires financiers. Le directeur général est lui aussi au cœur des interrogations sur la gouvernance du groupe. Je rappelle évidemment que l’enquête est en cours et que la présomption d’innocence s’applique.

Chez Garance, c’est notamment l’acquisition d’un jeune fintech, Salva, à un prix de 50 millions d’euros, jugé démesuré, qui a déclenché une crise. La mutuelle a porté plainte, évoquant plusieurs infractions présumées, tandis que son ancien président a été au centre de contestations concernant la gestion de l’opération. Là encore, les accusations doivent être distinguées des faits judiciairement établis.

Ces deux dossiers montrent que le statut mutualiste ne protège pas, à lui seul, contre les erreurs de gestion, les conflits d’intérêts ou les défaillances de contrôle.

Alors, comment un épargnant peut-il évaluer la fiabilité d’une mutuelle ?

Il faut regarder au-delà du statut : la solidité financière, les frais, la qualité des contrats, la transparence des décisions et la manière dont les dirigeants rendent des comptes.

Le mutualisme porte une promesse intéressante de solidarité et de gouvernance collective. Mais cette promesse doit se traduire dans les faits. La confiance repose aussi sur la compétence, la transparence et l’efficacité des contrôles.

En somme, être une mutuelle, c’est une différence de modèle, pas une garantie absolue de qualité ou de services meilleurs.

Exactement. Une mutuelle peut favoriser une vision de long terme, mais elle reste un acteur financier qui gère l’argent de ses membres. Elle doit donc être aussi exigeante en matière de contrôle et de responsabilité que n’importe quelle banque ou compagnie d’assurance.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.